mercredi, 29/07/2026   
   Beyrouth 06:52

La photo qui tombe le masque : Antoun Sehnaoui aux côtés de Netanyahu

Par Mayssam Rizk

La photo d’Antoun Sehnaoui aux côtés de Benjamin Netanyahu n’avait pas besoin de longs commentaires ni d’analyses approfondies. Parfois, une seule image résume ce que des centaines de pages ne parviennent pas à expliquer. Et si elle n’a rien de surprenant pour quiconque suit le parcours, les relations et les choix de l’intéressé, elle n’en offre pas moins aux Libanais un tableau limpide qui se passe de toute interprétation : celui d’un homme d’affaires libanais de nationalité, mais sioniste de cœur.

Alors que l’ennemi israélien continue de semer la mort dans le Sud et de raser des villages entiers, ce banquier, voleur de l’argent des déposants, a choisi de recevoir à Washington le chef du gouvernement du génocide, dans un moment qui résume à lui seul tout un paysage politique.

L’homme n’a en effet jamais été une figure éloignée de la politique. Ses positions et ses choix étaient connus, mais la photo a porté le débat à un tout autre niveau. Il ne s’agit plus simplement d’une prise de position politique du « mari de la dame », Morgan Ortagus — la « miss agrumes » qui encourageait ‘Israël’ à commettre un massacre lors des obsèques du Sayed Hassan Nasrallah.

Le problème n’est pas tant la photo elle-même, car Sehnaoui siège là où il a toujours été, auprès des tueurs de l’axe « Epstein », mais plutôt le fait qu’elle ait révélé l’ampleur des collusions entre l’argent, les relations internationales et la politique.

Elle repose ainsi la question du rôle de ces hommes d’affaires disposant de réseaux d’influence transfrontaliers, et de l’impact de tels réseaux sur la décision nationale ainsi que sur le façonnage des consciences.

Le drame est que cet homme est désormais à la tête d’un système d’alliances bien plus vaste bâti au fil des ans, s’étendant de la finance aux médias et à la politique, et reposant sur la transformation du pouvoir économique en levier d’influence politique et culturelle.

Le grand capital n’a pas toujours besoin d’un mandat officiel pour modifier les équilibres ; il lui suffit d’avoir la capacité de financer une présence, de s’offrir des tribunes et de façonner des voix prêtes à répéter le discours qui sert sa vision. Et c’est là que réside le cœur du problème : ce réseau d’influence ne se limite pas aux banques et aux entreprises, il s’étend aux médias, à la politique et à la sphère publique.

Des journalistes, des médias, des militants et des figures politiques deviennent ainsi les rouages d’une machine discursive intégrée qui contribue à reconfigurer les priorités nationales.

De simple voleur de l’argent du peuple devant répondre de ses actes, l’homme s’est transformé en un instrument visant à briser l’identité du pays et ses fondements, pour en faire une plateforme au service du projet israélien dans la région.

À noter que parmi ceux figurant sur sa « liste des salaires mensuels », on trouve des députés au Parlement — désormais connus sous le nom de « bloc Antoun Sehnaoui » — dont la mission est de faire passer des projets de loi favorables à ‘Israël’ et de promouvoir un discours visant à redorer son blason.

Lundi soir, Sehnaoui a offert un dîner commémoratif en l’honneur du sénateur sioniste Lindsey Graham à l’hôtel Four Seasons de la capitale américaine, en présence de Netanyahu et de son épouse Sara, ainsi que de la sœur de Graham, la sénatrice désignée Darlene Graham. Étaient également présents des membres républicains et démocrates du Sénat, le conseiller de la Maison Blanche Stephen Miller, ainsi que le ministre de la Sécurité intérieure Markwayne Mullin.

Reste une question incontournable : comment l’État libanais va-t-il réagir à l’apparition d’un homme d’affaires libanais aux côtés du chef du gouvernement ennemi en plein état de guerre ?

Et comment vont jubiler les trompettes chargées de lisser son image, de se gargariser de son amitié, et surtout, celles dont il est le bienfaiteur connu de tous ?

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar