vendredi, 07/08/2026   
   Beyrouth 08:29

Arrêt des exportations et ralentissement de la croissance : le Koweït en tête des pays les plus touchés par la guerre

Par Salam Mohammad

Alors que l’attention régionale et internationale se concentre sur l’impact de la guerre sur les économies de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar — leurs exportations de pétrole et de gaz étant les plus importantes —, le Koweït subit l’une des pertes économiques les plus dures parmi les pays de la région, rapportée à la taille de son économie et à ses capacités.

D’une part, le pays fait l’objet d’attaques presque constantes dans le cadre de la riposte iranienne ciblant les installations et les intérêts américains dans la région, plus particulièrement ceux d’où décollent les avions et sont tirés les missiles américains, selon les déclarations des responsables iraniens.

D’autre part, l’absence de voies alternatives au détroit d’Ormuz a provoqué une chute drastique de ses exportations pétrolières et marchandes, entraînant une baisse brutale des recettes pétrolières, lesquelles constituent habituellement entre 85 et 90 % des recettes du budget annuel de l’État.

Bien qu’aucune estimation officielle ou internationale de l’ampleur des pertes subies par le Koweït du fait de cette guerre n’ait été publiée à ce jour, les indicateurs du premier trimestre de l’année en cours, émanant de l’Administration centrale de la statistique du Koweït, révèlent un recul du produit intérieur brut (PIB) d’environ 5,2 %.

La valeur ajoutée du secteur pétrolier est tombée à environ 4,370 milliards de dinars koweïtiens, contre 5,206 milliards de dinars au cours de la même période de l’année précédente, tandis que la valeur ajoutée du secteur non pétrolier a légèrement augmenté, enregistrant environ 7,551 milliards de dinars en 2026, contre 7,375 milliards de dinars en 2025.

Des pertes multiples

Les pertes économiques du Koweït se divisent en deux catégories :

Dommages aux infrastructures et à l’activité intérieure : Cela comprend les dégâts causés aux infrastructures par les attaques iraniennes, ainsi que la perturbation des transports et de la navigation aérienne, le déclin des investissements, de la production locale et de la consommation.

Aucune donnée préliminaire permettant d’évaluer la valeur exacte de ces pertes n’est disponible, mais il convient de noter que le nombre de passagers à l’aéroport international du Koweït a atteint environ 15 millions l’an dernier.

La contribution du secteur du voyage et du tourisme oscillant entre 3 et 4 % du PIB, sa valeur économique représente entre 5 et 7 milliards de dollars.

Blocage du détroit d’Ormuz et impact commercial : Cette catégorie englobe les pertes dues à l’arrêt du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz — unique accès commercial stratégique du Koweït — et ses répercussions sur le commerce extérieur. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la production pétrolière du pays atteignait l’an dernier environ 2,5 millions de barils par jour, dont 1,5 million étaient exportés en moyenne quotidienne (soit une valeur d’environ 95 millions de dollars).

Alors que le FMI prévoyait une hausse des exportations à 1,6 million de barils par jour cette année, la guerre a réduit ces prévisions à néant, contraignant le pays à réduire progressivement ses exportations jusqu’à un quasi-arrêt.

Cela a provoqué une baisse de la production pétrolière d’environ 37 %, notamment après l’épuisement de toutes les capacités de stockage disponibles, la déclaration de force majeure sur certains contrats majeurs, l’augmentation des coûts d’importation des denrées alimentaires et le déclin de l’activité commerciale dans les ports.

L’accumulation de ces pertes a réduit les recettes du Trésor public, creusant le déficit budgétaire et entraînant un recul des dépenses consacrées aux projets publics prévus pour l’exercice en cours.

Selon certains experts, cela aurait poussé le gouvernement à puiser dans ses réserves officielles, estimées à plus de 44 milliards de dollars, d’autant que la masse salariale du secteur public reste lourde à porter, représentant environ 31 % du PIB.

À cela s’ajoute le coût annuel élevé des subventions au secteur de l’énergie, qui atteint à lui seul environ 5,5 % du PIB pour l’électricité.

Report du plan de réformes

Les institutions régionales et internationales s’accordent à dire que le Koweït est l’une des économies du Golfe les plus touchées par la guerre en raison de sa dépendance presque totale vis-à-vis du détroit d’Ormuz.

Ses pertes dépassent les simples dommages aux infrastructures énergétiques pour s’étendre au ralentissement de la croissance, à la baisse des revenus pétroliers, à la hausse des coûts du commerce et du fret, ainsi qu’à la pression accrue sur les finances publiques.

Par conséquent, la poursuite du conflit entravera l’action du gouvernement axée sur :

-La mise en œuvre d’une transformation structurelle et l’expansion des investissements pour atteindre les objectifs de la « Vision Koweït 2035 » axée sur la diversification économique.

-L’application du plan de réformes proposé par le FMI concernant les finances publiques et les réformes structurelles, qui comprend notamment :

-L’ajustement des finances publiques à hauteur d’environ 1 % du PIB par an sur la prochaine décennie afin d’assurer la viabilité financière à long terme.

-La poursuite des réformes structurelles pour stimuler la croissance non pétrolière, en se concentrant sur l’unification du marché du travail et l’amélioration du climat des affaires.

-L’approfondissement financier dans le sillage de la loi sur le financement et la liquidité adoptée récemment.

-Le renforcement des statistiques économiques pour appuyer une prise de décision éclairée.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar