mardi, 18/08/2026   
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Le CGRI menace de briser le blocus par la force | États-Unis – Iran : Le jeu du pari sur le temps

Par Mohammad Khawajoui

Le délai de 60 jours fixé par le protocole d’accord d’Islamabad pour parvenir à un accord global et durable entre Téhéran et Washington a pris fin lundi, sans qu’aucune prolongation officielle n’ait été annoncée. La scène régionale s’installe ainsi dans un état précaire de « ni guerre, ni paix », lourd d’une défiance mutuelle et empreint d’une impasse stratégique. Au milieu de tout cela, les deux parties semblent s’enfoncer de plus en plus dans une guerre d’usure ouverte, où chacune parie sur le facteur temps.

Malgré les espoirs suscités par le « compromis d’Islamabad » à ses débuts, sa mise en œuvre s’est heurtée à une série d’obstacles. Le plus marquant a été, d’une part, la poursuite des agressions israéliennes contre le Liban, perçue comme une violation flagrante du premier article relatif à « la fin de la guerre sur tous les fronts », et d’autre part, le différend irano-américain sur la gestion du détroit d’Ormuz durant la période d’application.

Avant la guerre du 28 février, près d’un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux transitait par ce passage stratégique. Toutefois, l’offensive militaire israélo-américaine contre l’Iran a transformé le détroit en une ligne de front avancée, après sa fermeture par Téhéran.

Malgré les efforts diplomatiques menés par des médiateurs, notamment le Pakistan et le Qatar, pour prolonger la durée de l’accord, les perspectives de cette démarche restent floues.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a précisé hier qu’« il n’existe aucune mention d’un soi-disant délai de 60 jours dans l’accord d’Islamabad ».

Il a ajouté que « la violation flagrante et massive du protocole du 18 juin par les États-Unis, quelques semaines seulement après sa signature, a empêché le lancement de toute négociation, ce qui rend caduque toute discussion sur une échéance de 60 jours ».

Plus tôt, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait adopté la même posture, affirmant que le protocole d’accord ne comportait aucun cessez-le-feu nécessitant une prolongation après 60 jours, mais stipulait « la fin de la guerre ».

Téhéran tente ainsi de délégitimer les tentatives de présenter le texte comme un accord temporaire arrivé à échéance, rappelant qu’il s’agissait d’un engagement politique et juridique qui s’est effondré sous le coup des violations américaines précoces.

Néanmoins, les développements sur le terrain ces derniers jours révèlent les contours d’une « trêve non déclarée » régissant les lignes d’engagement. Ce calme relatif ne signifie en aucun cas que la page du conflit est tournée : le détroit d’Ormuz demeure fermé dans les faits et le blocus maritime américain imposé aux côtes iraniennes reste très strict.

Mais le cœur de l’affrontement ne réside plus dans un engagement militaire direct ; il s’est déplacé vers le terrain économique. Les deux parties parient sur le fait que le temps jouera contre l’adversaire et épuisera ses cartes en premier, et que celui qui cédera le premier sera le grand perdant à la table des négociations reportées.

Dans ce cadre, Téhéran conserve la carte de la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui impacte directement les chaînes d’approvisionnement énergétique mondiales. L’augmentation des prix de l’essence et le climat d’instabilité économique, particulièrement à l’approche des élections américaines de mi-mandat en novembre prochain, constituent les plus puissants leviers de pression iraniens.

Les stratégistes iraniens estiment que le président américain Donald Trump, sous le poids du mécontentement populaire face à l’inflation et au coût de la vie, sera contraint de reculer sur le blocus et d’opter pour un compromis afin de sauver sa crédibilité et son image politique.

À l’opposé, les États-Unis parient sur le durcissement du blocus maritime et la politique de « pression maximale » pour asphyxier l’économie iranienne. Washington table sur l’arrêt total des exportations pétrolières et la chute libre de la monnaie nationale pour effondrer la structure économique de la République islamique et la forcer à se soumettre à ses conditions.

Parallèlement à ce marteau économique, les États-Unis tentent sur le plan militaire d’imposer des itinéraires alternatifs pour escorter et protéger les navires commerciaux dans le détroit. Cette stratégie vise d’une part à afficher leur capacité à préserver leur prestige et leur supériorité militaire, et d’autre part à vider la carte d’Ormuz de sa valeur dissuasive.

Face à cette équation à somme nulle, l’horizon politique reste ouvert à tous les scénarios. Les 60 prochains jours s’annoncent tout aussi tendus et lourds de risques d’erreurs de calcul.

Dans ce temps mort, Trump a poursuivi ses acrobaties verbales, appelant sur Fox News l’Iran à « brandir le drapeau blanc pour annoncer sa reddition ».

Il a prétendu qu’« il existe un canal de communication secret avec des responsables du Corps des Gardiens de la Révolution en Iran (CGRI) », ajoutant : « Je ne suis pas pressé ».

Lors d’une déclaration précédente, Trump avait indiqué que « l’Iran n’est pas sur le point de conclure l’accord que je juge nécessaire », suggérant de « déclarer le détroit d’Ormuz territoire américain », qualifiant l’idée d’« excellente ». Il a également prétendu que son pays contrôlait « totalement le détroit ».

Tandis que le CGRI a nié dans un communiqué l’existence de tout canal de communication avec les États-Unis, l’agence Reuters a cité un haut responsable iranien affirmant : « Nous avons décidé de passer d’une posture défensive à une offensive totale, en raison de l’impasse où se trouvent les efforts pour mettre fin à la guerre ».

Il a ajouté : « Nous lancerons une attaque militaire le moment venu et avec précision pour briser le blocus maritime américain si la diplomatie échoue ».

Il a poursuivi en précisant que « les États-Unis doivent appliquer toutes les clauses de l’accord dans un délai court de quelques semaines déterminé par l’Iran, condition préalable à toute reprise des négociations avec Washington. Les médiateurs transmettront ce délai fixé par Téhéran à Washington et aux pays de la région ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar