mercredi, 19/08/2026   
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Meta accusé d’avoir « appâté » les enfants et « trompé » le public, en ouverture de son procès en Californie

Meta a-t-il « appâté » les enfants sur Instagram et Facebook en « cachant la vérité », ou chargé ses équipes d’identifier et de résoudre les problèmes d’usage excessif? Le premier procès fédéral contre le géant des réseaux sociaux s’est ouvert mardi à Oakland, près de San Francisco, sur deux récits inconciliables.

« Meta, l’une des plus grandes et des plus puissantes entreprises au monde, a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents », a fustigé Megan O’Neill, procureure générale adjointe de Californie, devant les jurés qui vont examiner l’affaire jusque fin septembre.

« Il n’y a pas de contestation possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux et cherché à concevoir des outils pour les aider », a rétorqué Paul Schmidt, l’avocat du groupe.

La procureure avait qualifié ces outils de « barrières en papier de soie », seuls 0,2% des adolescents ayant réellement utilisé la fonction « faire une pause ».

Déjà condamné deux fois cette année pour son impact sur des mineurs, Meta affronte ici quatre Etats américains qui lui réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares.

La Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey mènent ce procès, en chef de file d’un total de 29 procureurs généraux qui poursuivent le groupe de Menlo Park depuis 2023.

Ce procès s’inscrit dans un vaste contentieux aux Etats-Unis, qui vise aussi TikTok, Snapchat et YouTube, poursuivis par des familles, des collectivités scolaires et des Etats pour les effets nocifs des plateformes.

Tous gardent en tête le précédent du tabac : les quatre grands cigarettiers, dont la transaction de 1998 pour clore les poursuites de dizaines d’Etats américains est devenue une référence historique, ont versé depuis plus de 176 milliards de dollars et paient encore 9 milliards par an.

« Aucune entreprise, aussi riche, aussi influente, aussi intouchable qu’elle se croie, ne devrait pouvoir se placer au-dessus de la vérité, de la loi et de nos enfants », a déclaré aux médias Lori Schott, venue manifester au tribunal avec d’autres mères qui accusent les réseaux sociaux d’avoir détruit la santé mentale de leurs enfants.

193 milliards

L’accusation tient en trois volets : Meta aurait menti sur la nocivité de ses applications pour les adolescents, conçu certaines fonctionnalités pour les retenir, et collecté les données d’enfants de moins de 13 ans sans consentement parental, en violation d’une loi fédérale.

Pour la défense, qui conteste toute tromperie, l’affaire se résume à un désaccord sur la manière dont Meta a cherché à s’améliorer.

Les procureurs ont entamé la bataille en projetant des documents internes dans lesquels des salariés écrivaient que les fonctionnalités du groupe « exploitent les faiblesses de la psychologie humaine ».

« Ce document a été écrit par des gens dont la mission est de s’assurer que Facebook ne cause aucun préjudice », a objecté Paul Schmidt, décrivant des équipes qui « identifient les problèmes et travaillent à les résoudre ».

Les deux camps ont livré deux versions d’un épisode devenu central dans le contentieux : l’autorisation sur Instagram des filtres imitant la chirurgie esthétique.

Meta les avait suspendus, consulté des experts qui ont recommandé de les bannir, puis Mark Zuckerberg avait décidé de les rétablir en 2020 après avoir été informé de l’impact sur la croissance, avance l’accusation. Non, répond la défense : faute de données solides sur les dangers, le respect de la liberté d’expression l’a emporté.

Jury consultatif

Les procureurs généraux ont dénoncé une stratégie de « diversion »: « Ils se raccrochent aux branches », a lancé lors d’une conférence de presse le procureur général de Californie Rob Bonta.

Pour conclure la journée, Arturo Bejar, ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles, a été le premier témoin interrogé.

A son embauche, a-t-il raconté, le slogan « Move fast and break things » (Avancez vite et cassez des choses) régnait: « Il fallait mettre les produits entre les mains des utilisateurs le plus vite possible; par conséquent, les considérations de sécurité passaient après. »

Les huit jurés rendront un verdict consultatif fin septembre ou début octobre. Et c’est la juge Yvonne Gonzalez Rogers, connue pour avoir sanctionné Apple et arbitré le récent procès entre Elon Musk et OpenAI, qui tranchera seule.

Mark Zuckerberg est le témoin vedette annoncé, mais non confirmé. Sa première comparution devant un jury, en février à Los Angeles, s’était soldée par une condamnation historique, dont Meta a fait appel.

Source : AFP