vendredi, 21/08/2026   
   Beyrouth 06:15

Pari turc sur le rôle américain : ‘Israël’ « joue avec le feu »

Par Mohammad Noureddine

La majorité des analyses des journalistes et analystes en Turquie estiment que l’agression d’Israël contre l’aéroport militaire d’Abou al-Dhouhour, près d’Idleb, mardi dernier à l’aube, est liée aux prochaines élections israéliennes et à l’avenir du Premier ministre de l’entité, Benjamin Netanyahu, tout en sous-tendant une tentative de tracer de nouveaux équilibres de forces en Syrie.

Le journal Akşam a estimé que « le tueur Netanyahu joue avec le feu », affirmant que la Turquie ne lui permettra pas de saboter la stabilité en Syrie.

De son côté, le journal d’opposition Karar a estimé que Netanyahu réalise un spectacle électoral en accentuant la déstabilisation au Moyen-Orient, indiquant que le Premier ministre israélien s’est lancé, après Gaza et le Liban, dans un pari plus risqué pour regagner le soutien populaire, alors que les sondages d’opinion ont montré une baisse de ses chances aux élections prévues en octobre prochain.

Le journal a ajouté que Netanyahu n’a pas caché son objectif en affirmant que les raids visaient la présence militaire turque en Syrie, devenue une menace pour ‘Israël’.

Le journal s’est arrêté sur le paradoxe du fait que les États-Unis étaient informés à l’avance des raids sans en avertir la Turquie, ce qui a provoqué la colère de cette dernière et poussé l’ambassadeur américain à Ankara, Tom Barrack, à tenter de contenir les tensions en affirmant qu’un mécanisme trilatéral sera mis en place pour empêcher les frictions militaires à l’avenir, avec des réunions ouvertes et des membres maîtrisant les langues arabe, hébraïque, turque et anglaise.

Cependant, le célèbre chroniqueur Ismet Berkan a écrit dans le même journal que les sirènes d’alerte turques ont déclenché leurs avertissements sur les écrans radar à Ankara, Adana, Diyarbakir et Kilis, indiquant qu’une escadrille d’avions de chasse israéliens a décollé d’Israël en direction de la frontière turque mardi dernier à trois heures du matin.

Le chroniqueur a ajouté que les radars de l’OTAN en Méditerranée orientale ont également repéré les avions israéliens ; et plus important encore, les radars du croiseur lance-missiles blindé américain de type Aegis, ancré depuis un certain temps dans le golfe d’Iskenderun, ont détecté ces avions, lui qui interceptait et abattait les missiles iraniens se dirigeant vers la Turquie. Berkan a estimé que « heureusement, la logique a prévalu » et que la Turquie n’a pas fait face à l’agression en ripostant contre les avions israéliens, ni par les airs, ni en lançant des missiles anti-aériens.

Il a souligné qu’un jour avant l’agression, une délégation militaire turque circulait dans l’aéroport d’Abou al-Dhouhour, et que la Turquie a introduit des équipements militaires avancés dans cette région ainsi que dans d’autres, et « ce n’est pas nouveau ».

Par conséquent, il a tendance à lier l’attaque à la lutte de Netanyahu pour remporter les élections, estimant que le Premier ministre israélien recourt à « la méthode de la panique instillée dans le cœur de ses adversaires politiques en affirmant que s’il perd, les ennemis viendront en Israël, tout comme le faisait le président turc Recep Tayyip Erdogan en donnant aux électeurs turcs le choix entre l’élire ou élire le Parti des travailleurs du Kurdistan ».

Il a conclu en disant que Netanyahu souhaite que la Turquie réponde en abattant un avion israélien, afin de renforcer la propagande présentant Ankara comme « une grande menace ».

De son côté, le journal Milliyet s’est demandé si ‘Israël’ tendait un piège à la Turquie, estimant que l’attaque israélienne constitue « un nouveau tournant dans la lutte d’influence dans la région, et que la tension entre les deux pays a atteint une nouvelle dimension ».

L’expert en questions de terrorisme, Coşkun Başbuğ, a estimé dans un entretien avec le journal que « la marge de manœuvre d’Israël, en raison des pressions américaines en Iran et au Liban, s’est réduite, et il ne lui reste plus que la Syrie pour exercer le jeu de l’élargissement de la guerre et des risques ». Et de renchérir: « Les États-Unis sont les seuls capables de freiner Israël, et la priorité d’Ankara est la diplomatie et l’établissement d’une ligne de communication permanente avec Washington ».

Il a exprimé sa conviction que « la Turquie doit adresser un message aux États-Unis selon lequel elle et ‘Israël’ pourraient s’affronter, et que cela affectera gravement l’alliance existante entre Ankara et Washington ».

Il a averti que « la patience de la Turquie a des limites, et tout affrontement dans la région entre elle et Israël modifierait les équilibres de pouvoir », poursuivant que « la Turquie pourrait infliger un coup militaire sévère à Israël, tandis que les États-Unis ne souhaitent pas atteindre ce stade, et la diplomatie en est maintenant à ses débuts ».

Quant au chercheur Ufuk Necat Taşçı, qui a souligné qu’Israël « ne respecte jamais les lignes rouges avec Ankara », il a rappelé que « la Turquie œuvre depuis longtemps à bâtir une structure sécuritaire et diplomatique pour faire face à Israël et aux autres menaces dans la région, et l’accord de La Mecque est l’un des derniers anneaux de ce processus ». Et d’estimer: « L’accord de La Mecque » est important dans ce contexte, car il signifie que la Turquie ne restera pas seule si elle venait à subir une agression israélienne.

Il a prédit que Netanyahu recourrait à des mesures plus dangereuses pour préserver son pouvoir politique, estimant que « les États-Unis sont entrés dans une phase où ils considèrent, pour la première fois de leur histoire, que leurs relations avec la Turquie sont plus importantes et utiles pour eux que leurs relations avec Israël ».

Le chroniqueur Murat Yetkin a estimé à son tour que « même si l’aéroport d’Abu al-Duhur était achevé, il ne constituait pas un danger pour Israël », signalant que « la Turquie et Israël ont conclu en 2025, sous médiation azerbaïdjanaise, un accord visant à établir une zone de désescalade entre eux au-dessus de la Syrie, mais les avions israéliens ont continué de violer les lignes rouges tracées ».

Il a ajouté que « quelques heures seulement avant l’attaque, Erdogan demandait à Trump d’arrêter Israël dans sa dérive, affirmant même que la Turquie ne veut pas de la guerre, mais qu’elle ne la fuira pas ».

Et de poursuivre: « Les raids israéliens sur l’aéroport d’Abou al-Dhouhour ont irrité le Parti de la justice et du développement, et le ministère des Affaires étrangères s’est empressé de contenir la colère partisane en publiant un communiqué au ton ferme condamnant l’attaque israélienne et appelant la communauté internationale à adopter une position plus résolue ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar