Par Mohammad Khawajoui
Face au recours de Washington à ce que le président américain Donald Trump a qualifié de « campagne économique la plus destructrice », perçue comme une alternative destinée à briser l’impasse de l’affrontement militaire, la question se pose quant à la manière dont l’Iran répondra à cette stratégie visant à étouffer son économie.
Bien que les détails de la nouvelle stratégie américaine ne soient pas encore totalement révélés — dans l’attente de l’annonce prévue du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, lundi prochain —, les premiers indicateurs suggèrent que les États-Unis s’orientent vers un « élargissement du champ de sabotage économique », en imposant des sanctions secondaires extraterritoriales ciblant directement les pays tiers qui maintiennent des canaux d’échanges commerciaux avec Téhéran.
Malgré l’exagération de l’administration américaine pour dépeindre ses mesures économiques comme une « arme décisive », ces démarches ressemblent davantage à une tentative manifeste de masquer un échec stratégique contre l’Iran et de façonner un « récit de victoire » pour compenser l’impuissance sur le terrain.
En réalité, ces manœuvres ne sont dans leur essence qu’une réplique de la politique de « pression maximale » menée par Trump lors de son premier mandat en 2018 — après son retrait de l’accord nucléaire — ; une politique qui avait alors prouvé son incapacité totale à arracher des concessions iraniennes sur les dossiers fondamentaux (nucléaire, balistique et politiques régionales).
C’est sans doute cet échec historique qui a poussé ultérieurement les États-Unis vers l’option de la guerre militaire. Celle-ci, malgré ses percées tactiques (assassinats, frappes contre les infrastructures militaires et civiles), n’a débouché sur aucune victoire tangible.
Au contraire, cet affrontement a fait émerger une nouvelle équation de dissuasion en faveur de Téhéran, au premier rang de laquelle figure la carte du « détroit d’Ormuz », devenue une arme stratégique entre les mains des Iraniens.
Aujourd’hui, Trump revient à la « case départ », mais avec une dose redoublée, enfermant son pays dans un cercle vicieux d’échecs répétés sous différentes formes.
Si les frappes militaires ont prouvé leur incapacité flagrante à amener la République islamique à capituler, l’option de la « pression économique » élargie vers laquelle Washington s’est tourné ne présente pas le caractère « immédiat » propre aux opérations militaires.
Même si ces pressions portaient leurs fruits, traduire la pénurie de devises étrangères, la paralysie du commerce et le recul des revenus pétroliers en un changement réel dans les calculs de Téhéran est un processus qui prend de longs mois — ce qui constitue le « talon d’Achille » de la nouvelle stratégie américaine.
Dès lors, le président américain, qui a bâti son crédit politique sur des « victoires éclair », se retrouve englouti dans une guerre dont la « patience » est l’arme principale.
Une patience au coût très élevé pour lui, puisque le simple fait de brandir la « pression maximale » s’est aussitôt traduit par une hausse vertigineuse des cours mondiaux du pétrole.
Selon des rapports de Reuters, la facture élevée du carburant commence à éroder la cote de popularité du président américain, à un moment sensible qui précède les élections de mi-mandat en novembre prochain, mettant ainsi l’avenir de l’administration dans la balance.
Téhéran semble parfaitement consciente de cette équation et consacre tous ses efforts à en tirer parti. Du point de vue des décideurs iraniens, le maintien du statu quo augmentera le coût de la guerre à des niveaux difficiles à supporter pour la scène intérieure américaine.
Cette lecture est renforcée par les données préoccupantes faisant état d’une hausse des prix du carburant aux États-Unis d’environ 29 % par rapport à l’année dernière, ce qui a contraint Trump, ces derniers jours, à prononcer un discours pour tenter de justifier les coûts exorbitants de la guerre.
Ainsi, le champ des calculs iraniens s’élargit pour inclure les mutations internes à Washington — de la possibilité d’un changement de composition du Congrès et de la montée des voix opposées à la guerre, jusqu’aux rapports de renseignement faisant état d’un épuisement rapide du stock américain de missiles d’interception et des coûts astronomiques des systèmes de défense face aux attaques ciblées de l’Iran.
Face à ces données, Téhéran voit dans le « facteur temps » un allié stratégique, sur lequel elle pèse pour épuiser un adversaire qui, malgré sa puissance militaire, semble commencer à perdre son équilibre face aux complexités des longues « guerres d’usure ».
Dans le même temps, la nouvelle vague de pressions économiques américaines ne constitue pas une « surprise » pour Téhéran : cette dernière a accumulé une longue expérience de coexistence avec les sanctions depuis des décennies, renforcée ces derniers mois par sa confrontation avec le blocus maritime visant à étouffer le poumon de ses exportations et de ses échanges commerciaux.
Dans ce contexte, les experts en sanctions soulignent l’habileté de Téhéran à activer des réseaux de contournement et à développer des méthodes innovantes pour gérer son commerce extérieur — notamment ce qu’on appelle la « flotte fantôme » pour le transport du pétrole —, ainsi qu’à employer des sociétés écrans et des canaux financiers non inscrits sur les listes de sanctions américaines.
Quant aux nouvelles sanctions américaines, elles restent tributaires de la volonté des pays tiers que les États-Unis tentent d’impliquer dans cet affrontement — de leurs alliés comme la Turquie, l’Irak et le Pakistan, jusqu’aux grandes puissances internationales comme la Chine.
Dans ce cadre, il est très peu probable que des puissances telles que la Chine ou la Russie se laissent entraîner derrière ces politiques, ce qui vide les menaces américaines d’une grande partie de leur portée pratique.
Illustrant cette position, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a insisté hier sur le fait que les pressions et sanctions unilatérales ne constituent pas une solution aux crises du Moyen-Orient. Il a confirmé le rejet par Pékin des « sanctions unilatérales illégales », estimant qu’elles manquent de tout fondement en droit international et ne bénéficient d’aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Cependant, le pari iranien ne se limite pas aux facteurs susmentionnés. Une conviction se renforce à Téhéran : la riposte doit dépasser l’économie pour s’étendre au terrain, ne pas se restreindre à la géographie de l’affrontement traditionnel, mais s’étendre à une profondeur régionale à laquelle participent les forces de « l’Axe de la Résistance », au premier rang desquelles « Ansarullah » au Yémen.
Ce passage de la doctrine iranienne « de la défense à l’attaque » est apparu clairement dans la conception des récentes nominations militaires, les missions ayant été confiées à des commandants réputés pour leur fermeté et leur ligne de confrontation avec Washington.
Dans ce contexte, les manœuvres militaires accélérées dans le Golfe et le détroit d’Ormuz indiquent que Téhéran a décidé de couper court aux tentatives de dissocier la « stabilité régionale » de la « sécurité nationale iranienne ».
Au lieu que l’Iran soit seul sous pression, il s’emploie désormais à conditionner la sécurité de la navigation internationale et la stabilité des marchés de l’énergie à la levée de ce siège — transformant ainsi toute la géographie régionale en un terrain d’affrontement ouvert, où la partie américaine ne détient plus le contrôle exclusif du cours des événements.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
