mardi, 25/08/2026   
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Au bout de six mois, Trump oscille entre l’ennui et une forme de déni face à l’Iran

Donald Trump montre le chantier d'une plate-forme d'hélicoptère en construction à la Maison Blanche

Six mois après avoir ordonné les premières frappes contre l’Iran, Donald Trump semble souvent osciller entre ennui face à un conflit enlisé et une forme de déni face au mécontentement croissant des Américains.

Mercredi dernier, le président américain a convié la presse de manière inattendue. Mais ce n’était pas pour parler du conflit au Moyen-Orient, ni de l’inflation persistante qui y est liée.

C’était pour faire visiter, avec force explications techniques, l’un de ses nombreux chantiers, une grande plateforme d’hélicoptère dans les jardins de la Maison Blanche.

Ce matin-là, l’ancien promoteur immobilier a prononcé le mot « granite » 13 fois. Le mot Iran, 3 fois, seulement lorsque les journalistes l’ont interrogé.

Bien souvent, le président américain se montre plus animé en parlant de construction qu’en évoquant l’opération « Furie épique » déclenchée le 28 février par des frappes israélo-israéliennes.

Le conflit est pourtant bien présent dans l’esprit des Américains, appelés à voter en novembre lors des élections législatives de mi-mandat, les « midterms ».

« Bourbier »

« Le président nous a entraînés dans un bourbier », proteste Garrett Reed, 62 ans, professeur à la retraite interrogé par l’AFP au Texas.

Les républicains redoutent de perdre un siège de sénateur dans cet Etat conservateur, lors d’élections qui pourraient coûter au parti du président américain une chambre du Congrès, voire les deux.

Joe Plenzler, qui a servi pendant vingt ans dans le corps des Marines, déplore une guerre « totalement inutile » et « irréfléchie », ayant coûté la vie à 18 soldats américains, et à des milliers de personnes principalement en Iran et au Liban.

Donald Trump « a fait campagne sur la promesse de laisser notre pays en dehors des guerres », rappelle-t-il, parlant d’une grogne montante dans son coin de campagne de Virginie (sud-est), pourtant fermement conservateur.

En juin, quand une issue diplomatique semblait encore possible, Donald Trump avait pendant une interview, avoué qu’il trouvait « très ennuyeuses » les négociations avec l’Iran.

« Excursion »

Le républicain de 80 ans « est connu pour avoir une capacité de concentration courte », rappelle Garret Martin, professeur de relations internationales à l’American University, à Washington.

« Il est possible qu’il ait été convaincu de pouvoir répéter en partie ce qu’il a fait au Venezuela”, où les Etats-Unis ont enlevé le président Nicolas Maduro dans une opération spectaculaire, « puis passer à autre chose ».

Au lieu de quoi le milliardaire « se trouve dans une situation sans issue facile », juge l’expert.

Donald Trump a dit qu’il ne « s’excuserait jamais » d’avoir engagé les Etats-Unis dans le conflit, malgré l’impact sur les dépenses des ménages, en carburant notamment.

Quand il ne minimise pas l’opération, en parlant d' »excursion » ou de « petit crochet » par l’Iran, il assure que les sondages sont « faux. »

« Les vrais sondages sont formidables et le moral dans notre pays n’a jamais été aussi bon. Nous gagnons contre tout le monde, y compris l’Iran », a-t-il encore écrit lundi sur son réseau Truth Social.

Une enquête d’opinion menée par l’université Quinnipiac fin juillet conclut que 60% des personnes interrogées s’opposent à la guerre en Iran, un pic depuis qu’elle a commencé.

Dans un autre sondage, de l’université Marquette, mené à la même époque, 88% des Américains jugent que les Etats-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs en Iran.

« Asphyxie »

Est-ce ce mécontentement populaire qu’il dit nier? L’impasse diplomatique? Les répercussions économiques? L’impact du conflit prolongé sur les réserves de munitions et le dispositif militaire américain?

Toujours est-il que l’imprévisible Donald Trump a changé de cap pendant l’été.

Finies les grandes menaces militaires, la promesse d' »anéantir » l’Iran. Son gouvernement et lui misent désormais sur l' »asphyxie » économique, un terme employé lundi par le ministre des Finances Scott Bessent.

Mais comme souvent depuis le début de la guerre, la rhétorique menaçante n’a pas été immédiatement suivie d’actions du même niveau.

M. Bessent est resté vague sur la mise en œuvre de cette stratégie d’étranglement, qui, pour fonctionner pleinement, doit être sinon soutenue du moins tolérée par les partenaires commerciaux de Téhéran, dont la Chine.

Dans l’immédiat, la seule certitude est que Donald Trump continuera à parler de granite, de marbre, de dorures.

« Il est préoccupé par la marque qu’il va laisser dans l’Histoire », note William Galston, expert à la Brookings Institution. « Peut-être pense-t-il que les statues et les bâtiments et d’autres choses portant son nom feront de lui un président mémorable, au lieu de ce qu’il aura accompli pendant son mandat. »

Source : AFP