jeudi, 05/02/2026   
   Beyrouth 14:49

« L’heure est venue de se venger du Hezbollah ». Craintes que Damas ne s’implique dans un front allié à Israël contre le Liban

Le quotidien libanais al-Akhbar a rapporté que de hauts responsables de la sécurité libanaise s’inquiètent de plus en plus d’une dangereuse escalade de la situation sécuritaire le long de la frontière orientale du Liban, et jusqu’à la frontière nord, si les États-Unis mettaient à exécution leur menace de frappe militaire contre l’Iran.

Ces craintes s’appuient sur des données de terrain et politiques suggérant que le Liban pourrait redevenir un théâtre d’affrontements régionaux et internationaux, et qu’en cas de guerre avec l’Iran, « le Liban ne sera pas épargné », mais sera au contraire une cible directe des pressions sécuritaires, militaires et politiques.

Charaa: C’est au tour du Hezbollah

L’inquiétude s’est considérablement accrue après que de hauts responsables libanais ont reçu des informations selon lesquelles le président syrien Ahmed al-Charaa, lors d’une réunion à huis clos avec des représentants de Hayat Tahrir al-Cham quelques jours auparavant, aurait déclaré : « Maintenant c’est au tour du Hezbollah, nous n’oublierons pas notre vengeance. »

Des sources sécuritaires ont indiqué : « Cette déclaration s’inscrit dans un contexte plus large de préparatifs sur le terrain à la frontière et d’une rhétorique de mobilisation qui laisse supposer une intention préméditée d’exploiter tout développement régional, en particulier toute confrontation avec l’Iran, pour ouvrir un nouveau front contre le Liban depuis la frontière orientale. »

Les mêmes sources indiquent que cette escalade verbale « repose en partie sur un climat politique instauré par al-Charaa lui-même, suite à sa rencontre avec le président américain Donald Trump en décembre dernier, lorsqu’il annonça l’adhésion de la Syrie à la campagne contre le terrorisme. Cette annonce a de fait fourni aux États-Unis une couverture politique pour toute action sécuritaire ou militaire ultérieure menée sous ce prétexte. »

De plus, « le renoncement des Américains aux Kurdes dans l’est de la Syrie a signifié à al-Charaa que Washington soutient une Syrie unifiée sous son administration, ou du moins ne s’y oppose pas. Cela confère au nouveau Damas une plus grande marge de manœuvre et renforce sa conviction que toute action sécuritaire ou militaire entreprise au nom de la lutte contre le terrorisme ne rencontrera pas d’objection américaine sérieuse, surtout si elle vise des acteurs que Washington considère comme des adversaires. »

Tchétchènes, ouzbeks, ouïghours à la frontière

Selon les sources sécuritaires, les craintes ont été exacerbées avec l’observation d’un déploiement militaire inhabituel à la frontière syro-libanaise, comprenant des unités et des combattants tchétchènes, ouzbeks, ouïghours et autres, groupes connus pour leur passé sanguinaire et pour avoir commis des massacres. Ils ont été transférés depuis les lignes de front dans les zones contrôlées par les FDS, ce qui soulève des questions quant à la nature du rôle qui leur est destiné à la frontière orientale.

Les sources vont jusqu’à avertir que « ce qui est en préparation l’est en coordination indirecte avec Israël, et que l’introduction de groupes spécialisés dans les massacres sur le théâtre des opérations n’est pas un détail anodin, mais plutôt un indicateur extrêmement dangereux ».

Dans ce contexte, l’annonce par l’armée syrienne d’exercices militaires à tirs réels le 10 février dans la région de Qalamoun, frontalière du Liban, est perçue comme un signe supplémentaire de l’achèvement des préparatifs sur le terrain, coïncidant avec les déclarations concernant la disposition des États-Unis à lancer une frappe contre l’Iran. Des sources craignent que ces exercices ne servent de couverture à l’ouverture de la frontière orientale sous des prétextes préparés à l’avance, en cas de conflit régional.

Cellule de Mazzé : des prétextes sans fondement contre le Hezbollah

Les sources classent la déclaration publiée dimanche dernier par le ministère syrien de l’Intérieur concernant ce qu’il a appelé qualifié la « cellule Mazzé » et l’accusation portée contre le Hezbollah de lui fournir des missiles et des drones, dans la catégorie des préparations politiques et médiatiques d’une nouvelle phase.

Les prétextes d’« ingérence du Hezbollah dans les affaires syriennes » ou de « présence de restes de l’ancien régime » sont utilisés pour intensifier les tensions contre le Liban, assurent ces sources selon lesquelles ces deux prétextes sont « faibles et sans fondement », laissant supposer qu’ils s’inscrivent dans un projet plus vaste servant les intérêts israéliens.

Le Hezbollah n’est pas en mesure d’intervenir dans les affaires intérieures syriennes et s’est empressé de nier tout lien avec la cellule présumée.

Par ailleurs, les enquêtes menées par l’armée libanaise, les services de renseignement militaire et la Sûreté générale ont révélé que certains officiers de l’ancien régime syrien résidant au Liban sont de grade inférieur, certains sont mariés à des Libanaises et aucun mandat d’arrêt n’a été émis à leur encontre.

Aucune activité sécuritaire ou militaire n’a été enregistrée à leur encontre et ils respectent pleinement la législation libanaise. De plus, Damas n’a pas fourni au Liban de liste des officiers qu’elle prétend rechercher et qui résident au Liban. Elle a souligné que les autorités syriennes sont parfaitement conscientes que des officiers supérieurs de l’ancien régime se sont dispersés à Moscou, Téhéran, aux Émirats arabes unis et au Soudan.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’al-Charaa à Damas, il est devenu évident que la Syrie a décidé de se maintenir en état de conflit avec le Liban.

Hormis une coordination sécuritaire limitée, la Syrie n’a pris aucune mesure concrète envers le Liban sur la plupart des questions d’intérêt commun, malgré les assurances d’al-Charaa selon lesquelles le nouveau régime n’entend pas s’ingérer dans les affaires libanaises comme l’avait fait le précédent.

Par Wafiq Qanso

Source: Al-Akhbar