mercredi, 30/09/2026   
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Rencontre saoudo-israélienne à Abou Dhabi : Ben Zayed sur le point d’entraîner Ben Salmane… une fois de plus ?

Par Hussein Ibrahim

La visite du Premier ministre de l’ennemi, Benjamin Netanyahu, à Abou Dhabi lundi n’a pas surpris par sa nature même, mais plutôt par son calendrier et son contenu. Il ne s’agit pas de la première visite d’un Premier ministre israélien aux Émirats arabes unis — Naftali Bennett s’y étant rendu il y a quelques années —, bien qu’elle soit la première pour Netanyahu lui-même.

Cependant, le président émirati, Mohammed Ben Zayed, qui avait éprouvé un certain embarras à recevoir le chef du Likoud durant la guerre d’extermination contre la bande de Gaza, a semble-t-il voulu, à travers cette démarche, reconquérir le rôle qu’il avait perdu depuis la guerre menée contre lui par l’Arabie saoudite au Yémen, laquelle s’était soldée par son éviction de ce pays.

Sachant que son leadership à la tête du golfe Persique ne peut s’exercer qu’en sous-main et par l’intermédiaire de la porte saoudienne, il a choisi de rendre un service à Riyad précisément sur la scène yéménite, où le Royaume s’embourbe.

L’Arabie saoudite subit en effet des frappes quasi quotidiennes visant des objectifs dans sa capitale ainsi que ses installations pétrolières sensibles sur les côtes de la mer Rouge et dans le sud du pays — en riposte au blocus saoudien auquel se sont ajoutés, ces dernières semaines, d’intenses raids aériens sur les gouvernorats yéménites contrôlés par Ansarullah.

Le président émirati n’a pas seulement reçu Netanyahu lors d’un entretien bilatéral, mais dans le cadre d’une réunion golfo-arabe à laquelle ont pris part des représentants de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Jordanie, du Maroc et de la Libye.

Cette rencontre est intervenue après que Riyad a sollicité une aide israélienne dans la guerre au Yémen, selon la presse israélienne.

D’après cette dernière, les représentants de ces pays ont entendu Netanyahu lui-même confirmer sa disposition à soutenir le Royaume au moyen de systèmes de défense antiaérienne, exactement comme il l’avait fait pour les Émirats lors de la guerre avec l’Iran.

Mais la question se pose : que pourraient apporter quelques systèmes de défense antiaérienne israéliens de plus pour protéger un Royaume déjà couvert par des systèmes similaires qu’il possède en propre, ainsi que par d’autres déployés sur son sol par la France et la Grèce, sans compter l’assistance militaire américaine, italienne, et peut-être d’autres acteurs ?

En réalité, il s’agit d’un pari global de la part des Émirats, plus politique que militaire, dans lequel ils souhaitent engager l’Arabie saoudite.

La guerre américano-israélienne contre l’Iran — à laquelle les pays du Golfe apportent leur concours aux États-Unis — et celle de l’Arabie saoudite au Yémen placent les États du Golfe face à deux options : la première consiste à conclure des accords avec Téhéran et Sanaa pour clore le dossier, ce qu’ils ne peuvent faire en raison de leur architecture sécuritaire intrinsèquement liée à Washington ; la seconde est de s’engager dans une alliance sécuritaire et politique avec Tel-Aviv garantissant la protection des régimes du Golfe, ce à quoi ces deux capitales aspirent depuis des années.

Si l’on ne peut considérer une réunion saoudo-israélienne non officiellement annoncée avec Netanyahu comme un basculement total vers un pari sécuritaire exclusif sur ‘Israël’ — au sens politique du terme et non purement militaire —, elle constitue à coup sûr une prospection saoudienne quant à cette option.

En fin de compte, ce qui importe à Riyad pour le moment, c’est de préserver le régime du risque d’une érosion d’influence — d’autant plus que l’avance yéménite se poursuit —, et pas seulement de protéger le Royaume contre des missiles.

Si le régime continue de paraître faible et incapable de sortir la tête haute du guêpier yéménite, il perdra une part d’une légitimité déjà incomplète. Le pouvoir saoudien, s’il est vrai qu’il a sollicité l’aide d’Israël au Yémen, n’est pas arrivé facilement à ce point fixe : il a appelé à l’aide de façon graduelle sans la trouver, d’abord auprès des États-Unis, puis auprès de la Turquie et du Pakistan avec lesquels il s’était engagé dans le cadre du « Pacte de La Mecque ».

De plus, il a maintenu le dialogue avec l’Iran et cherché, par l’intermédiaire de médiateurs, à mettre fin à la guerre au Yémen comme voie de sortie possible de la crise — si les circonstances le permettent.

Mais que peut bien faire Netanyahu pour l’Arabie saoudite alors qu’il est resté impuissant quand Ansarullah a fermé le port d’Eilat sur la mer Rouge et a frappé l’ensemble du territoire israélien durant la guerre de soutien à Gaza ?

Quoi qu’il en soit, certains éléments laissent penser que ce qui s’est produit à Abou Dhabi marque un retour saoudien vers les choix de Ben Zayed, que le pouvoir du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, avait commencé à adopter au milieu de la décennie précédente.

L’ironie veut que des rapports — bien qu’impossibles à confirmer — aient fait état d’une médiation menée par Netanyahu entre Riyad et Abou Dhabi, coïncidant avec l’arrivée du vice-président émirati, Mansour Ben Zayed, en Arabie saoudite.

Parmi les signes distinctifs de cette visite, il apparaît que les Émirats n’en ont pas gardé le secret — bien qu’ils n’en aient pas divulgué les détails — mais l’ont au contraire affichée ouvertement via l’agence de presse officielle WAM.

Il existe ici un aspect qu’on ne saurait négliger : la tentative d’Abou Dhabi d’apporter son soutien à Netanyahu en vue des élections israéliennes prévues le 27 octobre prochain.

Alors que ce dernier se trouve isolé sur la scène internationale, contraint de se rendre en catimini à New York pour prononcer un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies — que la plupart des délégations ont évité d’écouter —, et alors que le président américain Donald Trump évite de le rencontrer même lorsqu’ils se trouvaient dans le même bâtiment en ville, le président émirati le reçoit à Abou Dhabi au grand jour. Le message implicite est clair : les Arabes « modérés » ne veulent pas de « modérés » en ‘Israël’.

Source : Médias