lundi, 09/02/2026   
   Beyrouth 18:04

Escalade dans le Golfe : la montée en puissance de la politique du bord du gouffre (Analyse) 

Nous assistons aujourd’hui à la fermeture délibérée d’une voie désormais épuisée.

La guerre a échoué avant même de commencer.

C’est la désintégration de la dissuasion américaine… et la montée en puissance de la politique du bord du gouffre, annonciatrice d’un chaos mondial.

Ce qui s’est produit ces dernières 24 heures n’est ni l’effondrement des négociations… ni l’approche de la guerre… mais bien la mise à nu complète d’un modèle de gestion du pouvoir au Moyen-Orient.

Les États-Unis ont menacé… puis se sont tus. L’Iran a refusé… puis a intensifié la pression. Israël a crié au scandale… sans obtenir de réponse. Et la région ? Elle a compris le message avant tout le monde.

Premièrement : lorsqu’une menace échoue… le chaos s’installe.

Le moment le plus dangereux dans tout conflit n’est pas celui de la frappe, mais celui de la menace non mise à exécution. Trump a brandi la force, mais les démonstrations de force se sont prolongées. Et cette prolongation a brisé la dissuasion psychologique.

C’est là que la transformation s’est opérée :

• La Chine est entrée en scène avec des capacités spatiales et navales.

• La Russie est redevenue un partenaire de l’ombre. L’Iran a modifié sa doctrine, passant de la « défense » à l’« initiative ».

Résultat ?

Les États-Unis ne sont plus seuls dans la salle de décision et ne peuvent plus se permettre une frappe ciblée.

Deuxièmement : les négociations n’ont pas échoué, elles ont simplement atteint leur terme.

Washington a utilisé les négociations pour gagner du temps, tandis que Téhéran s’en est servi pour se repositionner.

C’est la déclaration de la fin de la zone grise.

Troisièmement : le véritable dilemme de Trump.

Trump est aujourd’hui confronté à une équation impossible :

• Une frappe ? Extension du conflit et peut-être intervention internationale.

• Un accord ? Admission implicite d’un déclin de son hégémonie.

• Attendre ? Cela donne à l’Iran du temps, de la confiance et de l’influence.

Voilà pourquoi nous observons cette contradiction :

Des menaces de haut niveau, mais aucun calendrier, aucun consensus, et aucune couverture régionale.

Il ne s’agit pas d’une hésitation tactique… mais d’une faiblesse stratégique délibérée.

Quatrièmement : Israël est déconnecté de la réalité.

Israël souhaite une guerre de changement de régime, et non une frappe visant à modifier les comportements.

Or :

• Les pays du Golfe refusent de s’impliquer.

• Les marchés votent contre la guerre.

• Washington calcule le coût, et non la victoire.

C’est pourquoi Tel-Aviv fait grand bruit dans les médias… car il n’a plus la mainmise sur la situation.

Cinquièmement : La région impose sa version des faits.

L’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie et le Pakistan n’ont pas agi par slogans… mais avec retenue.

Pas d’espace aérien, pas de bases, pas de supplétifs.

Et c’est le message le plus dangereux dans tout ce contexte : la guerre n’est plus la décision d’une seule superpuissance.

Nous ne vivons plus dans l’entre-deux-guerres, mais dans l’après-guerre. L’échec comme solution de facilité, l’échec comme moyen de dissuasion, et l’échec comme décision unilatérale.

Ce qui se joue actuellement, c’est :

• Une guerre des nerfs.

• Un repositionnement global.

• Et la fin. Lentement, l’illusion d’un contrôle absolu s’estompe.

Quiconque croit que le silence est un recul, découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un repositionnement silencieux des cartes. Et derrière ce silence apparent aux yeux du public se cache un brasier dévastateur.

Par Imad Salah Hamrouni

Source : Facebook