Ali Haidar
Le tollé provoqué par le plan E1 — pour lequel le ministère israélien du Logement clôturera, le 19 octobre courant, la réception des offres d’appel d’offres visant à construire 1 234 unités coloniales aux alentours de la colonie de Ma’aleh Adumim, établie sur les terres des localités d’El-Azariyeh et d’Abou Dis — ne tient pas tant à sa superficie géographique restreinte qu’à l’emplacement stratégique de la zone concernée et au rôle qu’il jouera dans la recomposition de l’espace s’étendant d’Al-Qods à la Cisjordanie et à la vallée du Jourdain.
En effet, ce plan se situe au point d’intersection entre un espace occupé qui s’étend d’Al-Qods vers l’est en direction de la colonie de Ma’aleh Adumim, et un espace palestinien qui relie le nord de la Cisjordanie à son sud tout en rattachant Al-Qods-Est à son hinterland palestinien.
Ainsi, le projet E1 dépasse la simple création de nouveaux quartiers coloniaux pour ancrer des réalités stratégiques à long terme, offrant à Israël la capacité de façonner les continuités géographiques et de déterminer la forme future de la carte d’Al-Qods et de la Cisjordanie.
Pour Israël, la colonisation dans la zone E1 constitue un moyen de rattacher Ma’aleh Adumim à Al-Qods, en consolidant la présence sioniste dans l’espace qui les sépare et en offrant à la Ville Sainte un prolongement vers l’est — s’inscrivant dans une vision géographique plus vaste tournée vers la mer Morte et la vallée du Jourdain — qui occupe une place centrale dans les conceptions sécuritaires israéliennes relatives à la frontière orientale.
Cette expansion aura pour effet d’ancrer le concept du Grand Al-Qods en tant que réalité urbaine et démographique, de sceller l’isolement d’Al-Qods-Est de son environnement palestinien, et de rompre la continuité géographique entre le nord et le sud de la Cisjordanie.
Alors que le plan E1 sert la politique expansionniste israélienne à travers la construction de colonies, le percement de routes et la mise en place d’infrastructures — transformant ces faits accomplis en éléments irréversibles —, il pave concrètement la voie à l’annonce de l’annexion officielle de la Cisjordanie et anéantit les fondements de la cohésion géographique sur laquelle pourrait s’appuyer un éventuel État palestinien, tel que stipulé par les « accords d’Oslo ».
Si ces enjeux expliquent l’ampleur de l’opposition internationale à ce projet, dont on redoute l’impact sur les conditions géographiques sous-jacentes à la solution à deux États, la relance de ce dossier à la veille des élections israéliennes s’inscrit également dans le cadre d’une polarisation politique interne.
En effet, les objectifs de colonisation, l’unité d’Al-Qods, l’extension du contrôle israélien en Cisjordanie et l’empêchement de la création d’un État palestinien figurent tous au cœur du discours de la coalition de droite au pouvoir.
Cela pousse cette dernière à faire avancer le plan dès à présent, comme moyen de remobiliser sa base électorale. De surcroît, le passage du projet E1 à des étapes opérationnelles irréversibles est de nature à restreindre les marges de manœuvre de tout futur gouvernement israélien qui envisagerait de rouvrir la voie politique, bien que cette hypothèse paraisse lointaine compte tenu du rejet de la création d’un État palestinien par l’ensemble de l’échiquier politique.
Source : Médias
