samedi, 03/10/2026   
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L’Occident ouvre ses réserves stratégiques : la guerre contre l’Iran pousse le pétrole au « point d’étranglement »

Par Saïd Mohammad

Dans une tentative de baisser les prix du diesel qui ont atteint des niveaux record à l’échelle mondiale, le « Groupe des sept pays industrialisés » (G7) — qui comprend la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, l’Italie, le Japon, les États-Unis et le Canada, avec la participation de l’Union européenne à ses réunions — a annoncé vendredi son accord pour libérer 100 millions de barils de réserves stratégiques, dont le pompage commencera immédiatement et s’étalera sur les quatre prochains mois.

Les dirigeants du groupe, dont la France exerce actuellement la présidence, ont déclaré dans un communiqué conjoint après une réunion par visioconférence que l’opération de libération comprendra une grande quantité de diesel pompée au cours des vingt premiers jours, en coordination avec l’Agence internationale de l’énergie, et ce après que le président américain, Donald Trump, a annoncé quelques instants avant la publication du communiqué que l’Europe « avait accepté de libérer une quantité massive de ses stocks de gazole ».

Les marchés mondiaux de l’énergie ont connu des perturbations rapides depuis le lancement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran en février dernier ; en effet, les bombardements d’installations pétrolières à travers le Moyen-Orient ont détruit une grande partie des capacités de raffinage mondiales, tandis que les mesures de fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz, ont affecté les chaînes d’approvisionnement internationales.

Ces perturbations ont coïncidé avec les attaques ukrainiennes contre des raffineries russes, ce qui a poussé Moscou à retenir ses approvisionnements en diesel, qui constituent une ressource majeure pour le marché mondial.

Cela a été suivi par le franchissement par le prix du Brent de la barre des 100 dollars le baril, tandis que les prix du diesel en Europe et en Grande-Bretagne ont augmenté de 40% depuis la mi-juin dernière, et ont franchi la barre des deux livres par litre dans les stations-service de Londres, soit le niveau le plus élevé de leur histoire.

Aux États-Unis, le prix moyen de détail du diesel a dépassé les 6,50 dollars le gallon, enregistrant également son plus haut niveau historique, avec une augmentation d’environ 70% par rapport à la même période de l’année dernière, ce qui a exercé une forte pression politique sur l’administration Trump, à l’approche des élections de mi-mandat prévues en novembre prochain.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, avait écrit dans une publication sur les réseaux sociaux jeudi que les partenaires européens « devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et fournir immédiatement des approvisionnements supplémentaires pour faire face aux perturbations actuelles », ajoutant que « les USA jouent leur rôle et nous attendons de nos alliés qu’ils joignent des actes à leurs engagements ».

Cet accord intervient pour éviter que les pays européens ne fassent face aux répercussions de la menace américaine d’imposer un embargo de 90 jours sur les exportations de diesel, qui a dominé la liste des préoccupations de Bruxelles et a poussé Paris à proposer la libération de réserves supplémentaires de carburant.

En effet, des responsables de l’Union européenne ont averti qu’une telle mesure aurait « des conséquences extrêmement graves » sur la performance économique européenne.

La porte-parole de la Commission européenne, Ana-Kaisa Itkonen, a déclaré que le bloc des 27 pays « rejette totalement » l’imposition d’un embargo sur le diesel, car il « nuit à toutes les parties et compromettra notre confiance envers les États-Unis en tant que partenaire fiable ».

De son côté, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a discuté de la question des approvisionnements en diesel et de la flambée des prix avec son homologue américain, le représentant au Commerce Jameson Greer, en marge de la réunion des ministres du Commerce du G20 à Milwaukee.

Il a déclaré : « Nous avons tout intérêt à travailler ensemble pour faire baisser les prix, que ce soit pour le diesel ou d’autres produits issus des approvisionnements en pétrole et en gaz », ajoutant que toute mesure américaine visant à restreindre les exportations de diesel serait inattendue et aurait des répercussions négatives sur les perspectives économiques de l’Europe.

L’agence Reuters avait révélé dans un rapport que les pays de l’Union avaient examiné la proposition française de libérer 50 millions de barils de diesel, en parallèle avec la libération par les membres de l’Agence internationale de l’énergie de 50 millions de barils de pétrole brut, en réponse aux pressions de l’administration américaine.

À la suite de la diffusion des informations concernant la proposition française, les prix du pétrole ont chuté brutalement vendredi matin, ce qui a reflété l’attente des marchés quant à la possibilité d’injecter des quantités supplémentaires d’offre.

Après la propagation des nouvelles de la réunion du G7, les contrats à terme sur le diesel européen ont chuté d’environ 6%. Les États-Unis avaient déjà fourni environ la moitié des importations de diesel de l’Union européenne en août dernier — selon l’Agence internationale de l’énergie —, ce qui illustre l’ampleur de la crise du bloc en cas d’interdiction américaine des exportations.

Les États-Unis exportent entre 1,2 et 1,5 million de barils de diesel par jour et constituent le principal fournisseur de plus d’une douzaine de pays, dont le Mexique, le Canada et plusieurs pays européens.

Des analystes avertissent que couper ces approvisionnements du marché mondial entraînera une forte hausse des prix internationaux, et que l’embargo serait nuisible à moyen terme, car il provoquerait une réaction des raffineries américaines, incluant potentiellement une réduction de la production de nature à aggraver la pénurie de l’offre mondiale.

En revenant sur la mesure de libération des stocks de diesel, des experts estiment qu’elle pourrait fournir un « tampon à court terme » contre la hausse accélérée des prix, mais qu’en même temps, elle limitera la capacité à faire face à de futurs chocs.

En effet, ces stocks servent de « police d’assurance » à laquelle on ne recourt que dans les cas extrêmes ; ce qui explique la volonté de l’Union européenne d’adopter une approche plus prudente et de pousser à impliquer tous les membres de l’Agence internationale de l’énergie, et pas seulement les Européens, dans le prélèvement sur les stocks de réserve de diesel.

Les experts estiment que « la question fondamentale à laquelle les États-Unis font face n’est pas un problème de diesel, ni un problème de produits raffinés, et peut-être même pas un problème de pétrole, mais plutôt une crise énergétique mondiale ».

Et d’ajouter: « Sans davantage de pétrole et de gaz transitant par le détroit d’Ormuz et provenant de l’extérieur du Moyen-Orient, toute autre solution ne constitue qu’un achat de temps », sachant que les exportations quotidiennes via « Ormuz » sont revenues cette semaine, selon des allégations américaines, aux niveaux d’avant-guerre.

Sur le plan financier, le choc énergétique résultant de la guerre contre l’Iran s’est répercuté sur les finances publiques du monde entier ; les coûts d’emprunt sur les principaux marchés ont augmenté, et les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans ont atteint un niveau inédit depuis près d’un quart de siècle.

Les traders ont également averti que le marché de la dette publique américaine, pilier du financement mondial estimé à 32 000 milliards de dollars, se trouve dans une spirale de ventes massives.

Cela s’est propagé aux marchés transatlantiques, où le rendement des obligations d’État britanniques à 30 ans a dépassé les 6 pour cent pour la première fois depuis 1998, le rendement des obligations françaises à 10 ans a grimpé à son plus haut niveau depuis la mi-2002, tandis que le rendement des obligations italiennes à 10 ans a dépassé celui de l’Allemagne d’un point de pourcentage pour la première fois depuis mars dernier.

Alors que ces tendances devraient faire augmenter les coûts d’emprunt, y compris les prêts hypothécaires, pour les consommateurs, les entreprises et les gouvernements, le prix du Brent, étalon international du pétrole, a augmenté de 3,2 pour cent pour atteindre 101,15 dollars le baril, jetant de nouvelles ombres négatives sur le marché de la dette souveraine, tandis que la livre sterling a subi des pressions vendeuses et que l’euro a chuté à son plus bas niveau en 16 mois à 1,12 dollar.

Avec l’annonce de l’accord, le monde s’oriente vers une phase décisive qui pourrait déterminer le cap des marchés de l’énergie au cours des prochains mois. Si le pompage coordonné via l’Agence internationale de l’énergie réussit à apaiser les prix, il est prévu que les prix du diesel en Europe enregistrent une baisse d’environ 8 centimes par litre, ce qui atténuera certaines pressions sur les consommateurs ainsi que sur les secteurs industriel et agricole qui dépendent principalement de ce carburant.

Cependant, la poursuite de la guerre contre l’Iran, sans perspective claire d’apaisement, maintient les craintes que toute libération de stocks reste une mesure temporaire qui ne traite pas les racines de la crise, incarnées par la perturbation des approvisionnements et le recul des capacités de raffinage.

Source : Médias