Mohammad Khawajouï
En dépit de la poursuite des efforts de médiation qataris entre les États-Unis et l’Iran, aucun indice ne laisse présager un rapprochement entre les deux parties ni la conclusion imminente d’un accord, alors que les divergences autour du programme nucléaire demeurent le principal obstacle.
Les récentes déclarations du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirmant que « le seul accord acceptable pour les États-Unis est celui qui garantit que l’Iran n’obtiendra jamais l’arme nucléaire », précédées par celles du vice-président, JD Vance, exigeant de l’Iran des « concessions nucléaires précises et une réduction sensible de ses capacités d’enrichissement de l’uranium », lèvent le voile sur la substance de la réponse américaine au « plan des sept jours » iranien.
Face à cette posture, l’Iran continue d’exiger la séparation des dossiers, insistant sur le report du volet nucléaire à l’après-guerre, la levée du blocus pétrolier et le dégel des avoirs financièrement bloqués.
Sous la pression interne liée au coût exorbitant de la guerre, le président américain, Donald Trump, semble chercher à modifier les règles du jeu en braquant les projecteurs sur la « menace nucléaire » iranienne afin de justifier le conflit auprès de l’opinion publique.
Dans ce contexte, la volonté de Washington d’arracher des concessions immédiates et directes à Téhéran sur le dossier nucléaire — en particulier sur le taux d’enrichissement et le sort des stocks d’uranium enrichi à 60 % — marque une rupture nette avec l’esprit du mémorandum d’entente d’Islamabad.
Elle vise avant tout à offrir à Donald Trump un succès politique rapide qu’il puisse vendre à son électorat comme une victoire tangible.
Or, ce pari se heurte à la fermeté de la position iranienne, Téhéran ne montrant aucune disposition à céder.
Face à cette impasse diplomatique, combinée au besoin pressant de Trump de créer un « exploit » au cœur de la crise et à l’obstination israélienne à entretenir l’affrontement, les signes d’un basculement de la région vers de sombres scénarios d’escalade se multiplient.
Dans cette dynamique surgit une série de développements qui s’apparentent à une campagne de conditionnement psychologique et de propagande visant à amplifier la « menace iranienne ».
L’objectif sous-jacent est de préparer le terrain à une offensive militaire d’envergure contre l’Iran, sous prétexte d’empêcher la relance de son programme nucléaire.
Au premier rang de ces signaux figure la publication, par l’ Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS) — proche du lobby pro-israélien —, d’images satellites prétendant prouver la reprise des activités sur un « site nucléaire secret » au nord-est de Téhéran, ciblé par ‘Israël’ lors du dernier conflit.
S’y ajoute la multiplication des rapports faisant état d’« activités nucléaires clandestines » dans l’installation de « Jabal al-Fas » (la Montagne de la Hache), près de Natanz au centre du pays.
On note également l’exploitation politique manifestement orchestrée de l’incident de l’avion de Flydubai — que Trump impute ouvertement à Téhéran — ainsi que les accusations portant sur une tentative iranienne de viser la base aérienne britannique de Fairford.
Alors que le bras de fer irano-américain pour le contrôle du détroit d’Ormuz se poursuit, de vives tentatives ont émergé ces derniers jours pour accréditer l’idée d’un recul de l’emprise de Téhéran sur cette voie maritime stratégique, en mettant en avant l’augmentation du trafic de pétroliers.
Tandis que les responsables américains orchestrent ces manœuvres pour prouver la fin du contrôle iranien, la direction à Téhéran s’emploie à réaffirmer sa mainmise sur le détroit, considéré comme un moyen de pression stratégique incontournable face à Washington.
C’est dans ce cadre que s’inscrivent les déclarations du conseiller principal du commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique, Mohammad Reza Naqdi, laissant entendre que les voies de passage dans le détroit d’Ormuz jugées « illégales » par l’Iran pourraient être fermées sous peu.
Au milieu de cette scène sous tension, les regards se tournent vers la rencontre prévue entre le président iranien, Massoud Pezechkian, et son homologue russe, Vladimir Poutine, en marge du sommet de la Communauté des États indépendants (CEI) au Turkménistan.
Cet entretien revêt une portée stratégique majeure, alors que le Kremlin confirme que les échanges porteront sur la « situation au Moyen-Orient et les enjeux bilatéraux ».
La coordination avec Moscou apparaît comme une priorité absolue pour Téhéran, non seulement pour consolider sa position négociatrice face aux pressions américaines, mais aussi pour s’assurer un soutien politique dans les enceintes internationales et chercher une issue au piège d’une « escalade d’usure ».
Pour la Russie, la stabilité régionale et le contrepoids à l’hégémonie occidentale constituent une priorité partagée avec l’Iran.
Dès lors, le sommet Pezechkian-Poutine s’impose comme une étape décisive pour définir la gestion de ce « conflit ouvert » et, potentiellement, coordonner des mesures concrètes pour balancer les pressions exercées par Washington et ses alliés sur les théâtres régionaux.
Cette rencontre intervient alors que la Russie continue de se poser en médiateur en formulant des pistes de règlement pour clore le dossier nucléaire — notamment la proposition visant à transférer le stock d’uranium enrichi iranien sur le sol russe, option à laquelle Téhéran oppose un refus catégorique concernant la sortie de matière nucléaire de son territoire.
Signe d’un virage notable à la veille du sommet, Moscou a annoncé finaliser le versement d’une première tranche d’un milliard de dollars, issue d’un prêt russe à l’Iran s’élevant au total à 20 milliards de dollars.
Le déblocage de ce montant, en plein cœur de l’offensive diplomatique américaine et du blocus maritime imposé à l’Iran, résonne comme un signal de soutien stratégique de Moscou à Téhéran, propre à renforcer la « résilience économique » iranienne dans cette phase critique.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
