samedi, 10/10/2026   
   Beyrouth 16:10

USA : l’institut MIT interdit à un professeur d’enseigner en raison d’un cours sur la Palestine (NYT)

Dans les couloirs de l’institut Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge, dans le Massachusetts, les sanctions prises contre le professeur de linguistique chevronné Michel DeGraff en raison d’un cours proposé a soulevé une crise de la « liberté académique » et des manifestations pro-palestiniennes au sein des universités américaines.

Le cours qui porte le titre « Langage et linguistique pour la décolonisation, la libération, la paix et la construction communautaire – Du fleuve à la mer en Palestine et en Israël, jusqu’aux sommets montagneux d’Haïti et au-delà » a été rejeté par le comité des programmes de l’institut, rapporte le New York Times.

Le comité a justifié sa décision par des questions mettant en doute l’expérience du professeur dans l’enseignement de ce cours, même si DeGraff, un universitaire haïtien, est un expert en didactique des langues.

Selon le journal, le professeur haïtien a refusé de se soumettre à la décision du comité et lancé une véritable rébellion au sein de l’institut, à travers de longs échanges de courriels adressés à ses collègues, aux doyens des facultés et au président de l’université, qu’il a rendus publics.

Il a accusé l’administration de l’institut de participer à un « nouveau maccarthysme » visant à faire taire les voix favorables à Gaza et à museler les critiques d’Israël au sein des institutions éducatives.

Le New York Times a rapporté que DeGraff a porté son combat sur la sphère publique à travers des tribunes et des plateformes numériques, aboutissant à une action en justice fédérale contre le prestigieux institut, l’accusant de violer ses droits professionnels et de supprimer sa liberté d’expression garantie constitutionnellement et académiquement.

« Le MIT ne devrait pas entraver mon enseignement de cette manière », a déclaré DeGraff, 63 ans, lors d’une interview télévisée. « Ce qui se passe n’est pas simplement une décision administrative, mais une atteinte à ma dignité professionnelle et une violation flagrante des droits que nous avons défendus pendant des décennies au sein de cette université. »

L’administration de l’institut a préféré garder le silence, mais dans ses réponses devant le tribunal, elle a nié toutes les accusations de DeGraff, soulignant que ses décisions découlaient de normes académiques et réglementaires et n’avaient rien à voir avec la suppression d’opinions politiques.

Ne pouvant le licencier car il bénéficie d’un poste de professeur permanent, l’administration de l’institut a opté pour son « isolement progressif », poursuit le NYT. DeGraff a été retiré du département de linguistique où il avait passé des décennies et muté à un poste au titre vague de « membre du corps professoral ».

Le professeur a aussi été privé des augmentations de salaire prévues, empêché de superviser les thèses des étudiants de troisième cycle, et même ses privilèges d’accès électronique ont été bloqués, y compris sur la page Facebook du département ; il percevait l’intégralité de son salaire sans être autorisé à mettre les pieds dans une seule salle de classe.

D’après le NYT, l’affaire DeGraff au MIT n’est pas un cas isolé, mais bien la partie émergée de l’iceberg d’une tension croissante qui mine les universités américaines. Depuis l’année dernière, la pression politique et législative s’intensifie sur les administrations des universités prestigieuses, notamment de la part des commissions du Congrès qui accusent régulièrement les dirigeants universitaires de tolérer ce qu’ils qualifient d’« antisémitisme ».

Des litiges similaires ont été signalés dans des universités telles que Carnegie Mellon, Texas et San Jose, où des professeurs ont été mis en congé administratif ou ont fait l’objet d’enquêtes pour des postes ou des fonctions soutenant les droits des Palestiniens ou critiquant les administrations universitaires.

Source : Médias