Dans le cadre des efforts déployés par le président américain Donald Trump pour réduire les coûts du déploiement des forces américaines en Syrie, notamment après le bouleversement de la situation dans le pays suite à la chute du régime précédent et à l’arrivée au pouvoir de l’allié de Washington, Ahmad al-Charaa, les États-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes de la base d’al-Tanf, située dans le sud de la Syrie, près du triangle frontalier avec l’Irak et la Jordanie. Cette base est considérée comme la plus importante du pays.
Ce nouveau retrait, qui a surpris certains observateurs, constitue une nouvelle étape pour l’administration américaine dans la réduction de sa présence militaire dans des zones qu’elle juge désormais inutiles. Il convient de noter que cette mesure fait suite à des réductions progressives, en particulier en Syrie.
« La base d’al-Tanf n’est plus un investissement rentable pour Washington. Autrefois essentielle pour bloquer les voies de ravitaillement de la Résistance et servir de zone tampon pour protéger Israël, elle a perdu son utilité stratégique. En effet, les nouvelles autorités de transition assurent désormais elles-mêmes la fin des menaces contre Israël, tandis que ce dernier exerce un contrôle total sur le sud de la Syrie. Dans ce nouveau contexte, maintenir la base est devenu un fardeau financier sans aucun bénéfice en retour. »
Dans ce contexte, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé dans un communiqué la fin du retrait d’al-Tanf, expliquant que l’opération s’était achevée le mercredi 11 février « dans le cadre d’une transition délibérée, fondée sur une évaluation de la situation par la Force opérationnelle interarmées combinée – Opération Inherent Resolve ».
Tandis que les forces américaines se retiraient vers la Jordanie, le ministère syrien de la Défense a annoncé la prise de contrôle de la base « en coordination avec les parties syrienne et américaine », précisant que des unités de l’armée ont commencé à sécuriser le site et ses environs, et à se déployer le long de la frontière syro-irako-jordanienne dans le désert d’al-Tanf.
Il a également été confirmé que les forces des gardes-frontières du ministère reprendront leurs fonctions officielles dans la région dans les prochains jours.
Malgré son retrait du sud de la Syrie, Washington maintient une présence indirecte par le biais de l’Armée syrienne libre (ASL), faction qu’il avait entraînée à al-Tanf. Cette faction a depuis été intégrée au ministère de l’Intérieur en tant qu’unité unique sous le nom de « Forces spéciales et contre-terrorisme ».
Après l’adhésion du gouvernement intérimaire syrien à la coalition internationale contre Daech, les forces américaines ont commencé à s’appuyer sur l’Armée syrienne libre pour mener des opérations conjointes avec le gouvernement intérimaire contre Daech.
Le retrait de la plus grande base américaine a été précédé par le retrait US de plusieurs bases dans l’est de la Syrie, notamment la base d’al-Shaddadi.
Ce retrait est intervenu après l’entrée de forces affiliées au gouvernement intérimaire dans des zones contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), dans le cadre d’un accord avec les FDS visant à stabiliser la situation dans l’est, à mettre fin au modèle d’« autonomie » et à accorder aux Kurdes une administration semi-autonome à al-Hasakah et Kobané.
Cette décision a coïncidé avec le transfert vers l’Irak du dernier contingent de prisonniers de Daech détenus dans les prisons gérées par les FDS, remises au gouvernement intérimaire.
L’Irak a annoncé le transfert d’environ 5 000 prisonniers sur son territoire, tandis que les données de l’administration américaine indiquent un nombre d’environ 7 000 prisonniers à transférer.
Dans ce contexte, le ministre irakien de la Justice, Khalid Shawani, a déclaré que les prisonniers ne seront pas transférés vers des prisons dans la région du Kurdistan, comme celles de Jamjamal ou de Suse, car celles-ci sont destinées aux détenus civils et criminels.
Il a expliqué que ces individus sont classés comme « terroristes », notamment d’éminents dirigeants de Daech, parmi lesquels des « émirs » et des personnalités « extrêmement dangereuses », et qu’ils sont soumis à des mesures de sécurité strictes.
Si le retrait américain témoigne d’une grande « confiance » envers le nouvel allié de Washington (les autorités syriennes de transition), le transfert de prisonniers vers l’Irak et le maintien du soutien à l’Armée syrienne libre révèlent un fossé persistant entre les deux camps.
Par ailleurs, un rapport de l’ONU a révélé que le président par intérim, Ahmad al-Charaa, avait été la cible de cinq tentatives d’assassinat perpétrées par des militants affiliés à Daech. Ce rapport, qui confirme ce que les autorités avaient tenté de nier, indique que le groupe « Saraya Ansar al-Sunna », auteur de ces assassinats, est une extension de Daech. Il explique que ce groupe sert de façade à l’organisation et précise qu’il a émergé après l’arrivée au pouvoir d’al-Charaa.
Cette situation survient alors que l’on soupçonne que le groupe s’est formé principalement en raison de divergences de vues entre al-Charaa et les membres de son camp, notamment après que le président intérimaire a annoncé son adhésion à la « coalition internationale contre Daech » et son soutien inconditionnel à Washington.
Dans le même rapport, dont des détails ont été publiés par le quotidien américain « The Washington Post », les Nations Unies ont confirmé, sur la base de renseignements, que Daech compte environ deux mille combattants actifs dans la zone frontalière entre l’Irak et la Syrie, la plupart étant concentrés en territoire syrien afin d’exploiter les vides sécuritaires.
Ceci confirme la menace persistante que représente cette organisation et réfute toute version américaine future selon laquelle le retrait de Syrie aurait eu lieu après la défaite de Daech – prétexte utilisé par Washington pour justifier l’extension de son influence militaire en Syrie.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
