En cas de confrontation navale potentielle entre Téhéran et Washington, la région du Golfe apparaît comme un véritable étranglement militaire, conçu par l’Iran pour contraindre son adversaire à combattre dans des conditions défavorables et dans des marges de manœuvre prédéterminées.
La stratégie iranienne ne repose pas sur un affrontement naval équilibré, mais plutôt sur l’implication progressive de la marine américaine dans une série de menaces interconnectées, connues militairement sous le nom de « chaîne de destruction », où des moyens de perturbation, d’usure et de frappes de précision sont intégrés, exerçant une pression croissante à plusieurs niveaux.
Ralentissement
Compte tenu de la nature des armes iraniennes conçues pour les opérations navales, on peut s’attendre à ce qu’aux premiers signes d’escalade, de petites unités navales se déploient pour poser des mines de fond, magnétiques et acoustiques dans le détroit d’Ormuz, suivies du déploiement rapide de sous-marins de classe Ghadir et de vedettes légères dans des zones difficiles à surveiller. L’objectif est ici de ralentir considérablement le trafic naval dans un environnement où les profondeurs varient de 30 à 60 mètres, tout ralentissement devenant ainsi un objectif quasi permanent.
Pendant que les navires effectuent des missions de reconnaissance et de déminage, les forces d’attaque concentrent leurs efforts sur la saturation des défenses rapprochées des bâtiments principaux, notamment les porte-avions, par des attaques en essaim.
Saturation
Des centaines de vedettes rapides des classes Ashura et Ya Mahdi devraient s’approcher de plusieurs axes à une vitesse de 150 à 165 km/h, lançant simultanément des missiles à courte portée et des torpilles, ainsi que des missiles de croisière. L’objectif est de saturer les systèmes de défense rapprochée et les radars par un grand nombre de cibles simultanées. Cette pression cumulative crée un climat de confusion opérationnelle, épuise les munitions des intercepteurs et prépare une phase d’engagement plus intense.
Les missiles balistiques
Une fois les positions des bâtiments principaux exposées sous la pression croissante, des missiles balistiques antinavires sont déployés. Les systèmes présentés ici comprennent les missiles Persique Gulf, Hormuz 1 et Hormuz 2, lancés depuis des bases terrestres, ce qui leur confère une marge de sécurité relative. Leur portée atteint 700 km et leur vitesse dépasse Mach 5. Pour accroître la probabilité d’atteindre une cible mobile, des versions équipées de systèmes de guidage optique et thermique, telles que les missiles Zulfiqar, Basir, Fateh Mobin et Qasem Basir, sont utilisées, avec une portée allant jusqu’à 1.200 km. Ces systèmes permettent une correction de trajectoire en phase terminale et réduisent la dépendance aux signaux satellitaires dans des environnements potentiellement brouillés.
Cependant, leur efficacité reste tributaire de la précision des coordonnées initiales et de leur mise à jour continue ; un porte-avions se déplace à une vitesse supérieure à 30 nœuds (environ 55 km/h) et peut changer de position de plusieurs kilomètres en quelques minutes, ce qui fait du facteur temps un élément critique.
Le Fateh hypersonique
Au plus fort de l’escalade, le temps devient une arme à part entière, notamment face au missile hypersonique Fatah, qui dépasse Mach 5 et possède une manœuvrabilité exceptionnelle. À ce stade, la fenêtre d’alerte se réduit à son minimum et les calculs d’interception se complexifient en raison de la trajectoire variable du missile. Le Fatah peut recevoir des mises à jour du réseau de surveillance et de communication pour corriger sa trajectoire vers la cible.
Les missiles de croisière
Parallèlement aux trajectoires balistiques et hypersoniques, des vagues de missiles de croisière volant à basse altitude, tels que le Qader, le Qadir et l’Abu Mahdi, évoluent entre 5 et 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, restant indétectables par radar jusqu’au dernier moment. Les frappes de missiles de croisière sont généralement précédées de frappes de drones destinées à détourner l’attention et à épuiser les missiles intercepteurs, permettant ainsi aux missiles de croisière de cibler la coque du navire ou des points critiques de sa superstructure en exploitant les moindres failles créées par la pression atmosphérique et marine combinée.
Par ailleurs, il y a quelques jours, dans le cadre de ses exercices militaires en cours, l’Iran a testé pour la première fois le missile de défense navale Sayyad-3G, d’une portée de 150 kilomètres, depuis le navire Sayyad Shirazi. Ce test s’est déroulé lors des manœuvres baptisées « Contrôle intelligent » menées par la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique dans le détroit d’Ormuz.
Incorporation
Ces différentes composantes offensives n’opèrent pas isolément, mais s’incorporent parfaitement pour cibler le « centre de gravité », à savoir le porte-avions. Une frappe de missile verticale à haute énergie pourrait contraindre l’équipage du porte-avions à concentrer ses intercepteurs dans une direction précise, tandis que des missiles volant à basse altitude approcheraient simultanément d’autres directions, augmentant ainsi la probabilité d’un impact direct. Même sans naufrage complet, des dommages importants au pont d’envol ou aux systèmes de propulsion pourraient rendre le porte-avions temporairement inopérant, ce qui constitue un objectif opérationnel en soi, redéfinissant l’équilibre des forces dans un théâtre d’opérations restreint et sensible.
Ainsi, le scénario du « piège du Golfe » apparaît comme une tactique globale qui ne repose pas sur la supériorité numérique navale, mais plutôt sur la complexité de l’environnement, l’accumulation de pression et la gestion précise du temps d’engagement. Par conséquent, la décision d’engager le combat en mer s’avère coûteuse dès le départ, compte tenu notamment de la vulnérabilité des bases et des intérêts américains dans la région face à la pression des missiles iraniens.
Par Hassan Haydar
Source: traduction d’al-Akhbar
