vendredi, 27/02/2026   
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Un projet de loi ouvrant la voie au placement d’Al-Aqsa sous l’autorité du Rabbinat

Par Ziad Ibhis

La Knesset sioniste a approuvé, le mercredi 25 février 2026, en première lecture un projet d’amendement à la « Loi sur les lieux saints ».

Ce projet entrouvre la porte au placement de la Mosquée bénie d’Al-Aqsa et de l’ensemble des « lieux saints » sous l’autorité du Rabbinat officiel israélien.

Cette évolution doit être perçue avec la plus grande vigilance, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans une escalade des efforts sionistes visant à modifier le statu quo historique de la Mosquée Al-Aqsa.

Elle tente de soumettre l’administration des Waqf islamiques aux conditions de l’occupation, tout en prolongeant les heures d’incursions (Iqtiham) pour élargir la division temporelle.

Elle vise également à prendre le contrôle de Dar al-Hadith, adjacente à l’espace de prière de Bab al-Rahma, marquant une tentative renouvelée de division spatiale, et appelle les colons à fermer Al-Aqsa durant le Ramadan, sur fond de probabilité accrue d’une agression américaine contre l’Iran.

Cet amendement est porté par des courants hétérogènes. Les partis religieux traditionnels le proposent pour placer les « lieux saints juifs » sous le contrôle du Rabbinat, afin de contrer les tentatives des courants religieux féministes et réformistes de modifier les dispositions de la prière des femmes sur l’esplanade de prière spoliée, devant le Mur d’al-Buraq (appelé « Mur des Lamentations » par les sionistes).

De son côté, Ben Gvir et le courant de la Sionisme religieux le soutiennent dans l’espoir de tirer profit de la formulation vague de la « Loi sur les lieux saints », laquelle ne définit ni la nature de ces lieux ni qui les sacralise.

Cela permettrait ainsi de placer la Mosquée Al-Aqsa sous l’autorité du Rabbinat sans avoir à le mentionner explicitement. Pour lui, cela représenterait un bond supplémentaire dans la judaïsation de la Mosquée Al-Aqsa, l’érosion de son statut historique et la fin du rôle des Waqf islamiques.

La dangerosité de cet amendement réside dans le fait qu’il émane d’un angle relativement détourné, permettant son adoption sans paraître comme une attaque frontale pour changer l’identité d’Al-Aqsa.

Cela correspond au comportement sioniste insidieux et graduel lorsqu’il s’agit d’imposer des étapes majeures de judaïsation à la Mosquée.

Quelle est l’histoire de cet amendement et comment peut-il être utilisé pour placer Al-Aqsa sous l’autorité rabbinique ?

L’histoire de cet amendement résume un conflit historique au sein de l’esplanade de prière juive au Mur d’al-Buraq.

Les courants religieux féministes et réformistes réclament que les femmes puissent accomplir une prière complète, à voix haute, en utilisant les rouleaux de la Torah et en portant les vêtements de prière (châle et calotte) à l’instar des hommes, et ce, dans l’espace ouvert de la place d’al-Buraq.

Le Rabbinat officiel s’y oppose catégoriquement, considérant cela comme un changement inacceptable des traditions de prière juives, qui limitent la prière collective aux hommes adultes et interdisent aux femmes de toucher les rouleaux de la Torah ou de porter les vêtements de prière fondamentaux.

Le différend s’est aggravé au cours des deux dernières décennies, menant en janvier 2016 à un compromis entre le gouvernement sioniste et le mouvement « Femmes du Mur ».

Ce compromis prévoyait l’aménagement d’une esplanade de prière secondaire pour elles, située au sud de la porte de la colline des Maghrébins (Bab al-Maghariba) détruite.

Les Organisations du Temple sont alors intervenues dans ce compromis pour soutenir une proposition nommée « Esplanade de prière supérieure ».

Celle-ci devait être érigée au niveau de la porte des Maghrébins, sur le mur de la Mosquée Al-Aqsa, pour accueillir 900 fidèles.

Ce compromis devait ainsi devenir une plateforme de judaïsation utilisée par les Organisations du Temple pour les incursions dans Al-Aqsa.

L’exécution de cette initiative avait été confiée à l’Agence juive, car elle représentait les Juifs de la diaspora impliqués dans la revendication de la prière des femmes.

Ce projet fut connu sous le nom de « Plan Sharansky », du nom du président de l’Agence juive de l’époque, Natan Sharansky, qui avait mené cette coalition entre les courants féministes/réformistes et le Sionisme religieux/Organisations du Temple.

Face à ce compromis, les courants sionistes traditionnels — en particulier les partis « Yahadut HaTorah » et « Shas » — ont pesé de tout leur poids pour empêcher la construction de cette grande esplanade. Ils y voyaient une altération de la pratique religieuse publique nuisant à leur autorité.

De plus, cela aurait augmenté le nombre de personnes pénétrant dans Al-Aqsa, ce que le Rabbinat traditionnel refuse, estimant que le moment n’est pas encore venu car cela est conditionné par un miracle divin (la descente du Temple du ciel) et par la purification de « l’impureté des morts » via les cendres de la Génisse rousse.

Ces miracles ne s’étant pas produits, ils ont rejeté ce projet d’alliance hybride.

Le conflit s’est soldé en juin 2017 par le sabordage du projet. Le gouvernement sioniste a annoncé son retrait tout en s’engageant à un développement limité de la petite esplanade sud, située à distance du Mur occidental et non accolée à celui-ci, ce qui constitue le nouveau point de contestation des courants féministes et réformistes.

Devant le retard du gouvernement à aménager cette petite place, la coalition des courants féministes et réformistes a saisi la Haute Cour israélienne pour contraindre le gouvernement à permettre la prière des femmes selon leurs exigences et à relier l’esplanade sud au Mur d’al-Buraq — ce qui implique une judaïsation accrue de la zone des Palais Omeyyades.

Par cette démarche, ils ont touché le nerf du conflit entre les courants religieux sionistes et la Haute Cour, représentante de l’autorité sioniste laïque, marquant la fracture verticale la plus importante de la société sioniste actuelle.

Les courants religieux traditionnels ont réagi par une action législative à la Knesset pour amender la « Loi sur les lieux saints ».

Promulguée après l’occupation de Jérusalem en 1967, cette loi stipulait le « droit des membres des religions d’accéder à leurs lieux saints » et leur protection contre la « profanation ».

Cependant, elle ne définissait ni les religions, ni les lieux saints, ni la référence de ce qui constitue une « profanation ». Le texte avait été rédigé avec un minimum de détails pour laisser une marge de manœuvre floue au gouvernement.

Aujourd’hui, les religieux traditionnels proposent d’amender la loi pour désigner le Rabbinat officiel comme la seule référence pour définir la nature de la « profanation » dans les lieux saints juifs, sans définir ces lieux.

Ils comptent ainsi trancher le litige en leur faveur contre les courants réformistes. Initialement, les Organisations du Temple craignaient que cela ne permette au Rabbinat d’interdire les incursions à Al-Aqsa (pour les raisons théologiques citées plus haut).

Mais la situation a changé avec l’intervention d’Itamar Ben Gvir et de son parti en faveur des religieux traditionnels, ayant tiré les leçons de l’échec du plan Sharansky.

Ben Gvir a déclaré que cet amendement constitue une opportunité historique pour placer la Mosquée Al-Aqsa sous l’autorité du Rabbinat.

En profitant du texte vague, il s’agirait de faire cesser toutes les activités de madrasas, les jeux d’enfants, les cérémonies de mémorisation du Coran et les Iftars organisés par les Musulmans à Al-Aqsa, en considérant ces actes comme des « profanations » d’un point de vue biblique.

En résumé, Ben Gvir y voit l’occasion de placer l’intégralité de la Mosquée Al-Aqsa sous l’autorité du Rabbinat officiel et de mettre fin définitivement au rôle des Waqf islamiques à AlQods.

En première lecture, Ben Gvir et son parti ont soutenu le projet, suggérant un accord avec les courants traditionnels : son soutien est conditionné par le fait qu’ils n’imposent pas leur avis sur les incursions, tout en utilisant la loi pour servir les intérêts des deux parties. La loi attend désormais ses deuxième et troisième lectures pour devenir exécutoire.

Il est aujourd’hui impératif de traiter cette loi insidieuse comme une loi ouverte à la judaïsation d’Al-Aqsa et une tentative de la placer sous l’autorité du Rabbinat officiel israélien, avant qu’elle ne soit adoptée en silence.

Source : Traduit à partir de Quds news