Par Nada Ayoub
S’il est vrai qu’une partie des Libanais a récemment brisé le « tabou » du discours public sur la paix avec l’ennemi israélien, aucun chef de parti n’avait, jusqu’à présent, été jusqu’à organiser un événement politique pour théoriser cette option, en invitant des personnalités libanaises et étrangères « de premier plan ».
Seul le chef du parti des Phalanges libanaises (Kataëb), Samy Gemayel, a décidé de s’atteler directement à cette mission, en ouvrant demain une conférence organisée par le parti sous le titre : « Construire la paix : un chemin vers la stabilité du Liban ». Il s’agit de la première activité politique de ce genre, et sans doute la plus explicite, visant à lancer un débat public sur la paix du Liban avec son « environnement ». Cet « environnement » que les Kataëb n’ont pas nommé — non par pudeur, bien entendu — est l’ennemi israélien.
La conférence se tiendra à l’hôtel Le Gray, au centre-ville de Beyrouth. Gemayel en ouvrira les travaux, suivi d’un discours de la directrice du bureau de Beyrouth de la fondation « Konrad Adenauer », Christina Baade. La présence de cette fondation allemande revêt des significations politiques majeures, étant donné qu’elle est le bailleur de fonds de la conférence ; elle est considérée comme l’une des fondations allemandes les plus à droite et porte le nom de l’ancien chancelier allemand connu pour ses positions de soutien à Israël. Un examen des activités de la fondation montre que plusieurs institutions académiques dans des pays comme le Maroc et la Tunisie ont mis fin à leur coopération avec elle, en raison de sa manipulation du contenu des recherches et des programmes de formation, et de l’adoption d’approches biaisées en faveur d’Israël.
La conférence est divisée en deux sessions. Dans la première, animée par le journaliste Walid Abboud, les intervenants discuteront de « La construction de la paix entre Libanais : défis et perspectives ». Se succéderont à la tribune le Père Georges Hobeika, le député Marwan Hamadé, l’ancien député Ahmad Fatfat et la journaliste Dima Sadek.
Quant à la seconde session, la plus marquante, elle s’intitule « La paix du Liban et son environnement : un chemin vers une stabilité réelle », avec la participation du Dr Paul Salem, du journaliste Mustafa Fahs, du député Nadim Gemayel et du journaliste Sam Menassa.
Elle comprendra des interventions vidéo de l’homme d’affaires égyptien Naguib Sawiris et de l’ancien ambassadeur américain au Liban, David Hale, lequel est lié à un réseau de relations avec le banquier Antoun Sehnaoui au sein d’un lobby sioniste-libano-américain à Washington.
Selon les informations, la ministre des Affaires sociales, Hanin El Sayed, avait exprimé son souhait de participer parmi les intervenants avant de se rétracter. Une invitation a également été adressée au nonce apostolique au Liban, Mgr Joseph Spiteri, Gemayel ayant cristallisé l’idée de cette conférence après la visite du Pape Léon XIV au Liban fin d’année dernière, visite dont les positions étaient axées sur l’appel à la paix, appel accueilli positivement par le président de la République, Joseph Aoun.
Alors que les Kataëb promeuvent leur initiative comme une tentative de traduire l’appel du Pape en une trajectoire politique concrète, des remarques et des objections ont émergé dans les coulisses du parti. Certains cadres et responsables ne s’opposent pas au principe de la proposition, mais émettent des réserves sur son timing et sur l’organisation d’un événement politique d’une telle ampleur, qu’aucun autre chef de parti n’avait osé entreprendre sur ce dossier sensible.
Le positionnement de Saïfi (siège du parti Kataëb) dans le camp des partisans de la paix n’est pas surprenant dans son contexte politique connu. Cependant, le problème réside dans l’absence de toute référence à l’Initiative de paix arabe de Beyrouth, cadre de référence de la position libanaise sur le processus de règlement. Cela ouvre la porte à l’idée que toutes les formules de paix sont négociables, suggérant la possibilité de contourner la position officielle de l’État pour passer à des discussions sur une éventuelle adhésion du Liban aux Accords d’Abraham, une exigence américano-israélienne.
Tandis que Gemayel affiche une politique de « main tendue » envers le Hezbollah et son milieu, il a devancé les Forces Libanaises en déplaçant le débat du niveau médiatique vers un cadre organisé. Si ce débat relève de la liberté d’expression garantie par la loi, se contenter de ce seul pilier semble être une approche simpliste face aux réalités libanaises, sous la persistance de l’occupation et de l’agression israélienne.
Les événements sur le terrain imposent à toutes les forces politiques une hiérarchie nationale des priorités claire, quelle que soit la divergence de vues sur la dernière guerre. Il est impossible de poser la question de la paix au moment où l’armée libanaise fait l’objet de tirs, d’agressions et de menaces quotidiennes de l’ennemi israélien.
De plus, cet « environnement » visé est le même ennemi qui continue d’étendre son occupation, détient des prisonniers libanais au sort inconnu, continue de détruire les fondements de la vie au Sud, et dont les dirigeants proclament leur volonté d’annexer des terres libanaises.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar