mercredi, 11/03/2026   
   Beyrouth 13:46

Le gouvernement libanais appelé à corriger l’erreur car la Résistance subsiste tant que dure l’occupation. Raad : L’ennemi doit appliquer l’accord du 27 novembre sans conditions

Par Mohammad Raad, chef du bloc de la Fidélité à la Résistance

Partant du souci de la souveraineté du Liban, de sa sécurité, de sa stabilité et de la coexistence entre ses fils, et loin des fanfaronnades et des surenchères, le besoin émerge d’une approche calme menant à une compréhension commune entre l’autorité et la Résistance concernant les deux points fondamentaux au cœur du débat. Cette question requiert une écoute nationale mutuelle qui ouvre les esprits dans l’intérêt du pays et conduit à une vision unifiée entre les deux parties sur ces deux points.

La compréhension de l’autorité part de principes juridiques généraux et particuliers, selon lesquels le concept d’État exige nécessairement l’existence d’une autorité centrale monopolisant les armes et détenant exclusivement la décision de paix et de guerre. Cela est considéré comme l’une des évidences constitutionnelles qui ne nécessite pas de discussion et n’accepte aucune opinion contraire.

Quant à la compréhension de la Résistance, elle part des mêmes principes juridiques généraux et particuliers, mais considère que le concept d’État, qui exige nécessairement une autorité centrale, doit jouir de caractéristiques et d’éléments complets, dont le plus important est la souveraineté totale sur le sol de la patrie.

Par conséquent, toute violation de la souveraineté impose à l’autorité et à l’État, ainsi qu’aux citoyens, un devoir de solidarité et de cohésion nationale afin de restaurer cette souveraineté, constituant ainsi le préalable nécessaire à la construction de l’État et à la formation de ses pouvoirs.

La Résistance estime que le fait pour l’autorité de tourner le dos, en pratique, à la poursuite de l’occupation et à la violation continue de la souveraineté, tout en optant pour le monopole des armes et de la décision de guerre et de paix sous une souveraineté violée, est une confiscation incompréhensible et malavisée. Aucune majorité ne peut couvrir cela sur le plan procédural car c’est contraire aux principes constitutionnels et juridiques généraux et particuliers.

Face à cette divergence de conception, la Résistance s’est employée à faciliter l’établissement d’une autorité ayant sa propre conception des priorités, et a fait preuve de toute la coopération et de la disposition nécessaires pour parvenir avec elle à une compréhension unifiée et nationale épargnant au pays les désagréments du désaccord.

Elle a ainsi concédé à l’État et à son autorité constitutionnelle son droit de principe à l’exclusivité des armes entre ses mains et à l’exclusivité de la décision de paix et de guerre, considérant que ces deux exclusivités doivent être précédées, avant d’être mises en œuvre, par le règlement de l’exclusivité de la souveraineté nationale sur le sol de la patrie.

La raison en est que l’occupation de la terre nationale par l’ennemi, et l’incapacité manifeste de l’autorité à la libérer ou à la récupérer sans conditions portant atteinte à la souveraineté, imposent automatiquement la naissance d’un droit juridique international et privé, outre le droit humain, moral et national, pour que le peuple affronte l’occupation et lui résiste jusqu’à la libération et l’évacuation complète du sol national.

Cette conception, l’autorité libanaise n’a pas voulu l’entendre, justifiant cela par le fait que la Résistance n’a pas pu, lors de la dernière confrontation avec l’ennemi, l’affronter ni l’empêcher de s’infiltrer et de persister dans l’agression.

Au lieu de discuter ces allégations avec une approche nationale soucieuse, elle s’est empressée de confisquer le droit légitime, constitutionnel, moral et national des Libanais à résister à l’occupation sioniste, et a commis une erreur, voire un crime majeur infamant, en s’engageant envers l’occupation sur ce qu’elle prétend et ce pour quoi elle fait pression afin de faire chanter le Liban : le désarmement de la Résistance. Un prétexte que l’ennemi a toujours invoqué pour se soustraire à l’engagement de l’arrêt des actes hostiles conformément au premier point de la déclaration de l’accord de cessez-le-feu du 27/11/2024, lequel n’est conditionné par rien d’autre.

La Résistance a toujours affirmé que l’ennemi doit respecter ses obligations pour mettre en œuvre les clauses de l’accord, sans avoir aucun droit d’imposer des conditions au Liban. Elle affirme également son ouverture positive à la discussion du sujet de ses armes avec l’État libanais dans le cadre d’une stratégie nationale globale de sécurité et de défense.

Cependant, la décision gouvernementale précipitée du 5 août 2025, décrétant l’exclusivité des armes sur le territoire libanais, est une décision infamante qui a mis la charrue avant les bœufs et a cédé à la logique israélienne manœuvrière refusant d’exécuter ses obligations liées aux clauses du cessez-le-feu.

La Résistance, malgré ce qu’a fait le gouvernement, continue d’affirmer sa position claire et tranchée, et appelle à corriger la faute gouvernementale par une entente réaliste entre le gouvernement et la Résistance, dont personne ne peut confisquer le droit légitime tant qu’il y a une occupation du territoire libanais. Elle appelle également à redéfinir les priorités du gouvernement afin de placer le bœuf avant la charrue pour faciliter la gestion des affaires du pays.

Quant à la facilité de céder aux pressions exercées par l’ennemi directement, ou indirectement via des acteurs internationaux et régionaux influents, cela ne servira pas l’intérêt du pays et ne réalisera pas les revendications des Libanais concernant la fin de l’occupation, la restauration de la souveraineté et la solidarité de tous pour la bonne gestion des affaires internes.

L’allégation selon laquelle l’exclusivité des armes est un principe adopté à Taëf est une affirmation résultant d’un manque de compréhension de l’accord de Taëf et d’une déformation délibérée de ses intentions. En effet, le Document d’entente nationale approuvé à Taëf a distingué deux sujets, consacrant à chacun un titre spécifique.

Le premier titre incluait « l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble des territoires libanais libérés… et la dissolution de toutes les milices armées », tandis que le second titre concernait « la libération du territoire libanais occupé par l’ennemi israélien », stipulant dans ce paragraphe « la prise de toutes les mesures nécessaires ou disponibles pour libérer le territoire de l’occupation israélienne ».

Tous les gouvernements formés après l’accord de Taëf ont adopté dans leur déclaration ministérielle un texte soutenant cela : « Les Libanais ont leur droit légitime à résister à l’occupation israélienne ». Cela s’est poursuivi même avec le gouvernement de « sauvetage et de réforme » qui a tenté d’échapper à l’adoption d’un texte explicite sur ce point, avant de revenir à l’adoption du texte « le droit du Liban », révélant ainsi le plafond politique de ce gouvernement dans les circonstances actuelles.

Ce qui a imposé à Taëf l’adoption de deux titres est la distinction entre les deux sujets : le sujet de l’extension de l’autorité de l’État dans les zones libérées avec ce que cela implique comme dissolution des milices qui s’entre-tuaient durant la guerre civile, et le sujet de la libération du territoire libanais occupé par l’ennemi israélien, qui nécessite la reconnaissance de la légitimité de la Résistance et de ses armes, ainsi que la reconnaissance de la mission nationale qu’elle accomplit et qui doit bénéficier de facilités opérationnelles pour ses mouvements.

C’est ce qui se passait avec tous les gouvernements post-Taëf, jusqu’à la formation du gouvernement de « sauvetage et de réforme » au milieu du trouble régional imposé par l’ennemi israélien à Gaza, au Liban, en Syrie et dans la plupart des pays de la région arabe.

Une dernière chose doit être signalée dans ce contexte, concernant la décision de paix et de guerre que l’ennemi sioniste confisque aujourd’hui au gouvernement, alors que certains prétendent faussement et par provocation que c’est la Résistance qui le fait.

Quand la chose est claire comme le soleil, nous ne nous arrêterons pas pour en démontrer l’évidence. Mais ce qu’il convient de noter, c’est que la Résistance veille à ce qu’une paix véritable se réalise au Liban, et non à ce que l’ennemi lui impose une capitulation sous le nom de paix. C’est ce à quoi le gouvernement doit prêter attention et veiller en assurant un consensus national derrière lui pour réaliser une telle paix acceptable.

Ce que nous avons exposé est à l’intention du gouvernement en premier lieu, et de tous ceux qui sont soucieux de la souveraineté du Liban, de sa sécurité et de sa stabilité. Que le rappel profite à ceux qui s’y intéressent.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar