Les cours du pétrole ont brutalement chuté de plus de 10% lundi, après l’annonce surprise par Donald Trump de « très bonnes » discussions avec l’Iran pour une « cessation totale » des hostilités et du report des frappes promises contre les centrales iraniennes.
Malgré le démenti de Téhéran concernant tout dialogue avec les Etats-Unis, les propos du président américain sur son réseau Truth Social offrent l’espoir d’une respiration pour le marché des hydrocarbures, dont les prix flambent depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Explications.
Le marché de l’énergie en surchauffe
Le baril de Brent, référence internationale du pétrole brut, a bondi de plus de 40% depuis le début du conflit. Le gaz européen, structurellement plus volatil, a lui vu son cours grimper de plus de 75%.
Les exportations d’hydrocarbures des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, l’Irak, ou le Qatar, sont en grande partie entravées par la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz par où transite habituellement environ 20% de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié.
« À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils (de pétrole) par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », a affirmé lundi Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pointant une « menace majeure » sur l’économie mondiale.
Cette tension extrême explique la baisse violente des cours, qui étaient dopés par une « prime de guerre » très élevée (et le restent encore malgré tout).
Dès que Washington a laissé entrevoir une désescalade, les investisseurs se sont empressés de revendre leurs barils pour empocher leurs gains, provoquant ce dégonflement express des prix.
Vers 15h20 GMT (16H20 à Paris), le baril de Brent chutait de 12,39% à 98,29 dollars, et le baril américain WTI perdait 11,59% à 86,85 dollars.
L’épouvantail d’un baril à 150 dollars
Pour tenter de forcer la réouverture du détroit d’Ormuz, Donald Trump avait lancé samedi soir un ultimatum de deux jours à l’Iran, menaçant de frapper ses centrales électriques. Il a finalement fait marche arrière lundi, évoquant un report « de cinq jours » de la date butoir.
« L’impression que ça donne est qu’on est proche de sa ligne rouge », explique à l’AFP John Plassard de Cité Gestion Private Bank.
Selon lui, une telle escalade, avec le risque de représailles iraniennes sur les infrastructures des pays du Golfe, propulserait « le brut à 150 dollars le baril, ce qui aurait des implications catastrophiques » sur l’économie… et sur l’opinion américaine, à quelques mois des élections de mi-mandat.
Le plongeon des cours lundi illustre le profond soulagement des investisseurs, rassurés de voir s’éloigner ce scénario catastrophe: une crise liée au transport maritime peut se résorber rapidement si la guerre prend fin, contrairement à une crise profonde causée par la destruction d’infrastructures énergétiques au Moyen-Orient, dont les répercussions dureraient des années.
Le marché peut supporter une perte provisoire de la production, mais il « ne peut pas vivre avec 10% de la production pétrolière mondiale perdue pendant des années », affirme à l’AFP Ole R. Hvalbye, analyste chez SEB.
Rien de garanti
Les « très bonnes » discussions revendiquées par Donald Trump avec l’Iran ont suffi à déclencher des prises de bénéfices massives chez les investisseurs, mais il faut attendre de « bien cerner la situation dans son ensemble », tempère Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, interrogé par l’AFP. D’autant que des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l’existence de ces négociations avec Washington.
Quoi qu’il en soit, une véritable détente des cours passera par un retour à la normale du trafic dans le détroit d’Ormuz et non par de simples déclarations, avertit M. Hvalbye.
En outre, même en cas de trêve rapide, les prix ne retrouveront probablement pas immédiatement leur niveau d’avant-guerre. Au moins 40 infrastructures énergétiques ont déjà été « gravement ou très gravement endommagées » dans neuf pays du Moyen-Orient, a rappelé le patron de l’AIE.
Et les pays importateurs ont déjà commencé à puiser dans leurs réserves stratégiques, qu’il faudra bien reconstituer une fois la crise passée, maintenant ainsi une pression à la hausse sur la demande.
Source : AFP
