mercredi, 25/03/2026   
   Beyrouth 01:19

L’Etat libanais a libéré 132 prisonniers syriens dont des inculpés pour meurtres contre l’armée

En fonction d’un accord signé entre le Liban et la Syrie il y a quelques semaines, l’Etat libanais a libéré en catimini 132 prisonniers syriens dont certains condamnés pour attaques meurtrières contre l’armée libanaise et des civils libanais.

Malgré les assurances données précédemment par le président libanais aux familles des soldats martyrs que l’accord n’inclurait pas ceux dont les mains étaient tachées du sang de soldats, l’État a libéré ces individus sans aucune garantie qu’ils purgeraient l’intégralité de leur peine dans les prisons syriennes.

Selon des informations obtenues par Al-Akhbar, les contacts fréquents entre le président syrien intérimaire Ahmad al-Charaa et le chef du parti Kataeb, Sami Gemayel, ont eu pour objectif d’inciter ce dernier à demander au ministre de la Justice de son affiliation politique, Adel Nassar, de faciliter la libération des condamnés syriens.  

Joseph Aoun et Gemayel ont alors fait pression sur Nassar, sans se soucier des conséquences sur le moral et l’image de l’armée. La remise de 132 prisonniers syriens s’est déroulée discrètement, sans médiatisation, mais la révélation de l’identité de certains d’entre eux a relancé le débat, notamment avec la diffusion des noms des individus les plus dangereux impliqués dans les événements d’Arsal en 2014, dont les mains étaient tachées du sang de soldats de l’armée libanaise.

Les sources ont indiqué que les communications incluaient les principaux médias, auxquels il a été demandé de ne pas couvrir l’opération et de ne pas l’évoquer dans leurs bulletins, reportages et interviews, ce à quoi se sont conformés les chaînes MTV, LBC et Al-Jadeed, ainsi que certains journaux et sites d’information.

Selon al-Akhbar, parmi les personnes remises aux autorités syriennes figuraient Imad Joumaa, commandant de la brigade Fajr al-Islam, Ammar Muhammad al-Ibrahim, Abdullah Ahmad al-Salloum et Muhammad Mu’adh al-Faraj. Ils ont été reconnus coupables d’« appartenance à un groupe terroriste et d’avoir perpétré une attaque de grande envergure contre des positions et des patrouilles de l’armée dans les monts Arsal le 2 août 2014 », attaque qui a entraîné la mort de plusieurs soldats et civils, des blessés, l’incendie de centres militaires et de sécurité, la saisie de véhicules et de matériel militaires, ainsi que la capture de plusieurs militaires et membres des forces de sécurité. Le 11 octobre 2018, le tribunal militaire les a condamnés à vingt ans de travaux forcés.

Selon une source juridique citée par Al-Akhbar, l’accord de remise de prisonniers à la Syrie « n’a pas annulé les droits personnels des victimes, mais les a au contraire maintenus », le Liban ayant le droit de refuser le transfert « s’il s’avère que le condamné n’a pas respecté ses obligations financières liées à ses droits personnels », conformément à l’article 3, paragraphe 2(b) de l’accord signé entre les deux pays, qui concerne notamment les détenus ayant purgé plus de dix ans de leur peine au Liban, y compris ceux condamnés par les tribunaux pour le meurtre de civils et de militaires libanais.

Source : Médias