mercredi, 25/03/2026   
   Beyrouth 12:13

La chance n’est pas toujours du côté du diable. (Tribune d’Ibrahim al-Amine)

Le livre « Leçons d’histoire » de Will et Ariel Durant affirme que « la nature et l’histoire ne se conforment pas à nos notions du bien et du mal ; elles définissent le bien comme la survie et le mal comme la perte; l’univers ne favorise pas Jésus par rapport à Gengis Khan. »

Cette citation, utilisée par Benjamin Netanyahu dans son discours, a suscité la colère d’une partie de la droite chrétienne. Cependant, le Premier ministre de l’ennemi ne se contentait pas de reprendre la pratique courante de certains auteurs qui, pour étaler leur érudition, assomment délibérément le lecteur de références historiques ou scientifiques ; il souhaitait plutôt offrir un éclairage nouveau sur le contexte intellectuel et religieux qui sous-tend ses décisions.

À cet égard, Netanyahu ne diffère en rien de Ben Gvir ou de Smotrich, ni de tous ceux que l’on qualifie d’extrémistes sionistes. Mais lui, gardien de l’héritage de son père et mentor Jabotinsky, se résume à un principe : on ne peut vivre sans éliminer tous ceux qui sont différents de soi.

En ce sens, le débat sur les objectifs d’Israël dans sa guerre contre l’Iran, puis contre le Liban, n’a pas la portée politique que beaucoup lui attribuent. Il s’agit plutôt d’un acte de coercition fondé sur une vision qui considère que Netanyahu ne doit manquer aucune occasion d’agir. Et lorsqu’il a la possibilité de perpétrer des assassinats, il déploie toute sa ruse, sa perspicacité et son habileté. Cet usage n’est pas lié à sa personne, mais à l’institution qu’il représente : Israël.

On dit que le méchant est plus apte à infliger de la souffrance, non seulement grâce aux moyens dont il dispose, mais aussi parce qu’il ne connaît aucune limite à ne pas franchir.

Dans ce contexte, l’esprit de Netanyahu, et celui de la grande majorité des colons de l’entité, fonctionne selon la même logique : « Donnez-nous toutes les idées, bonnes ou mauvaises, mais donnez-nous celles qui nous permettront d’anéantir les autres. » Le moment opportun, sur le plan politique ou propagandiste, pour commettre ces actes, dépend du rapport de forces.

Si la résistance à Gaza disposait de missiles capables d’atteindre le cœur même de l’entité sioniste et de l’affaiblir gravement, le génocide dont le monde a été témoin silencieux n’aurait pas eu lieu.

La même réalité s’applique aujourd’hui au Liban et à l’Iran : Israël ne s’empêche pas de commettre des massacres, mais c’est la résistance de ceux qui s’y opposent qui le retient. Chaque fois qu’un dirigeant israélien s’emporte de ne pas avoir pu anéantir un groupe entier, quelqu’un lui rappelle : « Ils sont capables de représailles et de commettre des atrocités sur notre sol. »

Ce que l’ennemi n’a pas compris jusqu’ici, mais qu’il réalise peut-être à présent, c’est que l’Iran et la résistance au Liban, en Irak ou au Yémen ne seront plus soumis à aucune contrainte si l’ennemi franchit les limites militaires du champ de bataille. Cela ne signifie pas que l’ennemi s’abstiendra de tuer ou de détruire, mais qu’il est parfaitement conscient que celui qui lance des missiles sur des cibles précises peut les faire tomber où bon lui semble, au cœur même des zones résidentielles et civiles. C’est la leçon cruciale que la résistance a tirée de l’expérience de Gaza.

Du jour au lendemain, Netanyahu s’est retrouvé confronté à des contraintes qui lui imposaient de nouvelles règles d’engagement. Lorsqu’il est parvenu à entraîner l’Amérique dans la guerre, il s’est engagé à suivre une voie dictée par Washington, sans trop se soucier de ses propres sentiments.

Dans la confrontation actuelle, Netanyahu se trouve en position délicate. Ses actions en Iran se sont avérées insuffisantes pour inverser la tendance, et toute la propagande orchestrée par lui et ses services de renseignement n’a pas atteint son objectif. Quoique certains pensent que cette campagne visait à servir la stratégie de Netanyahu, qui consiste à persuader le président américain Donald Trump de déclencher une guerre contre l’Iran, mais le problème est plus profond. Les chefs militaires américains et israéliens reconnaissent qu’il est désormais impossible d’empêcher les missiles iraniens d’atteindre le territoire israélien. De ce fait, les analyses de sécurité à Washington et à Tel-Aviv suggèrent que l’Iran semble avoir préparé un plan pour une guerre prolongée.

Un autre défi pour Netanyahu réside dans le fait que le Hezbollah a pris l’initiative en déclenchant la guerre au moment opportun, privant ainsi l’ennemi de l’effet de surprise et perturbant le plan israélien de frappes dévastatrices contre les dirigeants du parti et la résistance. La riposte initiale de l’ennemi après le premier barrage de missiles a clairement démontré l’absence de cibles de grande valeur dans le nouveau portefeuille de cibles d’Israël. Plus important encore, le gouvernement ennemi ne dispose plus d’une compréhension approfondie des capacités, des tactiques et des procédures opérationnelles du parti.

Ce qui importe le plus à Netanyahu actuellement, c’est d’empêcher les roquettes de s’abattre sur les localités du nord, d’autant plus que l’ordre d’évacuation émis en octobre 2023 n’a pas été appliqué. Si tel était le cas, cela porterait un coup dur à toute la stratégie ennemie, et pas seulement à son discours. Les événements rapides de la semaine écoulée indiquent, à tout le moins, que le plan du Hezbollah aboutira à l’évacuation volontaire de la majorité des habitants des localités du nord, ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle escalade de la confrontation et influencerait considérablement la décision cruciale concernant la fin du conflit.

En réalité, la chance ne sourit plus à Israël ces temps-ci. Cela ne signifie pas que la capacité de nuisance de l’ennemi a totalement diminué, mais il n’est plus en mesure d’en tirer des avantages politiques ou stratégiques. Par conséquent, Israël se retrouve, une fois de plus, confronté non seulement à un accord avec l’Iran, mais aussi à un accord avec le Liban qui prime sur tous les accords précédents. C’est devenu l’objectif central de la résistance dans ce cycle de négociations, quels que soient le temps que cela prendra ou les sacrifices à consentir.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar