Samir Geagea excelle dans l’art de saisir les « moments de sédition » qu’il crée lui-même, versant de l’huile sur un feu qu’il a lui-même allumé. C’est un métier qu’il maîtrise depuis plus de quatre décennies, dont il connaît le lexique par cœur.
De ce fait, la rencontre « Maarab 3 » a semblé naturelle dans son timing et son langage de division, après que les Forces Libanaises (FL) ont invité ce qu’elles nomment le « Front Souverainiste » à une conférence tenue samedi 28 mars à Maarab.
L’objectif : promouvoir un récit déconnecté de la réalité, résumé par Geagea sous le titre de « guerre entre le Hezbollah et Israël ».
Comme à son habitude, Geagea a cherché à se présenter en « chef du front », trônant au centre de la scène, entouré de ceux supposés être ses « partenaires » — des figurants sans poids populaire, alignés aux côtés de l’habitant de Maarab comme un « décor » confessionnel, sans voix ni influence sur les positions du communiqué final, reflet direct de la seule vision de Maarab.
Le chef des FL sent aujourd’hui que ce moment, qu’il attend depuis un demi-siècle pour monter sur le trône, est arrivé.
Après avoir joué son va-tout en pariant sur l’ennemi israélien pour récolter des gains politiques, il espère devenir la référence politique première dans l’« État de normalisation » dont il rêve.
C’est pourquoi Geagea agit au rythme d’une « victoire » qu’il croit acquise, s’appuyant sur les communiqués de l’ennemi et ses propres rêves éveillés.
L’homme qui n’a tiré aucune leçon de l’histoire qu’il n’a jamais lue, ni de ses erreurs historiques ou de ses crimes de guerre, considère que son véritable règne a commencé.
Il a donc décidé de convoquer « Maarab 3 », envoyant à ses invités des « mandats d’amener » via WhatsApp sous le slogan « Sauver le Liban », et a rédigé le communiqué final sans discussion préalable, ce qui a suscité l’indignation de certains et les a poussés à boycotter la réunion.
Cela a conduit à une présence terne, que les « Forces » ont tenté de compenser par des visages de second plan, en invitant des personnalités méconnues, journalistes ou activistes.
Tandis que les députés Fouad Makhzoumi et Achraf Rifi, accompagnés de l’activiste Saleh el-Machnouk, ont tenté d’assurer une « couverture sunnite » malgré la légèreté de leur représentation populaire.
Makhzoumi et Rifi se sont placés à la droite et à la gauche de Geagea, tandis qu’el-Machnouk remplaçait le député Waddah el-Sadek, absent cette fois-ci malgré son rôle lors de la version précédente il y a deux ans.
Dans ce contexte, Le quotidien libanais Al-Akhbar a appris que l’ambassade d’Arabie saoudite n’était pas enthousiaste à l’idée de cette rencontre et s’est abstenue de fournir tout couvert sunnite, ce qui s’est traduit par l’absence des personnalités qui lui sont affiliées.
À l’inverse, Geagea a agi comme s’il n’avait que faire de consulter Riyad, s’appuyant sur ce qu’il considère comme un substitut : le soutien américano-israélien.
Si Maarab a trouvé, avec difficulté, son bonheur chez des personnalités ne représentant pas la rue sunnite, la tâche fut impossible dans les rues chiite et druze, totalement absentes.
Quant à la présence chrétienne, elle fut en deçà des attentes, marquée par l’absence de la majorité des députés partisans et indépendants, à l’exception de ceux gravitant dans l’orbite de Maarab.
Même la présence des Kataëb fut timide, le chef du parti, le député Samy Gemayel, ayant décliné l’invitation malgré un appel de la députée Sethrida Geagea.
L’« agression » du Hezbollah contre Israël !
Dans le communiqué final, Maarab a décidé de disculper l’ennemi israélien de tous ses crimes contre les Libanais et de ses agressions sur le territoire.
Le texte ne contient aucune condamnation de l’armée d’occupation, remplacée par un langage de mobilisation et d’incitation contre le Hezbollah.
Rien d’étonnant de la part du chef des FL, qui voit dans l’action du Hezbollah une « agression » tout en détournant le regard des crimes de l’ennemi.
L’indécence des participants est allée jusqu’à réclamer la création d’un tribunal spécial pour poursuivre des Libanais sous l’accusation d’avoir entraîné le pays dans la guerre, ignorant les ambitions de l’entité à occuper le Sud.
Un paradoxe moral flagrant où Geagea et ses alliés placent le Liban au banc des accusés, tandis que l’ennemi est exempté de tout compte.
Geagea, qui se targue d’un discours de souveraineté, a réclamé le déploiement de forces internationales sous le Chapitre VII, tout en écartant l’État de la reconstruction ou de la mise en responsabilité d’Israël, exigeant que l’Iran paie les frais et compense les pertes économiques.
Ainsi, Geagea offre à l’ennemi un cadeau gratuit sur un plateau d’argent, incitant contre la Résistance et offrant une couverture légitime à l’occupation pour poursuivre ses crimes, en balayant les considérations légales et morales de l’agression. Une tentative de revenir à la scène libanaise des années 1980. Car Geagea reste Geagea!
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar