Mohammed Al-Mesfer, professeur de sciences politiques à l’Université du Qatar, a mis en garde les Etats du Golfe contre toute implication militaire dans la confrontation en cours aux côtés des États-la qualifiant de « péché impardonnable » qui pourrait conduire à la destruction totale de la région.
Dans une interview accordée à Al Jazeera en direct, cet intellectuel connu pour son adhésion à l’idéologie nationaliste arabe affirmé que « le véritable ennemi des Arabes est Israël, tandis que l’Iran demeure un ennemi potentiel ».
Al-Mesfer a fermement souligné que les infrastructures des États du Golfe sont « fragiles » et vulnérables à la destruction, notamment en raison de leur dépendance à des installations vitales telles que les usines de dessalement d’eau et les centrales électriques situées près des côtes.
« Toute frappe pourrait conduire à une catastrophe humanitaire de grande ampleur », a-t-il averti, appelant à se limiter à la légitime défense sans se laisser entraîner dans une attaque, et à laisser de côté le conflit entre les États-Unis et Israël d’un côté et l’Iran de l’autre.
Al-Mesfer s’est dit surpris de l’absence de position arabe claire condamnant les attaques israéliennes contre l’Iran, notant que les pays arabes avaient déjà condamné d’autres conflits internationaux. Il s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles une position similaire n’a pas été adoptée à l’égard d’Israël, qu’il considérait comme le principal moteur de la guerre dans la région.
Avant tout Israël
Il a également averti qu’Israël cherche à créer des conflits successifs pour détourner l’attention d’autres guerres, citant ce qui se passe à Gaza, au Liban et en Syrie.
Considérant que les États-Unis ne sont pas un véritable allié, mais soutiennent avant tout Israël, al-Mesfer a appelé les États du Golfe à se distancer du conflit, soulignant que leur implication les épuiserait au profit des puissances internationales.
Il a fait valoir que la présumée « menace iranienne » qui pèse sur les États du Golfe est en partie due aux faiblesses internes de ces pays, qu’il s’agisse de divisions politiques ou du manque d’unité militaire, ce qui a permis à l’Iran de développer son influence au sein de certaines sociétés ».
Al-Mesfer a aussi critiqué la dépendance des États du Golfe aux armes importées, contrairement à l’Iran qui a développé ses propres capacités, et a plaidé pour la mise en place d’un système de défense indépendant fondé sur une production locale et une prise de décision militaire unifiée.
« La solution réside dans la construction d’une véritable autonomie, au lieu de dépendre du monde extérieur », a-t-il insisté rappelant que les États du Golfe possèdent des capacités humaines et économiques mais manquent de volonté politique.
Pris en étau entre deux pressions
Al-Mesfer a décrit la situation régionale comme « très sombre », soulignant que la région évolue dans l’obscurité la plus totale, sans perspective de dénouement clair au conflit, sur fond d’escalade militaire accélérée menée par les États-Unis, qui soutiennent Israël.
Il a souligné que le rythme des opérations militaires, notamment l’utilisation d’armes sophistiquées, dépasse de loin les efforts de médiation, réduisant ainsi les chances de désescalade à court terme.
Selon lui, les États du Golfe n’ont pas encore perdu tout leur pouvoir de négociation, mais qu’ils agissent très lentement, car ils subissent deux pressions principales : la pression américaine d’un côté et la pression géographique, représentée par l’Iran comme voisin permanent, ce qui limite par ailleurs la marge de manœuvre.
Critique à l’Iran
Le professeur universitaire qatari a critiqué l’Iran pour sa mauvaise gestion des relations avec ses voisins du Golfe, arguant que ses attaques contre les États du Golfe, y compris des pays qui avaient entretenu de bonnes relations avec lui comme le Qatar et Oman, ont contribué à aggraver la crise et à plonger la région dans un état d’instabilité.
Selon lui, toute initiative régionale, telle que la prochaine réunion au Pakistan avec la participation de pays islamiques, pourrait contribuer à mettre fin à la guerre si la volonté politique est présente, insistant sur le fait que les pays arabes disposent d’outils de pression économiques et politiques qui peuvent être utilisés pour imposer une trêve.
Source : Médias
