Donald Trump n’a jamais été mesuré dans ses propos ni préoccupé de leur cohérence. Mais face à l’Iran, il a franchi un palier dans l’outrance et la confusion, nourrissant les attaques de ses adversaires sur sa santé mentale.
Dimanche, le président américain a écrit sur sa plateforme Truth Social : « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR! ». Et d’ajouter : « Gloire à Allah. »
Puis mardi : « Une civilisation entière va mourir ce soir », a-t-il averti.
Interrogée sur ces propos, qui ont alimenté des spéculations sur un recours à l’arme nucléaire, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a déclaré : « Le Président seul sait où nous en sommes et ce qu’il va faire. »
Le dirigeant républicain a fait de sa personnalité « sans filtre » une marque de fabrique. Ses proches expliquent que ses propos les plus assourdissants sont une fine stratégie destinée à égarer l’adversaire et ses partisans y voient un gage d’authenticité.
« Cinglé »
Les opposants de Donald Trump s’interrogent au contraire sur sa santé mentale et interprètent ses dernières déclarations comme autant de preuves qu’il s’enfonce dans la démence.
« Les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer », a dénoncé l’élue progressiste Alexandria Ocasio Cortez.
« Le temps est venu de dire non » au président, a lancé l’influent commentateur d’extrême droite Tucker Carlson, à l’intention des cadres de la Maison Blanche et de l’armée.
L’ex-députée trumpiste Marjorie Taylor Greene, devenue féroce critique, avait estimé dimanche que Donald Trump était « devenu fou ».
Rejoignant de nombreux démocrates, cette figure ultra-conservatrice a plaidé mardi pour le recours au 25ème amendement.
Ce texte permet, au travers d’une procédure contraignante, de déposer de force un président jugé incapable d’exercer ses fonctions.
Rare voix dissonante dans le camp républicain, la sénatrice Lisa Murkowski a déclaré que les menaces de Donald Trump « n’étaient pas excusables ».
Contradictions
La violente rhétorique du président américain s’accompagne de contradictions.
Mardi, dans le même message, il menace d’anéantir l’Iran, évoque la possibilité d’un compromis diplomatique et conclut par : « Que Dieu bénisse le grand peuple d’Iran ».
Quant au « putain de détroit d’Ormuz », le républicain de 79 ans, plus vieux président jamais élu aux Etats-Unis, a pourtant répété récemment que le sort de ce passage maritime stratégique lui était indifférent.
Le milliardaire s’est aussi contredit plusieurs fois sur les objectifs de l’opération militaire lancée le 28 février, la liant d’abord à un « changement de régime », avant d’assurer que cela n’était pas le cas, pour finalement dire que de toute façon le « régime » était déjà tombé.
L’ancien promoteur immobilier a assuré le 26 mars qu’il se « fichait » du résultat des négociations avec des responsables iraniens.
Il exige désormais au contraire que ces discussions aboutissent sous peine d’anéantir les infrastructures du pays et a fixé pour cela plusieurs ultimatums successifs.
Le dernier en date expirera mardi à 20h00 à Washington, minuit GMT, s’il n’est pas à nouveau repoussé.
« Botté le c-l »
Sa rhétorique est, en tout cas, toujours plus crue. Il a estimé récemment que l’armée américaine avait « botté le c-l » de l’Iran.
Les outrances de l’ancien animateur de téléréalité débordent le cadre du conflit.
Dans un déjeuner privé la semaine dernière, dont la vidéo a été diffusée par erreur par la Maison Blanche, Donald Trump s’est moqué d’Emmanuel et de Brigitte Macron.
« Macron, que sa femme traite extrêmement mal, … il se remet encore du coup de poing qu’il a pris à la mâchoire », a déclaré le président américain.
Récemment, il a aussi applaudi publiquement le décès de Robert Mueller, procureur qui avait enquêté sur une possible collusion entre Moscou et le candidat Trump lors de la campagne de 2016 : « Je suis content qu’il soit mort. »
Au-delà des injures, le mélange des genres pratiqué en permanence par Donald Trump interpelle, dans un pays où le déclin de l’ancien président démocrate Joe Biden a dominé la vie politique pendant des mois.
Lundi, devant des bambins venus participer à la traditionnelle chasse aux œufs de la Maison Blanche, aux côtés d’une mascotte costumée en lapin géant, il a évoqué la guerre sur un ton triomphaliste, en jugeant que l’Iran n’était « pas du tout si fort que ça ».
Il est par ailleurs fréquent que lors de ses interventions publiques, il évoque dans le même élan le conflit au Moyen-Orient et des projets de décoration ou de construction qui le passionnent, comme l’édification d’une salle de bal à la Maison Blanche.
Source : AFP
