mercredi, 21/01/2026   
   Beyrouth 22:04

« Surveillez vos arrières »: accueil mitigé pour le discours de Trump à Davos

« Surveillez vos arrières »: le discours de Donald Trump, devant une salle comble à Davos, a été accueilli de manière mitigée mercredi, entre soulagement sur son renoncement à la force au Groenland et inquiétude quant à son obstination à acquérir ce territoire autonome danois.

« Morceau de glace »

Pendant plus d’une heure d’un discours truffé de superlatifs, le président américain a vanté la santé « éclatante » des Etats-Unis, défendu sa politique migratoire restrictive et, surtout, réclamé avec insistance la propriété du Groenland, « un morceau de glace » dont dépend, selon lui, la sécurité des Etats-Unis. Et du monde, même s’il l’a plusieurs fois confondu avec l’Islande.

A son arrivée, les participants présents au Forum économique de Davos qui ont eu la chance de s’assurer une place dans la salle se lèvent tous d’un seul mouvement, moins pour l’applaudir que le prendre en photo avec leurs téléphones portables.

Des centaines d’autres personnes ont fait la queue en vain pour voir le commandant en chef américain, star cette année du sommet des riches et puissants dans les Alpes suisses.

Elles sont reléguées dans des petites pièces annexes ou dans les couloirs, contraintes de suivre l’intervention par écran interposé. Même le président letton Edgars Rinkevics a été refoulé.

« Gens stupides »

Dans l’auditorium, des rires francs se font entendre quand Donald Trump se réjouit d’être de retour en personne à Davos après six ans d’absence, pour s’adresser à « tant d’amis, et quelques ennemis ». Ou quand il moque, devant un parterre de patrons, hommes d’affaires et responsables politiques, les lunettes de soleil d’Emmanuel Macron (portées en raison d’un problème oculaire, NDLR).

Mais les rires se font nerveux, voire gênés ou indignés, quand le chef de la première puissance mondiale évoque « les gens stupides » qui achètent des éoliennes, qu’il abhorre, enrichissant la Chine selon lui, ou quand il attaque frontalement ses alliés européens et canadien.

« Vous parleriez allemand ou japonais »

Sans les Etats-Unis, « vous parleriez aujourd’hui allemand et un peu japonais », lance-t-il en allusion à l’intervention américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Invoquant le rôle central des Etats-Unis dans celle-ci et les intérêts sécuritaires de son pays, il dit renoncer à recourir à « la force » pour mettre la main sur le Groenland, mais réclame des « négociations immédiates » pour acquérir l’île arctique, au risque de faire éclater l’alliance transatlantique.

Pour parvenir à ses fins, il avait précédemment menacé plusieurs pays européens de droits de douane accrus. L’UE pourrait riposter.

Il a fait marche arrière

« C’est du Trump qui a fait du Trump », plaisante un banquier brésilien auprès de l’AFP à la fin du discours. Mais il y a une « bonne nouvelle », estime-t-il: pas d’intervention militaire au Groenland.

« C’est positif qu’il ait finalement fait marche arrière par rapport (…) à (sa) menace de mener une action militaire contre un allié des États-Unis », se réjouit aussi l’ancien vice-président démocrate Al Gore.

« Notre métier, c’est la démocratie »

Mais la ministre suédoise de l’Energie, Ebba Busch, juge cette concession insuffisante. « Notre métier, c’est la démocratie, pas les fusions-acquisitions », commente-t-elle devant quelques journalistes. « Nous ne céderons pas au chantage » et « il n’y a pas de négociation possible sur le territoire » autonome, ajoute-t-elle, estimant toutefois que « le dialogue » a toute sa place avec le dirigeant américain.

Il va revenir à la charge

Le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom, fervent critique de Trump, a trouvé son discours « insignifiant ». Pour lui, c’est la fermeté des Européens et la réaction négative des marchés financiers qui a quelque peu fait fléchir Donald Trump.

« Il exploite la faiblesse. Et hier (mardi), c’est de la fermeté qui a été exprimée », souligne-t-il. Mais « surveillez vos arrières, parce qu’il va revenir à la charge », prévient-il.

L’Europe doit se réveiller

L’an dernier, Donald Trump avait déjà monopolisé l’attention à Davos: à peine investi pour un deuxième mandat, il était intervenu par visioconférence depuis Washington, menaçant les grands patrons de droits de douane.

Aujourd’hui, « son discours me confirme dans l’idée que l’Europe doit se relever, se réveiller. Il faut dialoguer en position de force et c’est important que l’Europe se fasse respecter », indique à l’AFP l’économiste Philippe Aghion, prix Nobel de l’économie.

Source : AFP