« Cet accord est peut-être la dernière chance, sinon que chaque partie assume ses responsabilités. » Cette phrase appartient au président de la République, Joseph Aoun. Elle constitue le titre de son message adressé à la Résistance, à ses hommes et à ses partisans. C’est sa façon de nous dire que c’est le mieux qu’il ait pu obtenir.
Si l’équipe du président de la République — conseillers, assistants, techniciens et militaires — ne veut pas l’aider à sortir de l’impasse dans laquelle il s’est mis, et alors qu’ils ont joué un rôle majeur dans l’aggravation de cette impasse, il faut bien que quelqu’un vienne expliquer à Aoun la réalité de ce qui se passe.
Aoun affirme que c’est le maximum qui puisse être fait. Il croit, ou c’est ce qu’on lui a dit, que c’est l’unique option pour faire face à la machine à tuer israélienne. Puis il a accepté, de gré ou de force, l’idée que la Résistance n’est plus capable de se battre et que personne ne peut tenir tête à Israël.
Il accepte donc la capitulation comme une option de facilité. Pourtant, il a été commandant en chef de l’armée : auriez-vous levé le drapeau blanc pour la simple raison que votre adversaire dispose d’une puissance de feu supérieure à la vôtre, annonçant ainsi la reddition, la dissolution de l’armée et le renvoi des soldats ?
Vous savez pertinemment que celui qui a choisi pour vous le nom de Nada Moawad comme ambassadrice du Liban dans la capitale américaine vous a piégé dans une affaire majeure.
Si vous le saviez à l’avance, c’est un désastre ; mais cela devient moindre si vous avez découvert avec le temps que cette ambassadrice ne diffère en rien, en matière de compréhension et de compétences, de l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa : une absence totale de culture politique, aucune expérience dans le travail diplomatique, et par-dessus tout, cette ambassadrice répond à une référence particulière qui n’a aucun lien avec l’État libanais ni avec la présidence de la République.
Le ministre des Affaires étrangères ne peut pas orienter son action, et personne au Liban ne peut s’adresser à elle…
Même lorsque vous avez choisi l’ambassadeur Simon Karam pour diriger la délégation de négociation, on vous a dit que l’homme avait de l’expérience.
Une fois de plus, les conseillers autour de vous ont réussi à vous convaincre qu’il possédait les qualités requises pour mener des négociations visant à obtenir les droits du Liban.
Pourtant, vous avez fini par savoir, en l’entendant d’autres personnes extérieures au club des conseillers, que les seules qualifications de Karam résident dans son opposition au Hezbollah et son rejet de la Résistance, ainsi que dans l’accusation qu’il porte contre le parti d’être à l’origine de la ruine et de la destruction de tout le Liban.
Même lors de son expérience dans les négociations sur « Jezzine d’abord » dans les années quatre-vingt-dix, il a fait preuve d’une « légèreté » telle que des ambassadeurs expérimentés du ministère des Affaires étrangères ont dit aux dirigeants de l’époque, y compris à Rafic Hariri qui n’était pas opposé aux négociations, que cet homme n’était pas adéquat.
Êtes-vous réellement le président de tout le Liban ?
Lorsque vous avez lu le projet de déclaration publié jeudi, qui contenait tout ce qui a été divulgué en plus d’autres éléments dont certains ont été supprimés et d’autres modifiés, avez-vous remarqué, ou vos conseillers ont-ils attiré votre attention sur le fait qu’il n’y avait aucune mention d’une agression israélienne, ni de territoires occupés, ni de retrait, ni de libération des prisonniers et détenus, ni de retour des déplacés et de reconstruction… ? Ou lisiez-vous un communiqué sur des événements se déroulant dans un autre pays ?
Pensez-vous que la délégation israélienne aurait accepté si vous aviez exigé le retrait de ses forces à une distance importante derrière les frontières, ou qu’elle s’engage à placer son armée de l’air sous le contrôle d’une partie neutre pour garantir la fin des agressions contre le Liban ?
Pensiez-vous que le chef de la délégation ennemie aurait accepté que vous lui disiez qu’il commet des crimes sans interruption depuis un an et demi ?
Comment un esprit sain voulant préserver ce pays peut-il croire qu’il existe dans ce pays une autorité qui ne se contente pas de criminaliser une partie de son peuple et de reléguer ses héros au rang de simples mercenaires qu’il faut arrêter, pour ensuite couvrir leur assassinat ainsi que celui de leurs proches ?
Comment faire confiance à cette autorité pour sceller le destin du pays et de ses citoyens… ? Y a-t-il quelqu’un au sein de cette autorité qui ait pensé un seul instant, avant d’approuver cette déclaration, qu’il était en train de vendre une partie de sa terre et d’abandonner une partie de son peuple ?
A-t-il pensé à ce que serait la réaction de ces derniers, ou est-il resté uniquement préoccupé par la satisfaction des tuteurs américain, saoudien et européen ?
Il y a une part de naïveté évidente dans la performance de l’ambassadrice Nada Moawad, et une naïveté doublée d’une futilité encore plus flagrante dans la gestion de l’ambassadeur Michel Issa.
Mais on ne peut s’en prendre à eux ; il faut plutôt demander des comptes à quiconque était assis à la table et connaissait bien le Liban, ainsi qu’à quiconque siège dans les cercles de décision au Liban, connaît bien le Liban, et a pourtant décidé de sang-froid d’approuver cette déclaration d’humiliation et de honte.
Une déclaration après laquelle le président Aoun est apparu pour dire qu’elle représentait la dernière chance, suivi par son adjoint gouvernemental Nawaf Salam pour affirmer qu’elle était la meilleure option, avant d’ajouter que le désarmement de la Résistance est une exigence libanaise et non israélienne.
Et il fait cela alors que les combats font rage sur la terre du Sud, là où sont nés ceux qui portent ces armes.
Comment pouvons-nous croire Aoun et Salam, qui ne cessent à chaque heure de condamner les frappes iraniennes subies par les États du Golfe, enchaînant communiqué de condamnation sur communiqué, alors qu’ils n’ont pas fourni le moindre effort logique élémentaire pour décortiquer les crimes de l’ennemi et porter plainte devant une quelconque instance judiciaire arabe, régionale, internationale ou même américaine… ?
Le peuple peut-il dormir sur ses deux oreilles avec ce genre d’hommes aux commandes ?
Ce qui s’est produit n’est pas une chose ordinaire et ne le sera jamais. S’il y a au pouvoir chez nous des gens qui ne se soucient guère de la ruine du pays et ne s’enquièrent pas de la vie de ceux qu’Israël tue — qu’ils soient résistants, civils, militaires des forces armées, secouristes ou étudiants innocents —, sachez qu’il y a sur cette terre des hommes qui se tiennent debout, les armes à la main face à la machine de mort, lui rendant coup pour coup.
Quant à ceux qui lisent l’histoire et l’avenir des peuples au nombre de obus largués par les avions de l’ennemi, ils n’ont pas à nous parler des expériences des peuples libres dans le monde ; ils doivent se taire et partir le jour où le peuple exigera leur départ…
Ces propos sont peut-être durs, et certains y verront de quoi approfondir les divisions internes. Cependant, lorsque les choses en arrivent à jouer avec le destin des gens et du pays, le strict devoir est de dire à ces gens-là : partez, sans le moindre regret pour tout ce que vous avez fait…
Partez, tout simplement !
Par Ibrahim al-Amine
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
