dimanche, 25/01/2026   
   Beyrouth 22:38

Iran : Comment les forces de l’ordre ont contrecarré le modus operandi des émeutiers

Les émeutes de janvier 2026 ont été plus meutrières que la guerre des 12 jours.

Téhéran a publié il y a quelque jours le bilan final des pertes humaines et matérielles subies durant les récentes émeutes armées meurtrières soutenues par les Etats-Unis et l’entité sioniste qui ont sévi dans le pays. Ayant et déclenché le 8 janvier, date à laquelle des émeutiers ont confisqué des manifestations spontanées portées par le bazar pour protester contre la dévaluation du rial afin de lancer des attaques meurtrières dans tout le pays, elles ont été maitrisées le 18 janvier. Elles se sont soldées par la mort de 3.100 personnes, dont 2.427 martyrs civils et policiers et 690 émeutiers.

Hormis la guerre imposée entre 1979 et 1988, la République islamique a subi six tentatives de renversement du pouvoir, entre 2009 et 2026. Y compris la guerre israélo-américaine de 12 jours en juin 2025. Toutes se sont soldées par un échec.

Interrogé par al-Alam, le professeur universitaire libanais Talal Atrissi estime que le président américain a échoué dans sa manœuvre de miser sur les émeutiers pour justifier et légitimer son ingérence.

Durant les récentes émeutes, la République islamique a pu neutraliser leurs objectifs en contrecarrant leur modus operandi.

Une riposte précise et directe

Le chiffre de 2.427 martyrs « est le double de celui des martyrs qui sont tombés pendant la guerre des 12 jours et qui était de 1.100 martyrs » constate le site web libanais al-Ahed, selon lequel « ce paradoxe numérique révèle clairement que la guerre de l’intérieur a été bien plus féroce et brutale dans son approche de la société iranienne que n’importe quelle confrontation militaire traditionnelle »,

Le chroniqueur du site Hassan Haydar estime que le but des commanditaires de ces émeutes armées était « d’entrainer un déploiement en force des forces de sécurité et militaires dans les rues, escorté de véhicules blindés tout en imposant le couvre-feux pour ensuite présenter cette réalité via les médias internationaux comme la preuve de la « chute des villes » et de l’« effondrement du contrôle » de l’Etat.

Ce scénario « a été avorté en en s’abstenant de tout affrontement direct et en se limitant à des ripostes précises et directes, ciblant uniquement les sources des tirs », d’après Haydar. « Cette approche a privé les planificateurs du chaos généralisé qui aurait pu être exploité ultérieurement comme arme de guerre psychologique pour manipuler l’opinion publique internationale et intensifier la pression extérieure. »

Équilibre de dissuasion populaire

Haydar estime que le tournant décisif est survenu deux jours seulement après le pic de violence, lorsque « quelque 26 millions de personnes sont descendues dans les rues et sur les places de plusieurs villes iraniennes », pour protester contre les émeutiers. « Cette mobilisation massive n’était pas une réaction émotionnelle, mais une prise de position politique et sécuritaire claire, exprimant un rejet du chaos et de la violence armée et confirmant que la rue opposée était présente et capable de faire basculer la situation ».

Et al-Ahed de conclure : « Cette scène a redessiné les rapports de force sur le terrain, instaurant ce que l’on pourrait appeler un « équilibre de dissuasion populaire ». Les groupes anarchiques ont battu en retraite, non seulement sous la pression des mesures de sécurité, mais aussi par crainte d’un affrontement avec une population nombreuse et organisée qui rejetait toute atteinte à la sécurité publique ».

Pertes matérielles

Les images des biens publics, étatiques et privés détruits par les émeutiers ont éveillé les Iraniens sur les réels objectifs des émeutiers . Le bilan officiel des destructions matérielles a été le suivant :

305 ambulances

253 stations de bus

800 véhicules privés

700 commerces

750 banques

600 ATM

24 stations d’essence

300 unités résidentielles privées

414 bâtiments publics

749 postes de police

120 centres des Bassidj

200 écoles

15 bibliothèques

350 mosquées

2 églises arméniennes

L’Internet bientôt rétabli

La coupure de l’internet par les autorités, y compris via Starlink, a joué un rôle primordial pour avorter les émeutes. Elle a été imposée à partir du 8 janvier dans le but de couper les communications entre les émeutiers et leurs commanditaires américains, israéliens ou autres.

Samedi 25 janvier, le patron de la compagnie iranienne de télécommunications Behzad Akbari a assuré aux médias locaux que l’accès à internet serait rétabli « aujourd’hui ou demain », a rapporté l’agence de presse Fars.

Selon Fars, le Conseil suprême de la sécurité nationale a approuvé vendredi soir le rétablissement de la connexion et en a informé le ministère des Communications.

Fars a fait état d’une brève reprise de l’accès à internet international, « coupé de nouveau au bout d’environ 30 minutes ».

Des responsables du ministère des Communications ont toutefois indiqué à Fars que la remise en service prendrait du temps « en raison de complexités techniques ».

Yousef Pezeshkian : Tôt ou tard

Plus tôt samedi, Yousef Pezeshkian, fils du président iranien et conseiller à la présidence, avait appelé les autorités à rétablir internet.

 « Les services de sécurité craignent peut-être que le rétablissement d’Internet ne déstabilise le pays. Mais le plus inquiétant est que la coupure d’Internet prolongée creuse le fossé entre le peuple et le gouvernement. Cela signifie que ceux qui n’étaient pas mécontents, et ne le sont toujours pas, rejoindront la liste des mécontents », a-t-il ecrit sur Telegram, selon l’agence de presse officielle IRNA

« La diffusion d’images des manifestations est un problème auquel nous devrons faire face tôt ou tard, et la coupure d’Internet ne résoudra rien, elle ne fera que repousser l’échéance », a-t-il soutenu.

Yousef Pezeshkian a réitéré sa description des récentes violences dans le pays comme étant « le produit d’une opération préméditée et de groupes entraînés professionnellement et affiliés à des entités étrangères ».

Selon lui, « si les forces de sécurité et de maintien de l’ordre ont peut-être commis des erreurs, personne ne défendra ces violations, et c’est ce qu’il faut aborder. »

Ce dimanche matin, l’Iran a révélé avoir déposé une plainte pénale contre le gouvernement des États-Unis et israélien, et plusieurs groupes terroristes, les accusant de soutenir et de financer des actes de sabotage qui ont visé la sécurité du pays.

Source : Divers