mardi, 21/07/2026   
   Beyrouth 17:19

Gaza : Londres arme encore Israël, la rue exige la fin de la complicité britannique

Des milliers de manifestants ont défilé samedi 18 juillet dans les rues de Londres pour adresser un avertissement au futur Premier ministre travailliste Andy Burnham : les excuses ne suffiront plus. Les participants ont exigé un embargo total sur les armes à destination d’Israël et une pression immédiate sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou afin qu’il mette fin au siège et à ses opérations militaires dans la bande de Gaza. Husam Zomlot, ambassadeur palestinien au Royaume-Uni, a conduit la marche aux côtés de nombreuses organisations de soutien à la Palestine. Jeremy Corbyn, ancien dirigeant du Labour devenu député indépendant, était également présent. Burnham doit officiellement entrer à Downing Street lundi 20 juillet. Avant même sa prise de fonctions, la rue lui rappelle que la complicité britannique avec Israël ne pourra pas être effacée par un simple changement de Premier ministre.

Cette mobilisation expose une fracture que le Labour n’a jamais résolue : d’un côté, un appareil gouvernemental profondément lié aux États-Unis, à l’OTAN et à l’industrie militaire israélienne ; de l’autre, une partie de sa base électorale qui refuse que le Royaume-Uni continue d’armer un État accusé de violations massives du droit international. Le gouvernement Starmer a suspendu certaines licences d’exportation, mais il n’a jamais décrété d’embargo général. Au 28 février 2026, 203 licences militaires non suspendues impliquant Israël restaient en vigueur, avec une exception majeure pour les composants destinés au programme mondial des F-35, dont l’armée israélienne peut être l’utilisateur final. Londres a également sanctionné Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, mais ces mesures individuelles n’ont interrompu ni la coopération militaire générale ni le soutien britannique revendiqué à la sécurité d’Israël. Cette politique de demi-mesures a contribué à éloigner des militants, des électeurs musulmans et une partie de la gauche britannique.

«Nous sommes des milliers aujourd’hui à Londres avec un message pour le nouveau Premier ministre : nous ne disparaîtrons pas, nous ne partirons pas et nous ne cesserons jamais de lutter pour la libération de la Palestine. Mettez fin maintenant à la complicité de la Grande-Bretagne dans le génocide». ~ Jeremy Corbyn

La formulation de Jeremy Corbyn est délibérément accusatrice. Elle ne demande plus au futur Premier ministre d’exprimer sa compassion pour Gaza, mais de rompre avec les décisions concrètes qui rendent possible la poursuite de la coopération britannique avec Israël. La complicité dénoncée par les manifestants repose sur plusieurs éléments : les licences militaires toujours actives, les composants britanniques susceptibles d’intégrer les F-35, les relations diplomatiques privilégiées et le refus persistant d’imposer des sanctions à l’État israélien lui-même. Burnham peut contester le mot «génocide» ou renvoyer sa qualification aux juridictions internationales ; il devra néanmoins répondre sur les actes. La véritable question n’est plus de savoir s’il condamne les souffrances palestiniennes, mais s’il acceptera de supprimer les instruments britanniques qui soutiennent matériellement Israël.

Burnham promet une rupture, mais Londres reste attaché à la machine de guerre israélienne

La question centrale n’est pas de savoir si Burnham se dit personnellement bouleversé par Gaza, mais s’il est prêt à affronter les intérêts qui structurent la politique étrangère britannique. Le Royaume-Uni demeure dépendant de sa relation militaire et de renseignement avec Washington, tandis que son industrie de défense participe à des programmes internationaux comme celui du F-35. Un embargo total sur Israël obligerait Londres à remettre en cause cette architecture, notamment en refusant que des composants britanniques puissent finalement équiper des appareils israéliens. Cette décision provoquerait des tensions avec les États-Unis et avec les industriels concernés, mais prétendre que le Royaume-Uni ne possède aucune marge de manœuvre serait mensonger. Londres dispose du pouvoir juridique de suspendre les licences qu’il a lui-même accordées. Ce qui manque n’est pas le levier : c’est la volonté politique de l’utiliser.

Burnham hérite parallèlement d’une crise du coût de la vie, d’une pénurie de logements abordables, de services publics dégradés et d’une dette étudiante en forte augmentation. Son entourage souhaite placer ces dossiers au premier rang de son gouvernement. Mais opposer les difficultés intérieures britanniques à Gaza constituerait une diversion commode : suspendre des licences d’armement ne nécessite pas de sacrifier la construction de logements ou le financement du système de santé. Husam Zomlot et les organisateurs de la marche veulent précisément empêcher Burnham de reléguer la Palestine au rang des dossiers internationaux que l’on traite par quelques communiqués. Ils lui demandent une décision immédiate dont le coût est avant tout politique : cesser de protéger la relation avec Israël au détriment des Palestiniens.

Andy Burnham a présenté des excuses explicites pour la réponse initiale du Labour à la destruction de Gaza, reconnaissant que son parti «ne s’y était pas bien pris» et avait attendu trop longtemps avant de demander un cessez-le-feu. Il promet désormais d’accroître la pression sur Israël, d’étudier de nouvelles sanctions et d’interdire éventuellement le commerce avec les colonies illégales. Mais il refuse encore de s’engager clairement en faveur d’un embargo total sur les armes. Ses excuses peuvent donc annoncer une rupture réelle comme servir d’opération de reconquête électorale après les pertes subies par le Labour au profit des écologistes et des candidats pro-palestiniens. Burnham ne sera pas jugé sur la sincérité de ses regrets, mais sur la fermeture effective des circuits militaires et commerciaux qui relient encore Londres à l’État israélien.

La manifestation du 18 juillet place donc Burnham face à deux camps. D’un côté, une mobilisation populaire, diplomatique et politique qui exige la fin de toute assistance militaire à Israël. De l’autre, un appareil d’État attaché à l’alliance américaine, aux contrats de défense et à une relation avec Tel-Aviv que les sanctions individuelles n’ont jamais véritablement remise en cause. Les leviers existent : suspendre les licences restantes, sortir les composants britanniques de la chaîne d’approvisionnement des F-35 israéliens, sanctionner les responsables des opérations à Gaza et interdire le commerce avec les colonies. Si Burnham refuse de les employer, il ne pourra pas invoquer l’impuissance. Il aura fait le choix de préserver les alliances britanniques pendant que les Palestiniens continuent d’en payer le prix.

Par Franck Pengam

Source : Géopolitique Profonde