Il est impossible de lire la visite de Benjamin Netanyahu dans la capitale américaine comme une simple étape protocolaire s’inscrivant dans le cadre des contacts politiques habituels.
En effet, le choix de son calendrier, juste avant les réunions prévues à Rome entre la délégation de l’autorité libanaise soumise à la tutelle et celle de l’ennemi, vise manifestement à obtenir l’assentiment américain à une approche israélienne qui consiste à dissocier la question du retrait du processus de négociation, au lieu de la considérer comme le résultat naturel de tout accord conclu.
Dans ce contexte, la 12ème chaîne israélienne a rapporté, citant la directrice du département de la communication Tzipi Hotovely, que « lors de la réunion entre Trump et Netanyahu, aucune exigence de retrait israélien supplémentaire sur aucun des fronts n’a été formulée ».
La proposition portée par Netanyahu consiste à faire des zones contrôlées par ‘Israël’ un élément permanent de l’équation de négociation, et non une carte temporaire liée à une phase de transition. Dès lors, l’occupation devient un outil de négociation en soi, permettant à ‘Israël’ de maintenir une influence sur le terrain au nom des impératifs de sécurité.
Du point de vue israélien, l’accord n’est pas traité comme un plan clair menant à terme à un retrait progressif, mais comme un cadre permettant de gérer le statu quo et de prolonger la présence militaire sous prétexte de surveiller la capacité de l’État libanais à imposer la stabilité et à contrôler les frontières.
Cette orientation apparaît encore plus nettement à travers les déclarations du ministre israélien de la Sécurité, Israël Katz, quant à la possibilité d’appliquer le soi-disant « modèle de Gaza » au Liban.
La question dépasse ici la notion de dissuasion ou de protection des frontières pour atteindre l’usage de la force militaire dans la redéfinition de la nature même de la zone frontalière.
Les bombardements et les destructions massives deviennent ainsi un moyen de provoquer un changement à long terme sur le terrain, en affaiblissant l’infrastructure urbaine et en contraignant les habitants à s’éloigner de leurs terres, ce qui conduit concrètement à l’établissement d’un cordon de sécurité non déclaré, imposé par ‘Israël’ sur le terrain.
Reproche européenne envers le Liban
Entre-temps, un rapport diplomatique reçu par un haut responsable a révélé que les autorités d’occupation israéliennes ont rejeté toutes les propositions formulées pour associer des unités des forces des Nations unies opérant dans le sud du Liban (FINUL) à la phase de mise en œuvre de l’accord-cadre. Après que l’armée libanaise a proposé au médiateur américain de faire appel aux forces de la FINUL — dont le mandat court jusqu’à la fin de l’année —, Washington a informé la partie libanaise du refus d’Israël d’accorder le moindre rôle à l’ONU dans ce dossier.
Selon le rapport, les Israéliens ont également insisté sur leur refus de toute participation française aux réunions de coordination, en plus de rejeter toute présence du contingent espagnol, l’Espagne étant considérée comme un « État hostile à Israël ». Une proposition visant à recourir au contingent italien a également été avancée, au motif que Rome ne connaît pas de tensions dans ses relations avec ‘Israël’ et maintient de bons rapports avec Washington.
Cependant, le rapport indique que le Commandement central américain (CENTCOM) a informé les autorités officielles libanaises, après avoir consulté la partie israélienne, du refus de Tel-Aviv d’accorder le moindre rôle au contingent italien. ‘Israël’ estime en effet, selon le rapport, qu’il n’y a plus lieu de maintenir des forces internationales au sud du Liban et que tout arrangement sécuritaire doit se faire par une coordination directe entre l’armée libanaise et l’armée israélienne, sous la seule médiation de l’armée américaine.
En face, des diplomates européens, en particulier français, font part du grief de leurs gouvernements à l’encontre du gouvernement libanais pour n’avoir pas encore adressé de demande officielle à l’ONU en vue de prolonger le mandat de la FINUL, malgré les appels européens répétés qui assujettissaient toute prolongation ou tout envoi de troupes européennes supplémentaires à une décision officielle de l’État libanais.
Ces diplomates avertissent que l’échéance imminente du mandat de la FINUL, combinée aux dispositions de l’accord-cadre prévoyant la création d’un comité de coordination militaire tripartite présidé par le CENTCOM pour suivre la situation dans le Sud, pourrait conduire à l’éviction de tout rôle européen dans ce dossier. Cela laisserait le Liban seul face à des arrangements sécuritaires gérés exclusivement via le canal américain.
Les sources confirment que Washington a réussi, dans une large mesure, à plier le Liban à la volonté américano-israélienne visant à mettre fin au rôle des forces de l’ONU dans le Sud et à réduire la présence française en particulier. Elles ajoutent que ce dossier a constitué l’un des principaux points de discussion entre le président libanais Joseph Aoun et le président français Emmanuel Macron.
Selon des sources ministérielles, les pressions américaines exercées sur le gouvernement libanais l’empêchent jusqu’à présent d’adresser une demande officielle à l’ONU pour prolonger le mandat de la FINUL. Elles soulignent que la pétition parlementaire signée par plus de 80 députés, malgré sa portée politique, ne saurait remplacer une décision officielle émanant du gouvernement libanais.
Les mêmes sources ont révélé que la France se coordonne avec l’Allemagne pour élaborer une proposition de force multinationale européenne, afin d’éviter tout vide sécuritaire dans le Sud en cas d’effondrement de l’accord-cadre et en réponse à la demande du président libanais.
Néanmoins, des sources diplomatiques affirment que l’avenir des dispositions de sécurité dans le Sud reste tributaire de la position officielle libanaise et exige une décision politique audacieuse de la part du gouvernement pour empêcher ‘Israël’ de prendre le contrôle exclusif de la scène sécuritaire dans le Sud, avec toutes les répercussions négatives que cela pourrait avoir sur le déploiement et le rôle de l’armée libanaise.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
