vendredi, 31/07/2026   
   Beyrouth 07:04

« Protection du Liban » : un cadre pour refuser l’isolement politique

Par Rola Ibrahim

Dans un contexte de réel blocage des contacts politiques internes et de forte division sur les grands enjeux du moment, la tentative du député Gebran Bassil de tracer une voie différente s’est avérée digne d’intérêt.

D’autant plus que le discours d’exclusion et d’isolement est réapparu en force ces derniers temps, parallèlement à une campagne d’incitation confessionnelle et sectaire visant tout le monde. Cela a exigé un effort sérieux, concrétisé par une initiative lancée par le président du Courant patriotique libre, le député Gebran Bassil, afin de rassembler le plus grand nombre de représentants des principales forces du pays lors d’une conférence visant à publier un document de principes intitulé « Protection du Liban ».

Bassil, qui a subi une campagne de « diabolisation » politique pendant de longues années avant d’être écarté du pouvoir il y a quelques années, siège désormais entouré de blocs parlementaires qui, hier encore, évitaient jusqu’à la publication d’une information sur une rencontre avec lui.

La rencontre au Phoenicia est arrivée comme le fruit de quatre mois d’efforts. On a noté une présence sunnite marquante avec des représentants du bloc « Le Nouveau Liban » (le député Nabil Badr), de l’Association des projets de bienfaisance islamiques (le député Adnan Traboulsi), de la Jamaa Islamiya (le député Mohammad Hout), du bloc de la Modération nationale et du Parti de l’Union (le député Hassan Mourad).

De plus, le député Fayçal Karami, absent à la réunion, a publié un communiqué exprimant son soutien à tout ce qui figure dans le document de principes.

Plusieurs députés du mouvement Amal étaient présents aux côtés d’une délégation du Parti démocratique représentant le député Talal Arslan, tandis que la présence chrétienne s’est représentée par le Mouvement Marada, les députés du Courant patriotique libre et des députés indépendants tels que William Tawk, Michel Murr et Jamil Abboud.

De même, on a enregistré la présence de l’ancien directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, du président de l’Union des investisseurs libanais Jacques Sarraf, et de l’ancien député des Forces libanaises Elie Assouad.

Cependant, l’élément frappant a été l’absence du Parti socialiste progressiste malgré sa confirmation préalable. Des sources informées ont indiqué que l’ancien député Walid Joumblatt ne semble pas désireux de participer à des réunions durant cette période, mais qu’il a transmis à Bassil son accord sur le contenu du document.

Quant au Hezbollah, il n’a pas été invité : après avoir pris connaissance du projet de document, le parti avait émis des réserves sur la clause exigeant le monopole des armes, avant même le retrait israélien.

Quant à l’absence des « Forces libanaises », elle s’explique par le fait qu’elles ont traité la conférence avec hostilité et négativité, comme elles le font face à tout appel au dialogue ; le chef des FL, Samir Geagea, ayant refusé de recevoir la délégation du Courant chargée de lui remettre l’invitation.

Certains analysent ce comportement comme un refus des FL de reconnaître le succès de Bassil à organiser une large rencontre politique débouchant sur une feuille de route politique modérée et rassembleuse intercommunautaire, contrairement à la rencontre de Maarab qui s’était limitée à un camp précis et avait produit un « document de guerre ».

La conférence revêt une importance accrue après l’approbation et la signature par ces blocs et personnalités politiques d’un document comprenant plusieurs points débattus puis approuvés, aboutissant à un communiqué final qui insiste sur la nécessité de s’en tenir à un État fort détenant le monopole des armes et des décisions, et réclame la neutralité du Liban face aux guerres et aux conflits.

En contrepartie de cette insistance sur la neutralité du Liban face aux guerres et aux conflits, les participants ont souligné une série de refus catégoriques : non à l’occupation israélienne, non à la discorde interne ou à l’autosécurité, non à l’ingérence étrangère dans les affaires libanaises, et non à la division, au morcellement et à l’implantation des réfugiés.

Le communiqué a également mis l’accent sur le rôle de l’armée dans la protection du Liban, ce qui exige son armement et le renforcement de ses capacités, tout en affirmant l’attachement des présents à l’adoption d’une paix juste et globale conformément aux résolutions du sommet de Beyrouth de 2002.

Le député Bassil a indiqué que « l’objectif de la rencontre n’est pas de former un front politique ou une alliance permanente, mais de lancer une dynamique nationale fondée sur la recherche du plus grand dénominateur commun entre les Libanais, afin de consolider le choix de l’État, de ses institutions et de son unité ».

Il a souligné que « la solution espérée réside dans la fin de l’occupation israélienne, la libération des prisonniers, le retour des habitants, la reconstruction du Sud, la restriction totale des armes entre les mains de l’État, l’adoption d’une stratégie de défense nationale, le renforcement de l’armée et des institutions sécuritaires, ainsi que la conclusion d’accords de sécurité conjointe ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar