mardi, 04/08/2026   
   Beyrouth 07:20

Le dilemme de la ‘sécurité nationale’ israélienne: Les colons ne croient pas à leur ‘État’

Ancien chef d'état-major adjoint israélien, le général de division Yair Golan

Par Yahya Dbouk

Le témoignage du général de division Dror Shalom, qui occupait jusqu’à récemment le poste de directeur de la division politique et de sécurité au ministère de la Sécurité israélien, recoupe les analyses présentées par d’autres experts lors de la « Conférence sur la sécurité nationale israélienne 2026 ».

Cet événement a été organisé ces derniers jours par le groupe « Yedioth Ahronoth » en collaboration avec l’« Institut d’études sur la sécurité nationale » (INSS) à Tel-Aviv.

Alors que ces experts s’accordent à dire que le « Hezbollah » est encore loin d’être désarmé, l’approche de Shalom repose sur ce qu’il considère comme une opportunité historique au Liban pour parvenir à un accord de paix conduisant, à terme, au désarmement du Parti par la voie politique et non militaire. Cela représente un virage par rapport à la nouvelle doctrine selon laquelle les ennemis ne peuvent être dissuadés que par la force militaire directe.

Le directeur de l’Institut et ancien chef des renseignements militaires, le général de division Tamir Hayman, a appuyé cette approche en évoquant « la possibilité d’entamer des accords de sécurité d’étape en Syrie et au Liban, sous forme de petits pas montrant qu’Israël ne cherche pas à saper les frontières du Moyen-Orient ».

Cette vision contredit radicalement la conduite du gouvernement, axée sur la poursuite des opérations militaires sans aucun horizon politique.

De son côté, le président du « Parti démocrate » et ancien chef d’état-major adjoint, le général de division Yair Golan, a partagé la proposition de Shalom concernant le remplacement de la « FINUL », tout en ajoutant deux nouvelles dimensions au débat : la première est la reconnaissance du fait que « le gouvernement libanais actuel est peut-être le plus positif depuis l’assassinat de Rafic Hariri en 2005 » ; la seconde est l’appel adressé à « Israël à prendre l’initiative de créer une réalité différente au Liban, au lieu de se contenter de réagir aux propositions qui lui sont faites ».

Ces opinions, ainsi que l’ensemble des interventions des experts, des anciens militaires et de plusieurs hommes politiques candidats à la présidence du gouvernement en cas de défaite du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux prochaines élections — au premier rang desquels l’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett —, soulèvent une question : existe-t-il une tendance vers un changement de l’approche israélienne envers le Liban et le front nord en général, y compris la Syrie, en passant d’une logique de guerre et d’imposition de la volonté par la force militaire à une approche plus souple, fondée sur des accords et des engagements mutuels ?

Cependant, il n’est pas encore clair si cette orientation possède une chance réelle de se concrétiser ou si elle reste cantonnée au stade des vœux formulés par ceux qui se trouvent en dehors du cercle de décision.

Dans ce cadre, Eizenkot, qui a dirigé le commandement de la région Centre au sein de l’armée israélienne et possède une expérience directe du terrain dans la gestion des fronts, a estimé lors de son discours à la conférence qu’« un gouvernement normal aurait dû garantir ces jours-ci une certaine réalité sécuritaire et se concentrer sur le Liban et l’Iran ».

Il a ajouté que « le Nord n’est pas un dossier négligé par hasard, mais parce que le gouvernement est absorbé par des calculs de survie politique et par la satisfaction de ses partenaires de coalition ».

Cependant, l’élément le plus important dans les propos d’Eizenkot réside dans son avertissement : une explosion de la situation en Cisjordanie obligerait l’armée d’occupation à retirer des bataillons et des forces du Liban et de Gaza pour les transférer en Cisjordanie.

Concernant les colons du Nord, l’intervention de Shafran Gitelman, chercheuse à l’« Institut d’études sur la sécurité nationale » et spécialiste des relations entre l’armée et la société, intitulée « La double crise de confiance », a dressé une autopsie précise de la perte de confiance qui caractérise cette relation.

Cette crise s’est structurée en deux phases : la première liée au choc du 7 octobre 2023 ; la seconde liée à l’après-guerre, lorsque les habitants ont reçu des promesses fermes quant à l’élimination des menaces, avant de découvrir que la réalité était plus complexe que ce qui leur avait été dit.

Le président du conseil régional « Mateh Asher » et président du « Forum de la ligne de front », Moshe Davidovich, a résumé cet état d’esprit en déclarant que « les colons ne sont ni optimistes ni pessimistes, mais réalistes », ajoutant que « les colons font toujours confiance à l’armée, mais cette confiance ne signifie pas qu’ils la croient lorsque celle-ci affirme que la situation est sûre ».

Davidovich a mis en garde contre tout retrait supplémentaire du Liban dans le cadre d’un règlement politique, exigeant de son gouvernement qu’il ne prenne pas de décisions « au-dessus de leurs têtes » et qu’il leur parle avec franchise — ce qui révèle que les colons ne croient plus en la capacité de leur « État » à prendre leurs intérêts en considération lors des décisions cruciales.

Cette crise de confiance n’est toutefois pas l’apanage du Nord. En descendant vers le sud, en direction de Gaza et de la Cisjordanie, le même schéma se répète : une direction politique qui promet de trancher la situation tandis que les réalités du terrain vont dans une direction totalement opposée.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar