Le septième tour des négociations libano-israéliennes à Rome s’est achevé sur un véritable blocage, plaçant le processus négocié face à son épreuve la plus difficile depuis son lancement.
La délégation du pouvoir est rentrée à Beyrouth sans accord sur une date confirmée pour un huitième tour, et sans avoir obtenu le moindre engagement israélien en faveur d’un cessez-le-feu ou d’une limitation des opérations militaires.
Comme à chaque fois, les milieux du président de la République, Joseph Aoun, font fuiter qu’il n’y a pas d’autre choix que les négociations, tout en affirmant qu’ils n’accepteront pas de revenir à la table sans garanties de résultats majeurs. Néanmoins, ils finissent rapidement par céder aux pressions américaines et par s’engager dans des négociations sans aucun espoir d’aboutissement.
Alors que l’ambassadeur Simon Karam avait accepté, il trois semaines, de ne pas abandonner le dossier négocié afin que sa démission ne soit pas perçue comme un coup dur porté au processus, il est revenu de la récente réunion de Rome en brandissant à nouveau la menace d’une démission.
Il a ainsi déclaré : « Cette fois, je refuse de participer à un quelconque tour sans avoir obtenu au préalable un engagement sur des concessions israéliennes sérieuses concernant le dossier du retrait et des zones d’expérimentation ».
Il est ensuite passé à ce que les Américains considèrent comme une « demande raisonnable », à savoir l’arrêt par ‘Israël’ des opérations de démolition dans les villages occupés et l’examen d’un accord concernant les prisonniers libanais.
S’agissant de la session de négociations de Rome, le quotidien Al-Akhbar a appris de sources informées que la partie américaine avait informé le Liban au préalable qu’Israël ne souhaitait pas s’engager dans des discussions visant à créer une seconde zone d’expérimentation.
L’entité ennemie préférait se concentrer sur les mécanismes de coordination directe avec l’armée libanaise et sur l’accord quant au nom d’une tierce partie censée « vérifier le respect par l’armée libanaise de ses obligations dans la première zone ».
C’est sur ce point précis qu’a surgi un vif désaccord entre les délégations politique et militaire. Karam a demandé à inclure dans les discussions la déclaration de villages non occupés comme périmètre additionnel à la zone d’expérimentation.
La délégation militaire lui a alors signifié que sa proposition ne reflétait en rien la réalité du terrain : les villages évoqués (Froun, Ghandouriyé, Srifa, Qalaway et Bourj Qalaway) sont déjà libérés, et l’ennemi cherche à amener l’armée à mener une mission contre des objectifs inconnus dans la zone, sans intention de se retirer d’aucun village occupé.
Il convient de préciser que la délégation militaire avait apporté les cartes localisant avec précision les positions des forces d’occupation, tandis qu’Israël maintenait son exigence de conserver une zone de sécurité pour protéger le secteur occupé.
‘Israël’ distingue deux catégories de prisonniers : les dépouilles des Juifs du Liban contre les civils
La véritable révélation est toutefois survenue dans le dossier des prisonniers libanais dans les geôles de l’occupation. Il s’est avéré que la délégation du pouvoir ne disposait d’aucun détail précis sur les prisonniers et détenus libanais dans les prisons ennemies.
De son côté, la délégation ennemie a tenté de distinguer deux catégories de prisonniers : d’une part, ceux qu’elle considère comme des combattants du Hezbollah, dont le statut ne peut faire l’objet de discussions ; d’autre part, des civils ayant représenté un danger pour les opérations des forces israéliennes, ce qui a rendu leur arrestation nécessaire.
Bien que l’ennemi ait réitéré son refus de laisser le Comité international de la Croix-Rouge visiter les prisonniers et les identifier, la surprise est venue lorsque le délégué ennemi a formulé une offre pour ce qu’il a qualifié d’« accord d’échange de prisonniers civils ».
Au cours du débat, la délégation israélienne a évoqué la présence juive historique au Liban, affirmant que des Juifs ayant quitté le Liban il y a de longues années sont désormais citoyens de l’entité d’occupation et souhaitent transférer les dépouilles de leurs proches depuis les cimetières juifs du Liban vers des cimetières en Palestine occupée. Les Israéliens ont fait des références directes à un nombre substantiel de dépouilles situées dans les cimetières juifs de Beyrouth et de Saïda.
Dans le même ordre d’idées, ‘Israël’ a exprimé son refus de toute présence d’une force européenne issue de la Finul au Liban-Sud, rejetant l’Italie comme tierce partie après le refus de l’Espagne et de la France.
Par la suite, les responsables de l’entité d’occupation ont déclaré proposer l’arrivée d’une force suisse pour assumer cette mission, précisant que Tel-Aviv avait examiné la question avec les autorités suisses et qu’il existait une disposition initiale à accueillir favorablement cette proposition.
Les faux exploits d’Aoun
Au-delà des faux exploits vantés par l’équipe d’Aoun et par son assistant gouvernemental Nawaf Salam, toute démarche de leur part nécessite une assise permettant d’éviter la colère des Américains ainsi que celle des Saoudiens.
Il s’est en effet avéré que le haut-délégué saoudien, Yazid ben Farhane, se montre plus intransigeant que les autres quant à la nécessité de poursuivre le processus de négociation, réitérant ses avertissements à certaines parties libanaises : les responsables doivent comprendre que le rapport de force ne joue pas en leur faveur et que toute aventure remettant en cause les négociations équivaudrait à remettre le Liban entre les mains de l’Iran.
Des sources ont indiqué à Al-Akhbar que les fuites médiatiques découlent de la frustration du président Joseph Aoun. Ce dernier pensait que sa visite à Washington et sa rencontre avec le président américain Donald Trump lui permettraient d’obtenir gain de cause ou d’amener ‘Israël’ à des concessions ; or, ce dernier a refusé d’élargir les zones d’expérimentation. Même parmi ses proches ou les partisans du processus négocié, le récit vantant les bénéfices de cette démarche s’effrite.
L’arrivée au Liban du général américain Joseph Clearfield est attendue, ce lundi, en provenance de l’entité d’occupation, où il a rencontré le chef d’état-major et des responsables militaires.
Lors de ses entretiens avec le commandement de l’armée libanaise, il aura à traiter une série de dossiers liés aux négociations : la discussion sur la seconde zone d’expérimentation rejetée par ‘Israël’, la conclusion d’un arrêt effectif des hostilités, ainsi que le devenir de la force internationale susceptible de remplacer la Finul.
Cette situation survient dans un contexte de divergence continue entre les délégations politique et militaire libanaises au cours des négociations. La délégation politique a essuyé des critiques sur sa gestion du dossier, tandis que la délégation militaire s’est montrée plus ferme sur certains points, allant parfois jusqu’à quitter la table en signe de protestation, alors même que le volet politique poursuivait les discussions.
Quant à l’ambassadeur Karam, qui réitère ses critiques envers l’ambassadrice Nada Moawad, il a veillé, dès son retour de Rome, à échanger avec des journalistes pour leur signifier que « ce qui a été obtenu représente le maximum possible dans les conditions actuelles ».
Il a également exprimé des doutes quant à la capacité de Washington à jouer un rôle de médiateur impartial, alors que le Liban considère qu’Israël est la partie qui poursuit les agressions et refuse de faire des concessions.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
