mercredi, 12/08/2026   
   Beyrouth 10:13

Iran|Khamenei restructure le pouvoir : la « ligne dure » s’impose

Par Mohammad Khawajouï

En plein cœur des vives tensions entre Téhéran et Washington, et face à un paysage régional flou où l’incertitude règne quant à une confrontation militaire directe ou une désescalade via les accords passés, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Sayed Mojtaba Khamenei, a entamé une restructuration à grande échelle aux plus hauts niveaux militaires et sécuritaires du pays.

À travers une série de décrets et de nominations publiés deux jours d’affilée (dimanche et lundi), les postes vacants au sein de l’État-major général des forces armées, du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et du Basij ont été pourvus, tandis que la nomination de Mohsen Rezaï en tant que représentant du Guide et secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale annonce un changement majeur dans le rapport de forces au sein du régime.

Ces nominations interviennent pour combler le vide laissé par les assassinats de hauts responsables iraniens. Lors de la dernière confrontation, de lourdes pertes ont frappé les piliers de la hiérarchie militaire, notamment le chef d’État-major des forces armées, Abdolrahim Mousavi, le commandant en chef du CGRI, Mohammad Pakpour, le commandant des forces navales du CGRI, Alireza Tangsiri, ainsi que le commandant du Basij, Gholamreza Soleimani. Les décrets du Guide sont donc venus redessiner la carte du commandement en désignant de nouveaux noms — parmi lesquels Ali Abdollahi, Ahmad Vahidi, Ali Ozmaei et Hossein Taeb — pour assumer ces missions sensibles, garantissant la continuité des opérations militaires et sécuritaires dans des conditions exceptionnelles.

Le contenu des ordres émis par le Guide, en sa qualité de commandant en chef des forces armées iraniennes, révèle des transformations structurelles, à commencer par la fusion de l’État-major général avec la « base centrale Khatam al-Anbiya ».

Auparavant, l’État-major jouait le rôle d’organe suprême de planification et de coordination entre toutes les branches des forces armées, tandis que Khatam al-Anbiya assurait le commandement opérationnel en temps de guerre.

Ainsi, la désignation du général de division Ali Abdollahi, qui dirigeait cette base, à la tête de l’État-major scelle l’unification des deux institutions et transfère l’expertise du commandement du terrain au cœur de la planification militaire. Le décret charge explicitement Abdollahi de « finaliser la fusion de l’État-major général avec la base centrale Khatam al-Anbiya », une mission indiquant que l’Iran s’oriente vers une institutionnalisation de ses structures de commandement de guerre afin d’accroître leur flexibilité et leur efficacité.

De plus, le choix de l’ancien commandant des forces terrestres de l’armée, le brigadier-général Kioumars Heydari, comme adjoint au chef d’État-major, vise à jeter un pont institutionnel entre l’armée régulière et le CGRI au plus haut niveau.

Le choix des personnalités dans cette phase charnière porte des messages stratégiques clairs. Le général Abdollahi combine une longue expérience du combat remontant à la guerre Iran-Irak et un rôle clé joué ces dernières années à la tête de la base Khatam al-Anbiya, où il a géré des dossiers majeurs tels que les opérations de missiles et l’activation du levier de pression du détroit d’Ormuz.

De son côté, la nomination du général Ahmad Vahidi comme commandant en chef du CGRI marque le retour d’un visage familier. Bien que Vahidi, alors commandant adjoint, ait pris les rênes de fait après le martyre de Pakpour, le décret officiel apporte une confirmation institutionnelle définitive. Fondateur de la Force Qods, ancien ministre de la Défense sous Mahmoud Ahmadinejad et de l’Intérieur sous Ebrahim Raïssi, sa promotion au grade de général de division à la tête de la plus puissante institution militaire du pays envoie un signal fort, Vahidi étant incarné comme le symbole de la ligne dure de la politique iranienne.

Quant à la nomination de Hossein Taeb à la tête du Basij, elle marque le retour d’une figure clé des services de renseignement, qui avait dirigé l’appareil de renseignement du CGRI avant d’être limogé en 2022 à la suite de failles sécuritaires et d’opérations israéliennes sur le sol iranien. Très proche de l’entourage sécuritaire du Guide actuel, sa désignation à la tête du Basij — cette force populaire massive qui joue un rôle capital dans la sécurité intérieure et la gestion des troubles potentiels — indique une orientation vers la sécurisation renforcée de cet appareil dans la période à venir.

Le tournant le plus significatif réside toutefois dans le répositionnement de Mohsen Rezaï au cœur de la prise de décision souveraine. À 71 ans, fort de 16 ans à la tête du CGRI et de près de deux décennies à la présidence du Conseil de discernement, il revient occuper une place centrale dans l’élaboration de la politique sécuritaire et étrangère de la République islamique.

Ce qui donne une dimension exceptionnelle à cette nomination est sa double fonction : d’un côté, il tire sa légitimité directe du décret du Guide en tant que son représentant au Conseil, et de l’autre, il détient le mandat du président Massoud Pezechkian pour assurer le secrétariat de cette institution. Ce cumul lui confère une influence inédite pour façonner les stratégies de sécurité et coordonner l’action des diverses institutions, faisant de lui le maillon fort de l’appareil d’État.

Cette démarche met fin à une courte période de transition durant laquelle Mohammad Bagher Zolghadr a occupé le poste de secrétaire pendant seulement quatre mois et demi — après le martyre d’Ali Larijani dans des attaques israéliennes —, avant d’être nommé conseiller politique du Guide. Zolghadr n’ayant pris aucune décision officielle en tant que représentant du Guide durant son mandat, cela confirme le caractère temporaire de la phase précédente.

Le tableau dessiné par ces nominations ne laisse aucun doute sur le virage stratégique de la doctrine sécuritaire iranienne. Les figures propulsées à la tête des institutions militaires et sécuritaires n’appartiennent pas seulement à l’école du CGRI, elles incarnent la « ligne dure » prônant une lecture existentielle du conflit. L’Iran réorganise ses cartes pour se maintenir en état de préparation maximale, non seulement pour répondre aux défis extérieurs, mais aussi pour verrouiller le front intérieur et contrecarrer toute tentative d’exploiter la pression maximale exercée par Washington.

Cependant, malgré ces nominations, plusieurs postes cruciaux de l’appareil sécuritaire et de renseignement — notamment la direction des renseignements du CGRI, la direction des renseignements de la police, le ministère de la Sécurité et le ministère de la Défense — restent sans successeurs officiels. Ces vacances révèlent que la réorganisation de la hiérarchie demeure incomplète et que ce processus de restructuration pourrait se poursuivre dans les semaines à venir.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar