mardi, 01/09/2026   
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Colons de Cisjordanie : Netanyahu condamne… et l’annexion se poursuit

Par Ahmad Al-Abd

Moins de 24 heures après que le président israélien Isaac Herzog et le premier ministre de l’occupation Benyjamin Netanyahu ont condamné, samedi soir, les attaques de colons contre les villages de Qusra et Jalud au sud de Naplouse, des colons ont attaqué la localité d’Al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, sous la protection de l’armée ennemie.

Ce rapprochement temporel remet en lumière une équation bien connue : la mise en avant d’un discours officiel désavouant la violence des colons lors des pics d’« embarras international », tandis que la couverture de leurs agressions se poursuit sur le terrain.

Netanyahu a qualifié les auteurs de l’attaque de Qusra et Jalud d’« émeutiers », tandis qu’Herzog a estimé que ce qui s’était passé constituait le « franchissement d’une ligne rouge ».

Néanmoins, les mesures annoncées par l’armée d’occupation et le Shin Bet suite à ces événements se sont limitées à la confiscation de véhicules, malgré le retranchement de dizaines de colons à l’intérieur d’une maison palestinienne habitée et les blessures infligées à plusieurs Palestiniens, dont une femme.

À Al-Mughayyir, les forces ennemies ont tiré à balles réelles et à la grenade lacrymogène sur les habitants palestiniens, dimanche soir, après que des colons ont tenté d’envahir des maisons de la localité. Cela a entraîné la blessure de quatre Palestiniens par balles réelles, transportés à l’hôpital, en plus de dizaines de blessures par balles en caoutchouc et de cas d’asphyxie.

L’armée d’occupation a également fermé l’entrée de la localité et détenu plusieurs Palestiniens, parallèlement à des incursions provocatrices de colons dans le village de Burqa, dont ils ont bloqué l’accès.

Al-Mughayyir figure parmi les dizaines de villages ciblés de manière régulière et répétée par les attaques de colons. Depuis octobre 2023, la localité a perdu la majeure partie des terres auxquelles les Palestiniens pouvaient accéder.

Sur une superficie totale d’environ 45 000 dunams, il ne leur reste plus que 9 000 dunams environ, tandis que sept nouveaux avant-postes coloniaux ont été établis sur son territoire.

En parallèle, des colons encerclent depuis près de 22 jours trois maisons aux abords de Qusra pour forcer leurs habitants au départ, sans intervention sérieuse de l’armée d’occupation.

Quelque 50 colons armés ont récemment pris d’assaut ces habitations, pendant que les forces d’occupation arrêtaient les Palestiniens qui leur faisaient face. À Jalud, des colons se sont emparés de deux maisons après en avoir expulsé les habitants, et y ont hissé des drapeaux de l’occupation.

Ces événements marquent une mutation dans le mode opératoire des attaques de colons, dont les assauts sont passés de la zone C — qui représente environ 60 % de la superficie de la Cisjordanie et se trouve sous contrôle total d’Israël — à la zone B, qui représente environ 18 % du territoire et relève administrativement de l’Autorité palestinienne et sécuritairement de l’occupation.

Dans ce contexte, le directeur général de l’« Action populaire et du renforcement de la résilience » au sein de la « Commission de résistance au mur et à la colonisation », Abdullah Abu Rahmah, estime que ce qui se passe s’inscrit dans un plan israélien global visant à réorganiser la géographie et la démographie palestiniennes par la création d’avant-postes, le percement de routes et la confiscation de terres.

Abu Rahmah explique à Al-Akhbar que la création d’avant-postes n’est que la première étape : elle est suivie par des arrêtés de saisie de terres sous prétexte d’usage militaire, avant le percement de « routes militaires » dont le but réel est de relier ces avant-postes aux colonies existantes.

Ce réseau routier est susceptible d’écarter et de redessiner la géographie de la Cisjordanie en transformant ces axes en lignes de séparation entre les agglomérations palestiniennes, sachant qu’il existe plus de mille routes fermées, ce qui facilite la circulation des colons tout en restreignant celle des Palestiniens.

Ce plan ne se limite pas au remodelage de la géographie, mais s’étend, selon Abu Rahmah, à une « ingénierie démographique », notamment avec la validation par l’occupation de plus de 600 plans d’aménagement et la présence de près de cent mille unités coloniales en cours de construction, parallèlement à des démarches visant à faire venir de nouveaux colons d’Europe et des États-Unis.

Cela intervient après la légalisation par le gouvernement israélien de 103 colonies, selon les annonces de son ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Face à cette accélération de la colonisation, Abu Rahmah considère que les déclarations de Netanyahu et d’Herzog condamnant les attaques de colons ne sont qu’une concession à la pression internationale, visant à apaiser l’opinion publique mondiale et à préserver l’image d’Israël en tant qu’« État démocratique », au moment même où le gouvernement se dégage de sa responsabilité envers ces groupes en qualifiant leurs membres d’« adolescents » ou de « hors-la-loi », tout en s’engageant formellement à les poursuivre, exactement comme l’a fait Netanyahu après l’attaque de Qusra.

Abu Rahmah qualifie ces positions de « poudre aux yeux », précisant que les autorités d’occupation connaissent les chefs des colons ainsi que leurs déplacements, et leur fournissent une protection sur le terrain.

À cela s’ajoute la dimension liée à l’échéance électorale attendue le 28 octobre prochain. Des rapports israéliens ont en effet révélé un différend entre Netanyahu et le chef d’état-major de l’armée d’occupation, Eyal Zamir, découlant du soutien du gouvernement aux colons à des fins électorales, face à la crainte du commandement militaire de voir la situation exploser en Cisjordanie alors que ses forces sont déjà épuisées sur d’autres fronts.

Abu Rahmah s’attend à une intensification des agressions dans la période à venir, d’autant que les campagnes électorales israéliennes coïncident avec l’approche de la saison de la cueillette des olives, qui constitue chaque année l’un des principaux terrains d’affrontement entre Palestiniens et colons.

Cette saison représente, selon Abu Rahmah, une étape décisive pour les Palestiniens, non seulement sur le plan économique, mais aussi comme moyen essentiel de s’accrocher à la terre, où leur présence constitue un obstacle face aux projets de colonisation.

Le porte-parole appelle ainsi à des actions palestiniennes organisées et collectives pour contrer ces plans, ainsi qu’à la solidarité entre les villages face au danger, avec la participation des factions, des syndicats et des institutions officielles, prévenant que l’impossibilité d’accéder aux terres aura de graves répercussions sur l’avenir de la présence des Palestiniens sur leur terre.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar