Par Firas Choufi
La récente publication par le Saint-Siège de la lettre Mutua concordia, signée par le pape Léon XIV, suscite de vives discussions au Liban. Ce document amende les canons 106 et 126 du Code des canons des Églises orientales en octroyant au synode des évêques le pouvoir de destituer un patriarche sous des conditions strictes et avec l’aval final de Rome.
Dans un contexte marqué par de fortes tensions politiques, cette mesure alimente les spéculations sur un possible ciblage du patriarche maronite libanais, le cardinal Béchara Raï.
Une volonté de réforme face aux crises existentielles
Depuis son élection en mai 2025, le pape Léon XIV s’inscrit dans une ligne d’indépendance critique vis-à-vis des grandes puissances, s’opposant notamment aux politiques de Donald Trump sur le climat, l’immigration ou les récents conflits internationaux.
À l’échelle interne, le pontife cherche à insuffler une dynamique de réorganisation au sein des six Églises catholiques orientales (copte, syriaque, chaldéenne, arménienne, grecque-catholique et maronite), qu’il estime confrontées à des menaces existentielles dues aux guerres et à l’exode des fidèles.
Les motivations derrière le texte pontifical
Face à l’immobilisme de certaines autorités ecclésiales, le Vatican a écarté l’idée d’une limite d’âge obligatoire pour les patriarches afin de préserver l’analogie avec la charge papale.
En contrepartie, Rome a fait le choix de renforcer la « synodalité ». La nouvelle réglementation autorise désormais le synode à révoquer un patriarche en cas de rupture irréparable, tout en garantissant les droits de la défense du chef de l’Église et la supervision de Rome contre d’éventuelles pressions extérieures.
Cette réorganisation administrative s’incarne également dans le rôle accru confié à Mgr Michel Jalakh au sein du Dicastère pour les Églises orientales, dont la centralité suscite parfois des réticences parmi les évêques.
Les enjeux pour le patriarcat maronite
Au Liban, la position du patriarche Béchara Raï fait l’objet d’inquiétudes de la part du Saint-Siège. Rome reproche un effacement progressif de la défense ferme du modèle libanais du vivre-ensemble hérité du patriarche Élias Hoyek, ainsi qu’une prise en charge insuffisante de la crise socio-économique des fidèles. S’y ajoutent des critiques sur le train de vie de certains proches du patriarcat et la proximité perçue avec des milieux financiers controversés.
Bien qu’aucun évêque n’ait pour l’heure engagé de procédure à l’encontre du patriarche Raï, ces amendements confèrent au synode un levier inédit.
Si cette réforme vise à relancer l’action de l’Église face aux défis du Moyen-Orient, elle soulève également des craintes quant à un risque d’affaiblissement de l’autorité patriarcale au profit de querelles internes.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
