mardi, 15/09/2026   
   Beyrouth 10:33

Médias israéliens : Comment se manifeste l’échec américain dans la guerre contre l’Iran ?

Dans un article cinglant signé par son rédacteur en chef Rami Yitzhar, le site israélien Inyan Merkazi analyse en détail « l’ampleur de la défaite stratégique américaine dans cette guerre inutile contre l’Iran et ses répercussions à long terme ».

Tout ce que le président américain Donald Trump a tenté de dissimuler, tout ce que le ministre de la Défense Pete Hegseth a nié avec véhémence, et tout ce que la Maison-Blanche a délibérément étouffé éclate aujourd’hui au grand jour.

Dressant le bilan du conflit, Rami Yitzhar dresse un constat sans appel : « Le détroit d’Ormuz est verrouillé, le pétrole flirte avec les 110 dollars le baril, l’inflation s’emballe, les arsenaux américains se vident, et l’offensive agressive déclenchée par Sanaa contre l’Arabie saoudite offre à Téhéran un levier de contrôle redoutable sur Bab-el-Mandeb. »

Pénurie de munitions et désastre opérationnel

Le premier rapport officiel de l’inspecteur général du Pentagone vient corroborer ce que Washington masquait depuis des mois : « La campagne a engendré une pénurie critique de munitions et des goulots d’étranglement majeurs dans les chaînes d’approvisionnement, contraignant le Pentagone à contourner les procédures d’achat, à stocker en urgence des composants vitaux et à tourner à surrégime sur les lignes de production. »

Le coût direct s’élève déjà à 33,4 milliards de dollars — dont 22,3 milliards engloutis dans les seules munitions —, sans compter la remise en état des bases dévastées.

Plus de 50 000 soldats américains ont été engagés sur le front ; au moins 18 y ont laissé la vie et plus de 750 ont été blessés, selon le média.

Sur le plan opérationnel, l’addition est tout aussi lourde : « Six avions de chasse ont été détruits ou hors d’usage, 12 ravitailleurs et neuf autres appareils ont été pulvérisés, tandis qu’au moins 30 drones MQ-9 ont été abattus au cours des quatre premiers mois. »

De nombreuses installations clés — centres de défense, réseaux de communication et radars de pointe — ont également été neutralisés, le rapport confirmant notamment la frappe massive de missiles et drones iraniens sur le cœur logistique de la US Navy à Bahreïn.

Au-delà des pertes matérielles, le nœud du problème est stratégique : « Les États-Unis ont consommé leurs munitions de haute précision à un rythme que l’industrie de défense est incapable de soutenir. Or, ces stocks ne sont pas seulement destinés au Moyen-Orient : ils sont vitaux pour la protection des alliés et, surtout, pour la dissuasion face à la Chine », souligne Yitzhar.

Cette guerre aura ainsi mis en lumière une vérité crue : « On peut imprimer des billets à la chaîne, mais pas des missiles de haute technologie. »

Le piège du « front yéménite »

L’engrenage a franchi un cap encore plus périlleux avec l’offensive d’Ansarullah contre l’Arabie saoudite et le renforcement de leur emprise sur le détroit de Bab-el-Mandeb.

« Côté iranien, la stratégie tombe sous le sens : en plus du verrou d’Ormuz à l’est, Téhéran orchestre une pression étouffante à l’ouest, via le Yémen, sur le verrou sud de la mer Rouge », analyse l’éditorialiste.

Une manœuvre qui ébranle directement l’économie mondiale : « Dès lors qu’Ormuz est paralysé, le réseau saoudien vers l’ouest et le passage par Bab-el-Mandeb deviennent des artères névralgiques. »

Frapper cette voie alternative risque d’enflammer un peu plus les cours du brut, les coûts de fret et les primes d’assurance, tout en paralysant le trafic par le canal de Suez et en alimentant une nouvelle spirale inflationniste. Si ces deux goulots d’étranglement mondiaux sautent simultanément, « le revers américain virera à la catastrophe internationale ».

Un paradoxe « cinglant »

C’est là toute l’absurdité de la situation : alors que « l’objectif affiché de la guerre était d’affaiblir l’Iran et de restaurer la puissance de dissuasion américaine, le Pentagone en est réduit à avouer l’épuisement de ses réserves et la paralysie de sa logistique. Pendant ce temps, Ormuz reste sous scellés, le pétrole stagne à 110 dollars, et l’axe iranien accentue désormais sa pression sur Bab-el-Mandeb. »

Et Yitzhar de conclure: « Les chiffres sont là. Chaque lecteur peut juger par lui-même qui ressort renforcé, qui sort affaibli, et qui paie l’addition. »

« Netanyahu sur le banc des accusés »

Du côté israélien, le tableau est particulièrement sombre. « À travers le monde, et plus particulièrement aux États-Unis, les voix pointent du doigt la responsabilité directe de Benjamin Netanyahu dans cette escalade militaire et le fiasco qui en résulte. »

Le problème dépasse désormais les simples différends politiques avec le gouvernement israélien : « C’est une menace globale qui pèse sur le statut d’Israël et sur la perception des Juifs à travers le monde. »

Et Yitzhar d’avertir : « Israël et le peuple juif risquent d’en payer le prix fort, aujourd’hui mais surtout demain. L’alliance avec Washington, le soutien militaire des USA et le prestige international d’Israël « ne sont pas des chèques en blanc accordés à perpétuité. »

Lorsque « dans l’opinion publique américaine, une guerre ruineuse et manquée est directement associée à Israël et à son premier ministre, les séquelles persistent bien après le tir du dernier missile. »

Désormais, le véritable enjeu s’est déplacé du terrain militaire vers l’arène politique : « Les urnes israéliennes en octobre et la bataille politique aux États-Unis en janvier serviront de test d’effort pour l’avenir d’Israël, la pérennité de son alliance américaine et, par ricochet, la sécurité des Israéliens pour les années à venir. »

Source : Médias