jeudi, 17/09/2026   
   Beyrouth 21:15

En Israël, les réalisateurs du documentaire « NAZA » sont de « TRAITRES»

A Ashdod, ville portuaire située près de Tel-Aviv, un artiste de rue a peint sur un mur les portraits des réalisateurs du documentaire « NAZA », ovationnés à Venise. Mais ce n’est pas un hommage : leur visage est barré du mot « TRAITRES ».

A un mois de législatives disputées en Israël, ce film, qui donne la parole à des sources israéliennes accusant l’armée de tuer intentionnellement les civils à Gaza, a déclenché une tempête politique, ainsi qu’une pluie de menaces et d’intimidations visant ses auteurs et leurs proches.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir proposer un projet de loi visant à « déchoir de leur citoyenneté les personnes qui diffament les soldats de Tsahal ».

« Leur place n’est pas parmi nous », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée mercredi soir sur X.

Au même moment, à Savyon (centre), des dizaines de personnes manifestaient devant le domicile des parents de Rachel Szor, co-réalisatrice du film avec Yuval Abraham, aux cris de « Vous n’êtes pas les bienvenus ici ! ».

Le rassemblement était organisé par un influenceur d’extrême droite, Mordechai David, proche du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. « Ce n’est que le début ! », a-t-il assuré.

A Ashdod, l’auteur des portraits muraux s’emporte contre les réalisateurs, qui se trouvent actuellement à l’étranger, en les couvrant d’insultes. « Je n’ai absolument aucune sympathie pour tous ces pro-Palestiniens qui parlent depuis l’étranger », dit Dudi Shuval à l’AFP.

Contexte électoral

Ces réactions illustrent l’exacerbation du sentiment nationaliste à l’approche des élections du 27 octobre, où la guerre lancée à Gaza en réaction aux attaques du 7 octobre 2023 sera un sujet central. Le Haaretz a révélé la semaine passée que le président émirati Mohamad ben Zayed avait informé Netanyahu que le Hamas préparait une attaque de grande envergure, deux semaines auparavant.

La colère, principalement portée par la droite et l’extrême droite, a été renforcée par la longue ovation reçue la semaine dernière par « NAZA » à la Mostra de Venise, où il a en outre reçu le prix spécial du jury.

Le documentaire repose sur les témoignages de 24 soldats et membres des renseignements israéliens qui exposent sous couvert de l’anonymat la façon dont, les forces israéliennes tuent intentionnellement de nombreux civils lors de frappes contre le mouvement Hamas.

« NAZA » est l’acronyme militaire désignant les « dommages collatéraux » estimés avant chaque frappe, selon le documentaire.

L’armée a fermement démenti ces affirmations, assurant tout faire pour éviter les pertes civiles et reprochant au documentaire de donner la parole à des personnes anonymes dont la participation aux opérations à Gaza ne peut être vérifiée.

La guerre contre la bande de Gaza

Les responsables politiques

Et les responsables politiques ont quasi unanimement condamné le documentaire. Gadi Eisenkot, principal rival de Benjamin Netanyahu, a dénoncé lundi sur X « une atteinte à l’Etat d’Israël à un moment difficile ».

Le patron du parti Les Démocrates, Yair Golan, s’est fendu le même jour d’un lapidaire « Je condamne ». Il a aussi accusé le Premier ministre de se servir de cette affaire pour détourner l’attention des critiques sur sa gestion du 7-Octobre, qui s’étaient renforcées ces dernières semaines.

Rares voix dissonantes

En Israël, critiquer la façon dont l’armée mène ses opérations à Gaza est tabou.

En marge de la Mostra la semaine dernière, Yuval Abraham déplorait auprès de l’AFP l’absence de « discussion au sujet des crimes qui ont été commis » dans le territoire palestinien, accusant les autorités « d’empêcher les gens d’en parler ».

Rare voix dissonante, le mouvement israélo-palestinien Standing Together a salué un film qui « révèle un nouvel aspect de la guerre d’anéantissement à Gaza ».

Selon les médias israéliens, plus de 1.000 cinéastes israéliens ont signé une pétition en soutien aux réalisateurs de NAZA.

Source : Avec AFP