samedi, 19/09/2026   
   Beyrouth 10:49

L’Égypte rejette la proposition de l’Arabie saoudite d’envoyer des troupes au Yémen

Face à la crise yéménite, l’Égypte doit concilier deux impératifs : sécuriser la navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb afin de préserver les revenus du canal de Suez et les intérêts stratégiques qu’il représente ; et éviter une confrontation directe avec le mouvement houthi et ses alliés régionaux.

Selon des sources bien informées qui se sont confiées à Al-Akhbar, les discussions et communications récentes entre responsables égyptiens et saoudiens ont porté sur la protection de la stabilité économique et sécuritaire du Royaume, élément essentiel de sa sécurité nationale, avec une préférence pour le recours aux forces navales, aériennes et de renseignement, et une priorité accordée à une solution politique négociée afin d’atténuer les risques d’escalade du conflit.

Ces mêmes sources indiquent que toute menace pesant sur les navires commerciaux ou les pétroliers en mer Rouge pourrait inciter le Caire à prendre des mesures pour protéger le commerce, sans pour autant inclure une implication dans des opérations militaires internes au Yémen.

De plus, compte tenu des liens économiques étroits unissant l’Arabie saoudite et l’Égypte – commerce, investissements, transferts de fonds des Égyptiens travaillant au Royaume et flux énergétiques –, un ciblage plus large du territoire saoudien ou des installations pétrolières pourrait contraindre Le Caire à réévaluer son niveau d’implication, notamment face aux inquiétudes liées à l’instabilité des marchés mondiaux, à la hausse des coûts de transport maritime et d’assurance, et à la réduction du trafic maritime.

Néanmoins, selon les mêmes sources, l’Égypte cherche à éviter d’être entraînée dans un conflit régional plus vaste. Elle estime qu’une guerre contre les Houthis pourrait l’exposer indirectement à une confrontation avec l’Iran, et potentiellement à des répercussions militaires imprévisibles. Par conséquent, la nature et la portée de la mission demeurent essentielles à toute discussion sur une éventuelle participation égyptienne, étant entendu que les résultats obtenus par la négociation seront bien plus importants et peut-être plus rapides.

Dans ce contexte, l’Égypte est particulièrement sensible à la proposition saoudienne d’envoyer des troupes terrestres au Yémen. Selon des responsables égyptiens en contact avec leurs homologues saoudiens, cette proposition marque un engagement militaire d’une ampleur inédite, aux conséquences incertaines.

En effet, intervenir dans un contexte yéménite extrêmement complexe pourrait rendre la détermination de la fin de la mission bien plus difficile que de mener une opération militaire limitée. D’après certaines sources, le Caire accorde une grande importance au cadre dans lequel toute force militaire régionale pourrait opérer. Participer à une opération multilatérale avec des objectifs précis, un calendrier clair et un cadre politique et juridique solide diffère fondamentalement d’un conflit sans fin. Par conséquent, la définition des règles d’engagement et de l’objectif final de l’opération, ainsi que l’évaluation de l’ampleur de la menace, figureront parmi les facteurs les plus déterminants de la position égyptienne, qui reste attachée à la voie diplomatique et à la nécessité d’éviter la guerre.

Le Caire continue d’insister sur le fait que mettre fin à ce qu’il appelle la « menace houthie » ne saurait se limiter à des frappes aériennes ou à des opérations navales, et que la poursuite d’opérations sans cadre politique pourrait entraîner la résurgence de la menace à terme, peut-être sous une forme plus complexe. Par conséquent, le Caire attache une grande importance à « avoir une vision politique qui accompagne toute action militaire », ce qui, selon lui, « définira ce qui doit se passer après la cessation des opérations et qui assumera la responsabilité de la gestion de la situation au Yémen

Source : Médias