jeudi, 22/10/2026   
   Beyrouth 07:41

Fermeture des points de passage… et réduction des aides : le risque de famine plane à nouveau sur Gaza

Par Youssef Fares

Il n’aura fallu qu’une semaine à l’occupation israélienne pour fabriquer un prétexte lui permettant de fermer les points de passage de la bande de Gaza aux camions de marchandises commerciales.

Cela intervient alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé une réduction de ses aides aux déplacés dans le territoire, une mesure qui privrera un demi-million de personnes de leur droit à une assistance mensuelle. Résultat : les marchés de Gaza sont entrés dans la première phase de la famine.

En l’espace de 5 jours, la disponibilité des fruits et légumes s’est érodée jusqu’à l’épuisement total des stocks dans les commerces, tandis que les prix de certaines denrées accaparées par les grands commerçants, comme l’ail et l’oignon, ont été multipliés par dix.

La crise, dont le calendrier coïncide avec la campagne électorale israélienne, a éclaté suite à une dénonciation adressée par un commerçant au coordinateur israélien chargé de l’entrée des marchandises à Gaza. Celui-ci affirmait que le ministère de l’Économie du Hamas prélevait une taxe de 10 000 shekels sur chaque camion entrant dans la bande de Gaza, une information relayée par la suite sur des pages d’actualités suspectes. Dans la foulée, la page du « Coordinateur » a annoncé l’annulation de l’autorisation d’entrée des camions commerciaux.

Et ce, alors même que l’armée d’occupation avait déjà réduit, depuis mars dernier, en vertu de l’accord de cessez-le-feu signé le 10 octobre 2025, le nombre moyen de camions d’aide et de marchandises traversant vers Gaza à 200 par jour, contre 600 auparavant.

Cette réduction s’était traduite par une baisse de la disponibilité de denrées de base telles que les fruits, les légumes et la viande, dont le prix moyen a grimpé à un niveau dépassant les moyens de 70 % de la population.

Arafat Achour, marchand de fruits et légumes, confie au quotidien libanais Al-Akhbar : « Les prix de tout ont au moins triplé. Le kilo d’oignons, qui se vendait à 1,5 shekel — soit un demi-dollar —, coûte désormais 6 shekels. Quant aux fruits produits localement, le kilo de raisin local ne dépassait pas 5 shekels ; aujourd’hui son prix ne descend pas en dessous de 15 shekels. »

L’annonce par le Programme alimentaire mondial de la privation d’aide mensuelle pour 500 000 familles est venue envenimer la situation.

Le PAM, présenté sur la scène internationale comme une alternative à l’UNRWA, a réduit ses aides alimentaires d’environ un tiers, justifiant cette baisse par un manque de financements et affirmant avoir un besoin urgent de 450 millions de dollars pour maintenir ses opérations vitales dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée, pour la période d’octobre 2026 à mars 2027.

En vertu de cette mesure annoncée dans un communiqué, le nombre de bénéficiaires de l’assistance alimentaire et financière à Gaza est passé de 1,6 million à 1,1 million de personnes.

Cela coïncide avec une diminution du nombre de repas distribués quotidiennement, passant de 250 000 à 150 000. Le communiqué souligne que près de 80 % de la population demeure au chômage, ce qui limite sa capacité à acheter des produits frais, des sources de protéines et les ingrédients nécessaires à la préparation des repas.

Selon les statistiques du PAM, environ 1,4 million de personnes à Gaza — soit près des deux tiers de la population — restent confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë.

De son côté, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a indiqué, dans un rapport publié au milieu de ce mois, que le déficit de financement et la dépendance à un seul point de passage pour les cargaisons humanitaires et commerciales, combinés aux retards liés aux procédures d’inspection, de dédouanement et de manutention, sont autant de facteurs qui restreignent le volume des approvisionnements et la régularité de l’aide.

Le rapport précise que « l’aide alimentaire reçue par les familles reste insuffisante pour couvrir leurs besoins », ajoutant que « la distribution d’un seul panier alimentaire et de 25 kg de farine par mois ne couvre qu’environ la moitié des besoins caloriques minimaux des foyers bénéficiaires ».

Les répercussions de l’ensemble de ces facteurs sur les conditions de vie ne se sont pas fait attendre ; Gaza ne dispose d’aucune immunité économique ni de stocks de réserve suffisants pour couvrir ses besoins, ne serait-ce que pour une seule journée.

La guerre génocidaire israélienne a en effet fait basculer Gaza d’un territoire autosuffisant sur le plan agricole — qui exportait même de larges quantités de fruits vers les marchés de Cisjordanie et d’Europe — à une zone incapable d’assurer ses propres besoins agricoles.

Source : Médias