samedi, 24/10/2026   
   Beyrouth 18:34

Elections israéliennes : coups bas et IA marquent la campagne électorale

A quelques jours d’élections législatives serrées, les premières en Israël depuis le traumatisme du 7-Octobre, les candidats en campagne mettent leurs dernières forces dans la bataille et tous les coups sont permis, même les plus bas, souvent à grand renfort d’IA.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fêté ses 77 ans cette semaine. Ses partisans lui ont offert un gâteau à son effigie ; son principal rival, Gadi Eisenkot, une vidéo générée par intelligence artificielle.

Au son d’une mélodie de joyeux anniversaire, on y voit un combattant du Hamas dans un tunnel de Gaza, tout sourire, cupcake à la bougie allumée dans la main. « Qu’est-ce qu’on peut souhaiter à la personne qui nous protège depuis 20 ans ? », demande-t-il d’un ton suave, alors que Benjamin Netanyahu est accusé par nombre d’Israéliens d’avoir délibérément laissé le mouvement islamiste palestinien prospérer, ce qu’il nie farouchement.

Apparaît ensuite le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, l’air taquin: « Bravo Bibi quel héros, tu es super ! Encore un tour sans victoire (contre l’Iran) et je t’offre une bombe en cadeau », lance-t-il, en utilisant le surnom du Premier ministre, qui a encore très récemment appelé à « renverser » le pouvoir iranien.

La campagne est la première dans le pays depuis la généralisation de l’IA, et les candidats aux élections du 27 octobre en abusent tous allègrement.

La palme du mauvais goût revient peut-être au camp du Premier ministre lui-même, qui avait publié en juillet sur son compte X une vidéo d’un jeune homme, ressemblant fort au fils de Gadi Eisenkot tué pendant la guerre à Gaza, courant bras ouverts dans un champ de fleurs vers le candidat centriste.

Au dernier moment, ce dernier le dépassait, pour plutôt prendre de ses bras le candidat arabe israélien Mansour Abbas.

Face au scandale, l’équipe de Benjamin Netanyahu avait juré que le jeune homme au t-shirt siglé « Unité d’Israël » ne représentait pas le fils défunt de Gadi Eisenkot. Le candidat centriste avait lui fait part de son « profond mépris pour Netanyahu et son entourage ».

Le camp du Premier ministre n’a cessé ces derniers mois de multiplier les montages IA pour jouer sur les peurs de l’opinion publique envers une coalition de l’opposition qui inclurait les partis arabes israéliens, et l’hostilité généralisée envers les Palestiniens.

Partout dans le pays sur les panneaux électoraux s’affiche son principal slogan de campagne, « La droite ou la Palestine ».

Qu’importe que Gadi Eisenkot écarte publiquement toute éventuelle alliance avec les partis arabes, potentiels faiseurs de rois pour la formation d’une coalition gouvernementale, et s’oppose comme Benjamin Netanyahu à la création d’un Etat palestinien – largement rejetée en Israël.

« Eux ou nous »

D’autres candidats, de centre et de gauche, ont aussi fait les frais de vidéos IA du Premier ministre, où on les voit retirer leurs masques pour laisser apparaître les visages de candidats arabes israéliens.

Des clips générés par IA montrent encore des Arabes debout sur ce qui semble être un Parlement en ruines.

Aucun parti n’est épargné, révélant le niveau de polarisation de la société israélienne.

Laly Derai, dont le fils a été tué durant la guerre à Gaza en 2024, se présente pour le nouveau parti d’extrême droite Amcha Israël, opposé aux exemptions au service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes. Cela lui a valu une campagne de haine et de harcèlement constant, explique-t-elle à l’AFP. Des affiches l’accusant de « mettre le pays en danger » sont apparues sur les murs de la colonie où elle habite en Cisjordanie occupée, son téléphone sonne  jour et nuit. On lui a dit qu’elle trahissait la mémoire de son fils.

Les victimes du 7-Octobre ne sont pas non plus intouchables, alors que plusieurs survivants ou proches de victimes sont candidats.

Mardi dernier, le Likoud, parti de Benjamin Netanyahu, postait sur sa page Facebook un montage photos de deux candidates, anciennes mères d’otages retenus à Gaza.

A droite, la candidate du Likoud, Talik Gvili, y apparaît impeccable dans sa veste de tailleur blanche, coiffée et maquillée à un pupitre devant le drapeau israélien bleu et blanc.

A gauche, Einav Zangauker, farouche opposante dont le fils a passé deux ans en captivité, est dépeinte en folle furieuse, visage crispé dans un cri et main levée, sur un fond rouge.

« C’est eux ou nous », est-il écrit en dessous du montage.

Source : Avec AFP