Le Hezbollah n’est plus seul dans le collimateur des pressions américaines au Liban. L’irritation croissante de Washington face aux autorités libanaises laisse présager un élargissement des sanctions à des responsables politiques et sécuritaires — y compris issus du camp pro-américain et de l’entourage du président Joseph Aoun. Désormais, Washington n’attend plus de simples positions de principe, mais juge le pouvoir à l’aune de ses actes dans les dossiers sensibles.
Outre le monopole des armes par l’État, le mécontentement américain cible la gestion des échéances financières et judiciaires. Dans le dossier bancaire, le recours du président Aoun contre la loi de restructuration des banques, validé à l’unanimité par le Conseil constitutionnel grâce au soutien inattendu des membres proches de Nabih Berri, a provoqué la colère du Premier ministre Nawaf Salam et ravivé les tensions internes. Pour Washington, cette décision masque la défense d’intérêts financiers chrétiens influents et témoigne d’un refus de mener les réformes exigées.
Sur le plan sécuritaire, le report du renvoi devant la Cour de justice de l’affaire des explosifs de Dahr el-Baydar constitue un autre sujet de friction. Fruit d’un compromis interne orchestré par Nabih Berri avec une facilitation saoudienne, ce délai est perçu par les États-Unis comme une soumission répétée aux calculs politiques face au Hezbollah, alors qu’ils exigent un engagement ferme sur la « souveraineté » sécuritaire et judiciaire de l’État.
Dans ce contexte, la menace de sanctions change de nature : elle ne vise plus seulement les adversaires de Washington, mais devient un moyen de châtier ses propres alliés s’ils entravent les mesures réclamées.
Alors que la séquence régionale reste floue après les élections israéliennes, le pouvoir libanais est désormais sommé de trancher sans céder aux compromis habituels.
Source : Médias
