Un artiste franco-libanais, qui a porté plainte pour crime de guerre après une frappe israélienne contre un immeuble d’habitation de Beyrouth fin 2024, a obtenu l’ouverture d’une information judiciaire à Paris, a annoncé mardi son avocate Me Clémence Bectarte à l’AFP, saluant « une première ».
Ali Cherri, qui a perdu ses parents dans le bombardement, a porté plainte avec constitution de partie civile au printemps au côté de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), permettant la désignation de deux juges d’instruction du pôle crime contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, a précisé Me Bectarte.
Sept civils, dont le père et la mère de l’artiste, âgés de 87 et 77 ans, ont été tués dans le bombardement de leur immeuble de 12 étages du quartier de Noueiri dans le centre de la capitale libanaise, le 26 novembre 2024, selon la plainte. Trois étages ont été détruits.
Le bombardement a eu lieu « quelques heures seulement avant l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah », selon la plainte.
L’information judiciaire « vise à faire toute la lumière » sur le bombardement. C’est a priori « la première enquête judiciaire » en France « relative aux crimes commis par l’armée israélienne au Liban depuis le début de l’opération militaire en octobre 2023 », a souligné Me Bectarte.
Dans le détail, Ali Cherri n’a pas pu porter plainte pour homicide, ses parents n’ayant pas la nationalité française, mais il a obtenu l’ouverture de l’enquête pour « attaque délibérée contre un bien civil, constitutif de crime de guerre », précise son conseil.
En septembre, le Parquet national antiterroriste (Pnat), compétent pour les crimes de guerre, a demandé l’ouverture d’une telle information judiciaire contre X, actant d’indices « graves et concordants » que ces faits ont été commis, selon une source proche du dossier.
« L’ouverture de cette information judiciaire marque une nouvelle étape dans notre combat contre l’impunité et pour rendre justice aux morts. Pour ma famille et moi, il est essentiel que cette enquête permette d’établir les responsabilités et que ceux qui ont ordonné et commis ce bombardement aient à répondre de leurs actes », a réagi de son côté le plaignant Ali Cherri.
D’autres plaintes visant l’armée israélienne ont été déposées à Paris, dont celle d’un autre Franco-Libanais, Mohamad H., défendu par Me Emmanuel Daoud, qui a perdu sa mère, sa sœur et deux neveux dans des frappes à Tyr (sud) dans la nuit du 16 au 17 avril 2026.
Ou celle d’un entrepreneur français né au Liban qui accuse l’armée israélienne d’avoir arraché 600 oliviers centenaires appartenant à sa famille dans un village du Sud-Liban. Ce dernier est représenté par Vincent Brengarth, William Bourdon et Nicolas Busin.
Hors Liban, les agissements des forces israéliennes sont au cœur d’enquêtes préliminaires du Pnat ouvertes notamment pour tortures et crime de guerre après l’interception de flottilles humanitaires pour Gaza en 2025 et 2026.
Enfin, fin 2025, le Pnat a demandé à un juge d’instruction parisien d’enquêter pour crimes de guerre après la mort de deux enfants français dans un bombardement israélien à Gaza en octobre 2023, écartant cependant les qualifications de génocide et crime contre l’humanité, selon des sources proches du dossier.
Source : Avec AFP
