Par Yahya Dbouk
L’annonce par le président américain, Donald Trump, de l’annulation de l’aide annuelle accordée à ‘Israël’ a suscité la confusion à Tel-Aviv, s’accompagnant de joutes politiques et d’accusations sur fond d’échéances électorales.
Dans le même temps, des analyses émanant de l’extérieur de l’Entité se sont égarées dans des scénarios exagérés évoquant la fin de l’alliance entre les deux parties ou l’effondrement de la supériorité militaire israélienne.
Au-delà du fait que l’annonce de Trump — perçue comme improvisée et motivée par des calculs électoraux — a provoqué un choc en ‘Israël’ en rompant avec la démarche établie d’une réduction progressive de l’aide sur dix ans, et qu’elle a été exploitée dans le débat interne contre Netanyahu, un retour aux chiffres et aux objectifs déclarés par les deux camps révèle une tout autre réalité.
Si ‘Israël’ venait à perdre une aide immédiate, conditionnée et ciblée, le pays y gagnerait, en contrepartie, de se libérer des contraintes qui entravaient ses décisions, tandis que les fondements du soutien structurel américain demeurent intacts.
Certes, cette aide annuelle s’élevant à 3,8 milliards de dollars a toujours constitué une part des ressources permettant à ‘Israël’ de faire face aux menaces, de surmonter les crises, de consolider sa supériorité militaire et sécuritaire et de maintenir son avantage dans les domaines économique, industriel, des technologies de pointe, ainsi que de la recherche et développement.
Cependant, elle ne représente qu’un détail mineur au regard de l’ensemble du soutien américain, évalué à des centaines de milliards de dollars par an, qui englobe les volets économique, militaire et sécuritaire, les investissements ainsi qu’une large couverture politique.
De surcroît, cette assistance ne constitue pas un transfert financier direct de la Trésorerie américaine vers son homologue israélienne ; elle prend majoritairement la forme d’un financement destiné à des achats d’armements américains qui couvrent, selon l’expression hébraïque, « de la chaussure de combat aux avions de chasse les plus sophistiqués ».
Assujettie aux conditions fixées par l’administration américaine, elle demeure ainsi étroitement liée aux intérêts des industriels de l’armement outre-Atlantique.
C’était d’ailleurs la raison d’être de la révision de l’accord d’assistance conclu au cours de la dernière année du second mandat de Barack Obama — une preuve implicite que cette aide est d’abord destinée aux entreprises américaines, avant de l’être à ‘Israël’.
Avec ou sans cet accord, les besoins sécuritaires et d’armement d’Israël restent garantis, non seulement par les procédures et décisions habituelles émanant de l’administration américaine quelle que soit sa couleur politique, mais aussi en vertu de lois contraignantes imposées à ces mêmes administrations.
À ce cadre législatif s’ajoutent des protocoles permettant à Israël, en situation d’urgence, de puiser dans les stocks stratégiques de l’armée américaine entreposés au sein même de l’Entité, sans compter les aides d’urgence octroyées en temps de guerre pour combler les déficits de ses capacités défensives et offensives.
L’année 2024 en offre l’illustration la plus évidente, avec des livraisons militaires à ‘Israël’ ayant dépassé les 12 milliards de dollars — sans inclure les prélèvements effectués sur les stocks américains locaux —, le tout en dehors de l’aide annuelle susmentionnée.
À l’origine, l’interruption et la restructuration de l’aide annuelle avaient d’ailleurs été évoquées en ‘Israël’ même, notamment par Benjamin Netanyahu lors d’un entretien accordé au magazine britannique The Economist en janvier dernier.
Il y appelait à « passer d’une logique d’aide à un partenariat stratégique », non plus fondé sur une « charité financière », mais sur des mémorandums d’entente bilatéraux axés sur une coopération stratégique équilibrée entre les deux alliés.
Selon cette approche, les fonds seraient réorientés vers la recherche et le développement conjoints de technologies d’avenir — telles que les systèmes d’interception laser, l’intelligence artificielle militaire, la cyberdéfense ou les drones de pointe —, permettant à ‘Israël’ de passer du statut d’importateur d’armes à celui d’initiateur à part entière aux côtés des États-Unis.
En réalité, la majorité des Israéliens — y compris ceux qui s’opposent aujourd’hui à la proposition de Netanyahu pour des motifs électoraux — s’accordent sur cette orientation, dans la mesure où elle procure à ‘Israël’ des gains sur plusieurs fronts et lui permet d’améliorer sa position dans l’équation du partenariat avec les États-Unis.
Au premier rang de ces bénéfices figure l’acquisition d’une autonomie militaire permettant de se soustraire, au moins partiellement, au « chantage » politique et d’alléger le « levier de pression » auquel les administrations américaines recourent en bloquant la livraison d’armes essentielles en période de crise et de guerre.
Le deuxième avantage réside dans l’injection de ressources nationales au sein des entreprises de l’industrie de défense israélienne pour leur permettre de produire ce qu’elles importaient auparavant des usines américaines.
Le troisième tient à la participation au développement de nouvelles armes exemptes de conditions draconiennes encadrant leur acquisition et leur emploi.
Enfin, cette stratégie offre un « filet de sécurité » stratégique dans l’hypothèse d’une réorientation des priorités américaines ou d’une évolution du regard porté par les États-Unis sur ‘Israël’ — un défi qui se précise déjà actuellement, bien que ses effets soient attendus à plus long terme.
Source : Médias
