Par Saïd Mohammad
L’expérience socialiste cubaine traverse ce qui s’apparente au tournant le plus dangereux de son histoire moderne. Sous l’effet d’une avalanche de pressions géopolitiques et économiques orchestrées par Washington, l’interrogation ne porte plus seulement sur la capacité d’adaptation du régime — en place depuis 67 ans — mais sur sa survie même d’ici la fin de l’année.
La stratégie de « pression maximale » et le blocus énergétique
L’administration du président Donald Trump a franchi un cap historique. Dépassant les sanctions traditionnelles post-révolutionnaires, Washington applique désormais une stratégie de « pression maximale » visant un blocus total des ressources énergétiques. Ce dispositif s’accompagne d’un démantèlement systématique des filets de sécurité diplomatiques et financiers de l’île.
L’épine dorsale de cette offensive est l’embargo pétrolier. En janvier dernier, une opération éclair menant à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro a coupé la principale artère vitale de La Havane : les 35 000 barils de pétrole quotidiens fournis par le Venezuela chaviste, essentiels à la production d’électricité.
La politique de la « terre brûlée » énergétique
Le président Trump a instauré un état d’urgence nationale, qualifiant Cuba de « menace extraordinaire ».
Par une politique de la terre brûlée, Washington menace de droits de douane punitifs tout pays commerçant avec l’île.
Face au risque de paralysie de sa propre économie, la présidente du Mexique Claudia Sheinbaum a dû céder. Les exportations mexicaines vers Cuba, qui atteignaient 22 000 barils par jour en 2025, ont cessé totalement en février 2026.
Malgré l’envoi de deux navires d’aide humanitaire par Mexico, Cuba ne compte plus que sur sa production nationale, laquelle ne couvre que 40 % de ses besoins, plongeant le pays dans une paralysie industrielle sans précédent.
Tarissement des devises et isolement diplomatique
Parallèlement, les États-Unis ciblent les sources de devises fortes indispensables aux importations de vivres et de médicaments :
Qualifiées de « trafic d’êtres humains » par Washington, les missions médicales cubaines sont en déclin. Le Guatemala a mis fin ce mois-ci à son programme vieux de 30 ans (400 médecins cubains concernés), suivi par les Bahamas et le Guyana.
Le secteur du Tourisme peine à se remettre de la pandémie de COVID-19, aggravé par les restrictions américaines privant de visa les Européens ayant séjourné sur l’île.
La fin de la « soupape de sécurité » migratoire
Le Nicaragua, allié historique dirigé par Daniel Ortega, a radicalement changé de cap sous la pression en supprimant l’exemption de visa pour les Cubains.
Cette décision ferme la seule voie terrestre d’émigration, privant La Havane de sa « soupape de sécurité » habituelle contre les tensions internes.
En écho, les États-Unis ont repris les expulsions forcées, illustrées par l’atterrissage à La Havane d’un vol de 170 expulsés, dont certains issus de la base de Guantanamo.
Moscou en recours face à la « cocotte-minute » cubaine
Alors que Washington espère voir l’île se transformer en une « cocotte-minute » sociale, la Russie émerge comme un soutien potentiel.
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a confirmé des négociations pour l’approvisionnement en hydrocarbures.
Contrairement au Mexique, Moscou est peu sensible aux menaces douanières américaines. Toutefois, les experts doutent que l’aide russe puisse compenser les pertes vénézuéliennes et mexicaines, tant sur le plan logistique que financier.
Un régime inflexible
Malgré une situation jugée pire que la « période difficile » des années 1990, le président Miguel Díaz-Canel reste inflexible sur la souveraineté et le système politique.
Si le Département d’État américain admet des contacts « techniques », il nie toute négociation politique.
Le pari de Washington repose sur une éventuelle scission de l’armée ou un soulèvement populaire, tandis que La Havane mise sur la cohésion nationale et sa résilience historique face à l’embargo.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
