jeudi, 19/02/2026   
   Beyrouth 18:21

Francesca Albanese : Jean-Noël Barrot, accusé de diffuser des informations trompeuses par 150 personnalités du monde

Plus de 150 anciens ministres, diplomates et ambassadeurs du monde entier accusent le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, de diffuser des informations trompeuses concernant la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, en lien avec des déclarations hostiles à Israël.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi, les diplomates ont écrit : « À l’heure où la désinformation mondiale s’intensifie, il est profondément préoccupant que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’appuie sur des contenus manipulés et les amplifie dans ses déclarations concernant Mme Francesca Albanese.»

Cette lettre fait suite à l’appel lancé la semaine dernière par M. Barrot à la démission de Mme Albanese concernant des propos tenus sur Israël lors d’une conférence sur Gaza, que les signataires ont qualifiés de « version déformée numériquement » de ses propos.

Lors d’une intervention en visioconférence à Doha, capitale du Qatar, Mme Albanese a déclaré que « la politique d’Israël contre les Palestiniens -elle utilise les mots “génocide” et “apartheid”- a été armée, soutenue et accompagnée par des grands pays et de grands médias ».

« Nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes, nous voyons maintenant que, en tant qu’humanité, nous avons un ennemi commun », a-t-elle déploré.

En retour, le ministre français des AE lui a attribué des propos qu’elle n’a pas dit. Lui collant qu’elle a désigné « Israël comme ennemi commun de l’humanité », et d’acclamer que « cette accusation constitue l’un des ressorts les plus anciens et les plus meurtriers de l’antisémitisme » réclamant sa démission et la qualifiant de « militante politique qui agite des discours de haine qui desservent la cause du peuple palestinien ».

Sans tarder, le ministre allemand des AE a suivi le pas en réclamant sa démission.

Selon les 150 personnalités, le fait qu’un haut responsable relaie des informations contestées ou manipulées soulève de « graves inquiétudes » quant aux normes de vérification et à la protection des titulaires de mandats indépendants de l’ONU.

La lettre indiquait : « Cette question dépasse le cadre de toute personne investie d’un mandat spécifique et soulève des préoccupations plus générales quant à l’intégrité des institutions multilatérales et à la responsabilité des États membres de veiller à ce que les experts de l’ONU puissent exercer leurs mandats sans ingérence politique ni désinformation.»

Les diplomates ont averti que la désinformation mine la confiance dans les institutions multilatérales et exacerbe les divisions entre les États membres. Ils ont souligné que les responsables gouvernementaux ont une « responsabilité accrue » de faire preuve de diligence et de retenue lorsqu’ils s’adressent aux experts de l’ONU.

Ils ont ajouté : « Cette controverse ne doit pas détourner l’attention des massacres de civils et de la crise humanitaire catastrophique à Gaza. » Ils ont insisté sur le fait que « les dirigeants ont une responsabilité collective, en vertu du droit international, de protéger les civils, de prévenir de nouvelles atrocités et de garantir que les responsables rendent des comptes.»

La lettre exhortait le ministère français des Affaires étrangères à retirer et à corriger ses déclarations inexactes concernant Albanese, à réaffirmer son engagement envers l’indépendance des titulaires de mandat de l’ONU et à respecter ses obligations de protection des institutions multilatérales.

Le communiqué ajoute que le non-respect de ces principes menace de saper la crédibilité des institutions internationales et de l’ordre international fondé sur des règles, et que « cela ne doit pas devenir la nouvelle norme ».

Source : Médias