Par Maysam Rizk
On ne peut plus traiter ce qui se passe au Liban comme une simple agression extérieure contre un État faible ; il est désormais nécessaire de le nommer tel quel : une agression sous couverture officielle, facilitée par une autorité de tutelle et d’occupation qui cautionne le crime par son silence et ses politiques de couverture.
Quand le Premier ministre de l’ennemi israélien, Benjamin Netanyahu, déclare clairement que les opérations militaires au Sud se déroulent « selon des ententes avec l’État libanais », l’affaire dépasse la propagande pour poser une question grave : quel est cet État dont le territoire est agressé avec son propre accord ?
Au Sud, les raids sont incessants : villages détruits, civils déplacés et un ciel saturé de drones.
La trêve, censée protéger les citoyens et présentée par le pouvoir des présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam comme un cadeau de l’« ami » Donald Trump, s’est transformée en soutien à une trajectoire diplomatique défaitiste.
Le plus dangereux n’est pas seulement l’incapacité flagrante de l’État à protéger sa population, mais les soupçons qui entourent cette impuissance.
Quelles que soient les tentatives du pouvoir pour ignorer les propos de Netanyahu, ceux-ci le placent en position d’accusé direct.
Soit ces ententes existent réellement — ce qui constituerait une haute trahison caractérisée —, soit elles n’existent pas, et dans ce cas, le pouvoir a échoué même à protéger son image, laissant l’ennemi gérer la guerre sur son propre sol.
C’est ce qu’illustre le communiqué publié après la première réunion libano-israélienne à Washington, que le pouvoir n’a ni démenti ni clarifié !
Ce dénudage s’accompagne de fuites sur d’éventuelles rencontres à Washington, après que Trump a accordé au pouvoir un délai de trois semaines pour tester sa capacité à produire un règlement rapide.
L’objectif serait de pousser Aoun à serrer la main de Netanyahu, plaçant le pouvoir face à une équation tentant de concilier trois axes contradictoires :
-La pression américaine vers des options de négociation avancées.
-L’escalade israélienne continue sur le terrain au Sud.
-La gestion de la situation interne et de ses équilibres sensibles.
Dans ce contexte, l’émissaire saoudien Yazid ben Farhan est intervenu pour « freiner l’élan » d’Aoun vers un accord avec ‘Israël’.
La position saoudienne n’est pas opposée au principe des négociations, car elle encourage le Liban à rejoindre le train de la normalisation, mais elle refuse que cela se fasse sans son parrainage ou de manière provocatrice.
Ben Farhan a signifié à Aoun qu’il ne devait pas aller plus loin que les Arabes, au point d’offrir à Netanyahu le trophée d’une « photo de poignée de main ».
Par ailleurs, l’Arabie saoudite s’est activée pour sécuriser une couverture islamique aux démarches d’Aoun via le Conseil Supérieur sunnite, qui a insisté sur le « soutien aux négociations diplomatiques », une décision dictée par ben Farhan.
L’objectif était de « blinder Aoun d’une couverture sunnite officielle », indépendamment de l’hostilité de la rue sunnite envers des négociations directes.
L’effort saoudien se poursuit également pour dissocier le tandem Hezbollah-Amal, afin de convaincre Nabih Berri d’assurer une « demi-couverture chiite » pour éviter toute explosion interne menaçant le gouvernement de Nawaf Salam.
Puisque personne au sein du pouvoir n’a démenti les propos du chef du gouvernement ennemi, et que l’équipe du président élude la question d’un voyage à Washington dans le délai fixé par Trump, l’action officielle n’est plus justifiable sous prétexte de faiblesse.
Les opposants au pouvoir affirment clairement que pousser le Liban à négocier en position de faiblesse le coupe de sa profondeur régionale et le traîne vers des options dangereuses comme la normalisation.
Le silence persistant face aux violations israéliennes de l’accord de cessez-le-feu a permis à l’ennemi d’agir comme le seul décideur au Sud et à l’intérieur, confirmant que la décision n’est plus libanaise.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
