mercredi, 29/04/2026   
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Alliance Bennett-Lapid : l’avance de Netanyahu menacée

À six mois des élections israéliennes prévues fin octobre, les chefs de l’opposition Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont annoncé la fusion de leurs formations au sein d’un parti unique baptisé « Beyahad » (Ensemble).

Cette alliance relance de facto la course électorale et déplace le centre de gravité au sein du camp anti-Netanyahou vers Bennett.

En contrepartie, Lapid accepte de faire un pas en arrière pour sauver sa position et stopper l’hémorragie de son parti, « Yesh Atid ».

Si cette démarche vise à mettre fin aux querelles intestines de l’opposition, elle comporte le risque d’affaiblir la capacité de Bennett à attirer la droite « modérée » du bloc Netanyahu, tout en alimentant la propagande adverse le dépeignant comme ayant définitivement rejoint le centre-gauche au détriment de la droite radicale. Néanmoins, cette coalition naissante menace, pour la première fois depuis des années, la domination de Netanyahu sur l’échiquier électoral.

Face à cette menace, Netanyahu a réagi vivement en publiant une image générée par intelligence artificielle montrant Bennett et Lapid comme des enfants dans une voiture conduite par le député arabe Mansour Abbas, avec la légende : « Il est clair que Mansour est le chauffeur. Peu importe comment la gauche divise ses voix, elles finiront par alimenter une alliance avec les Frères musulmans qui soutiennent le terrorisme ».

Dans la même veine, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a diffusé une image de Bennett et Lapid en jeunes mariés bénis par le « rabbin » Ahmed Tibi, affirmant : « Bennett était un gauchiste radical et il le restera ».

De son côté, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a partagé une image du duo souriant aux côtés d’Abbas, commentant : « C’est une alliance de serviteurs d’Abbas ».

Lors d’une conférence de presse dimanche soir, Bennett a tracé les grandes lignes de l’alliance : « C’est une étape majeure vers la réparation de l’État, mais ce n’est certainement pas la dernière ».

Il a promis des « surprises qui changeront le visage du pays », annonçant que dès le premier jour de son gouvernement, une commission d’enquête officielle sur les événements du 7 octobre sera créée. Bennett a également promis une loi de conscription pour tous, incluant les ultra-orthodoxes (Haredim), la fin du financement des institutions religieuses récalcitrantes, la limitation du mandat de Premier ministre à huit ans, et la protection des « terres du pays » sans concéder « un seul centimètre à l’ennemi ». Il a enfin invité Gadi Eisenkot, chef du parti « Yashar », à rejoindre les rangs.

Lapid a justifié son ralliement en affirmant que « Yesh Atid » met de côté ses intérêts personnels pour faire « ce qui est juste pour Israël », soulignant que la victoire nécessite que le courant centriste se range derrière Bennett pour former un gouvernement sioniste fort, stable, alliant religieux et laïcs.

Les sondages indiquent que ni la coalition de Netanyahou ni l’opposition ne semblent en mesure d’obtenir une majorité absolue de 61 sièges sans le soutien d’un parti arabe. Un sondage de la « Chaîne 12 » place « Beyahad » en tête avec 26 sièges, devant le Likoud (25). D’autres enquêtes, comme celles de « Walla » ou « Kan », donnent des résultats serrés où le bloc de l’opposition oscille entre 58 et 60 sièges, contre 50 à 52 pour le camp Netanyahou. Dans ce contexte, la « Liste arabe unifiée » de Mansour Abbas apparaît comme le pivot potentiel, un point sur lequel s’appuie la campagne de Netanyahou pour discréditer Bennett.

Interrogé par la chaîne de droite radicale « Chaîne 14 » sur une éventuelle alliance avec Ahmed Tibi, Bennett a rappelé que Netanyahou fut le premier à tenter une approche avec Mansour Abbas, le décrivant à l’époque comme un partenaire « pragmatique ».

Enfin, si Lapid a accepté de s’effacer derrière Bennett, c’est aussi par réalisme politique : ses intentions de vote ont chuté de 24 à 7 sièges. Ce bloc constitue pour lui un rempart contre l’effondrement total. Bien que Benny Gantz ait salué l’initiative tout en prônant une unité nationale plus large, et que d’autres figures comme Avigdor Lieberman ou Yaïr Golan aient exprimé leur soutien, le chemin vers une majorité stable reste complexe, suspendu à l’éventuelle intégration de Gadi Eisenkot.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar