Il est désormais clair que le président de la République, Joseph Aoun, assure seul, parmi les piliers du pouvoir, le suivi détaillé du dossier des négociations directes avec l’ennemi israélien.
Les données provenant du Grand Sérail confirment que le Premier ministre, Nawaf Salam, n’est informé par Aoun que des grandes lignes. Il répète devant ses visiteurs que le dossier est, depuis le premier jour, entre les mains du président et qu’il s’est contenté de transmettre ses observations à l’ambassadeur Simon Karam avant le départ de ce dernier pour la capitale américaine.
Un différend non déclaré semble avoir surgi entre Aoun et Salam.
Il ne porte pas sur le fond des négociations ou leur ordre du jour, mais sur l’adoption par le Premier ministre de la proposition française visant à faire participer Paris aux réunions et à transférer les négociations en France, à la demande du président Emmanuel Macron.
À noter que l’Égypte avait également tenté, via des contacts avec Aoun, de déplacer les pourparlers à Charm el-Cheikh, avec une participation égypto-française, afin d’instaurer un certain équilibre face à la présence américaine dominante, considérant que Washington soutient ‘Israël’ et n’agit pas en médiateur indépendant.
Alors que les visiteurs du président Aoun affirment que Washington a imposé le rythme, la date et le lieu des négociations, la partie égyptienne insinue qu’Aoun n’a pas déployé d’efforts suffisants pour éloigner les discussions de la capitale américaine.
Un avis partagé par les Français, qui estiment que le Liban perd beaucoup en n’impliquant pas des capitales de poids, comme Paris et Le Caire, dans ce dossier complexe.
Cela intervient dans un climat d’indifférence israélienne totale envers les négociations.
Le gouvernement de l’ennemi est convaincu de l’inutilité des pourparlers avec le pouvoir au Liban, tant que celui-ci est « incapable d’honorer ses engagements ».
‘Israël’ utilise cette position pour justifier son refus de toute « concession » préalable, comme un cessez-le-feu global.
Néanmoins, la partie américaine a réitéré qu’elle tenterait à nouveau de convaincre Tel-Aviv d’arrêter les opérations militaires, ne serait-ce que pendant les deux jours de négociation.
Le dilemme majeur pour Washington et Tel-Aviv réside toutefois dans la conviction croissante que le dossier libanais ne peut plus être dissocié du cours de la guerre avec l’Iran.
Pendant ce temps, Beyrouth a été occupée mardi par un flux de fuites médiatiques émanant de l’équipe du président Aoun.
Selon ces fuites, Aoun a souligné que « ce processus ne signifie pas s’orienter vers un accord de paix, car le Liban reste attaché à l’Initiative de paix arabe ».
Elles indiquent également que « le désarmement du Hezbollah doit coïncider avec des mesures israéliennes concrètes sur le terrain » et que « le retrait israélien complet ferait tomber les prétextes utilisés par le Hezbollah pour justifier le maintien de ses armes ».
Les sources ont répété que le président a informé les parties concernées que « le Liban refuse que le processus de ses négociations soit otage des résultats des tractations entre Washington et Téhéran ».
Karam ne veut pas de presse et souhaite « cadrer » Mouawad
Par ailleurs, des sources médiatiques ont rapporté que l’ambassadeur Simon Karam a demandé aux responsables du Département d’État américain de ne pas ouvrir les sessions de négociation prévues jeudi et vendredi aux médias, préférant garder les délibérations « à huis clos », sans déclarations ni conférences de presse après les réunions.
Parallèlement, l’ambassade du Liban à Washington est censée avoir achevé la préparation du dossier que Karam et la délégation libanaise porteront aux négociations. Il comprend une documentation des violations israéliennes au sol, des cartes précisant les zones d’occupation, ainsi que des chiffres et des données relatifs aux destructions, aux terrassements et au nombre de victimes civiles.
Selon des sources informées, Karam a demandé que l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Mouawad, s’abstienne d’intervenir dans le déroulement des négociations et que son rôle se limite à l’écoute et au suivi.
Les sources indiquent que Karam compte sur une équipe de soutien travaillant depuis Beyrouth, tout en affichant une méfiance manifeste envers l’ambassadrice Mouawad, particulièrement après avoir pris connaissance des procès-verbaux des deux réunions précédentes.
Des informations font état d’une poignée de main « amicale et chaleureuse » entre Mouawad et l’ambassadeur israélien, avant qu’elle ne lui lance, lors d’une discussion sur le cessez-le-feu : « Laissez passer l’été au Liban », en référence au besoin du pays de sauver la saison touristique !
Dans le même contexte, des membres influents de la diaspora libanaise aux États-Unis ont exprimé leur étonnement auprès de responsables à Beyrouth concernant la nomination de Mouawad, mettant en garde contre le fait de lui confier le dossier des négociations avec ‘Israël’.
Selon ces derniers, l’impression générale au sein de la diaspora est qu’elle ne possède pas l’expérience politique suffisante et qu’elle s’appuie largement sur son mari, lequel gère des projets au Liban en collaboration avec l’Agence américaine pour le développement international (USAID).
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
