mardi, 30/06/2026   
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Pourquoi l’Iran n’acceptera pas de troquer ses gains stratégiques contre de l’argent ?

Par Ali Haïdar

On ne peut comprendre la performance iranienne dans les négociations qui ont suivi l’agression américano-israélienne contre la République islamique sous le seul angle des calculs économiques. Il est vrai que les effets des pressions économiques et des sanctions ne sont pas simples, et que le besoin de récupérer les avoirs gelés et les revenus financiers n’est pas négligeable pour un État confronté à d’importants fardeaux internes et externes.

Cependant, l’erreur de nombreuses lectures occidentales et israéliennes a été de supposer que ce besoin pousserait l’Iran, à un moment donné, à troquer les éléments de sa puissance stratégique contre des gains financiers, alors que l’expérience a démontré presque le contraire.

L’Iran veut de l’argent, mais il n’en veut pas à un prix qui affaiblirait sa capacité de dissuasion, de survie et de manœuvre. De là, l’équation iranienne ne repose pas sur l’ignorance de l’économie, mais plutôt sur son intégration au sein d’un concept plus large de la puissance, dans lequel l’argent est une source pour renforcer la capacité de résilience de l’État, lui permettre de financer ses institutions, alléger la pression interne et élargir sa marge de manœuvre politique.

Quant à la puissance, dans son sens militaire et politique, c’est elle qui préserve l’État et le régime, empêche le chantage, protège les ressources et impose aux adversaires de reconnaître les limites de la pression possible.

Partant de là, l’Iran a refusé, de manière directe ou indirecte, de transformer les négociations en un grand compromis par lequel il renoncerait aux piliers de sa dissuasion en échange de gains économiques. Il n’a pas accepté de placer son programme de missiles sur la table des négociations, il n’a pas traité le « Hezbollah » comme un fardeau dont il faut se débarrasser, et il n’a pas perçu son influence régionale comme un simple coût financier dont il conviendrait de s’alléger.

De même, il n’a pas accepté un retour à la situation antérieure dans le détroit d’Ormuz, qui ferait de lui un simple observateur dans l’une des plus importantes artères énergétiques mondiales.

Ce dernier point représente d’ailleurs le modèle le plus clair de la vision iranienne : l’Iran ne veut pas fermer le détroit de manière permanente, car un blocage durable lui nuirait autant qu’aux autres, mais en même temps, il ne veut pas qu’il reste ouvert selon des règles définies par les autres uniquement.

En d’autres termes, la question n’est pas ici une simple affaire de droits de passage ou de revenus financiers, mais une question de souveraineté, d’influence et de capacité à contrôler les règles du jeu.

L’Iran a refusé de transformer les négociations en un compromis par lequel il renoncerait aux piliers de sa dissuasion en échange de gains économiques.

Il en va de même pour le Hezbollah: l’Iran ne le considère pas comme une carte de négociation, mais plutôt comme l’incarnation des valeurs de son régime, et estime que sa préservation et son soutien font partie des exigences d’un vaste système de dissuasion qui lui confère une profondeur régionale.

C’est pourquoi il est difficile de s’attendre à ce qu’il accepte une séparation totale entre tout accord nucléaire ou financier et les théâtres régionaux qui ne sont pas, en fin de compte, une marge dans sa stratégie, mais une partie authentique de sa définition de la puissance.

La dernière guerre n’est venue que pour renforcer cette tendance au lieu de la briser. La leçon que Téhéran a probablement tirée de la guerre est que supporter les pertes économiques et militaires est moins dangereux que de perdre la dissuasion, et que l’économie peut être redressée progressivement tant que l’État reste capable de manœuvrer.

En revanche, la perte des outils de puissance le laisserait exposé au chantage, aux menaces et aux frappes répétées. Dès lors, l’Iran semble prêt à payer un coût élevé, à condition que ce coût ne se transforme pas en une concession stratégique qui modifierait sa position dans la région.

Et si la puissance est la condition qui protège l’argent et non l’inverse, l’Iran abordera toute offre économique sous l’angle de son impact sur sa position de dissuasion.

Il n’acceptera l’apaisement que si celui-ci lui donne le temps et l’espace nécessaires pour restaurer ses capacités, alors qu’il refusera sa pérennisation s’il se transforme en un mécanisme visant à le dépouiller de ses cartes.

C’est pourquoi Téhéran négociera sur les dossiers des sanctions et du « nucléaire », mais il résistera à l’élargissement de l’ordre du jour des négociations pour inclure son système de missiles, ses alliés régionaux et le détroit d’Ormuz.

En conséquence, les États-Unis se trouveront contraints, en fin de compte, de restreindre la liste de leurs objectifs ou de la réorganiser, en se concentrant sur la prévention de l’escalade ou le contrôle du dossier nucléaire, plutôt que d’exiger un changement global du comportement iranien d’un seul coup.

Sur le plan golfeur et régional, cette équation signifie que tout apaisement avec l’Iran restera incomplet s’il ne prend pas en considération la compréhension que ce dernier a de son rôle et de sa puissance ; ce dont les pays du Golfe, qui veulent la stabilité et la protection de l’énergie et du commerce, sont censés prendre conscience, et ce qu’Israël doit considérer, de son côté, comme un danger continu.

En conclusion, il apparaît clairement que l’Iran ne choisit pas entre l’économie et la puissance comme s’il s’agissait de deux opposés absolus, mais qu’il veut de l’argent au sein d’une équation qui préserve la puissance et empêche le démantèlement du système de dissuasion.

En effet, la puissance, dans la vision iranienne, est ce qui protège le régime, l’État, les ressources et la position régionale, tandis que l’argent, quelle que soit son importance, demeure un moyen de renforcer les acquis stratégiques et non un substitut à ceux-ci.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar